En danger, l’Italie pourrait menacer l’Europe

Après avoir revu ses perspectives de croissance économique mondiale à la baisse au mois d’avril, le FMI vient d’annoncer une révision de celles de l’Italie. Selon l’instance monétaire, le pays ne devrait pas retrouver une croissance stable avant 2025. Une annonce qui confirme les prévisions faites par plusieurs experts, qui voient dans l’Italie le prochain fléau économique de la zone euro.

(Photo Flickr/MPD01605)
(Photo Flickr/MPD01605)

En 25 ans, l’Italie n’avait jamais connu un PIB aussi bas que celui de ces deux dernières années. Ce matin, le FMI a revu à la baisse ses estimations concernant la croissance de l’Italie sur les prochaines années. La décision du Royaume-Uni de quitter l’UE a influencé les chiffres de l’économie italienne. Sa croissance, qui devait être de l’ordre de 1,25% en 2017, ne sera finalement que de 1%.

Aux yeux de tous les experts ou presque, la victoire du Brexit au Royaume-Uni se présente comme le danger le plus important auquel va être confrontée la zone euro au cours des prochains mois. Néanmoins, dans l’ombre du referendum britannique, l’Italie est sur le point d’imploser.

Sévèrement touchée par la crise mondiale de 2008 – au même titre que le reste de l’Europe –, la troisième puissance économique européenne a depuis d’immenses difficultés à retrouver sa santé financière d’avant la crise. En cause, l’une des économies les moins dynamiques de la zone euro. Le dernier rapport du FMI met en avant le fait qu’en 2025, lorsque la croissance de la France ou de l’Allemagne sera supérieure de 20 à 25% à ce qu’elle était en 2008, l’Italie renouera seulement avec son PIB d’antan.

Les déboires du système financier italien et l’instabilité politique qui ne cesse de prendre de l’ampleur depuis la perte des élections régionales au mois de juin par le Parti démocrate – au pouvoir – font de l’Italie une véritable bombe à retardement. À cette crise politique s’ajoute une crise du secteur bancaire, étouffé par près de 360 milliards d’euros de créances dites douteuses et irrécouvrables – soit un quart du PIB du pays –, due à l’accord de prêts improductifs des banques aux PME, selon un article de Business Insider.

Va venir s’ajouter à ce cocktail déjà instable un referendum qui doit décider de l’avenir de Mateo Renzi à la tête de l’État, au mois d’octobre. Depuis l’annonce de la réforme constitutionnelle qui prévoit la réduction des pouvoirs du sénat afin de limiter les blocages politiques, le Premier ministre italien sait que ses jours à la tête de l’Italie sont comptés et qu’une défaite serait dramatique pour le pays. En effet, la combinaison des crises politique, bancaire et économique pourrait bien faire chavirer l’Italie et avec elle l’Europe. Faisant passer la crise grecque pour une broutille, prévient le journaliste économique de Business Insider, Will Martin.

Si au mois d’octobre Matéo Renzi est désavoué, il a déclaré qu’il renoncerait à ses fonctions, rapporte l’agence Reuters. Une décision qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain général de Gaulle, mais qui pourrait avoir des conséquences nettement plus dramatiques. Si la mesure vient à passer, le Président du conseil italien devrait être en mesure de redresser le pays en faisant passer des lois visant à améliorer la situation économique, explique l’article de Busniess Insider. En revanche, en cas d’échec, le gouvernement du leader démocrate s’effondrerait créant un chaos politique qui entrainerait inévitablement une nouvelle crise bancaire et économique. Les derniers sondages réalisés par la télévision italienne RAI donne l’actuel dirigeant perdant à 54%.

Dans un rapport, la Confédération générale de l’industrie italienne prévient qu’en cas d’échec du referendum, le pays plongera dans une récession dont il ne se relèvera pas et qui verra la dette nationale et la fuite des capitaux exploser.

La semaine dernière, le président de la Société générale déclarait au site américain Bloomberg : « Tout le marché bancaire est sous pression [depuis l’annonce de la victoire du ”Leave” au Royaume-Uni] », Lorenzo Bini Smaghi a également affirmé que cela pouvait déclencher une nouvelle crise bancaire en Europe.

L’Italie ne serait pas un danger pour l’Union européenne si sa dette publique et la faiblesse de son économie étaient moins graves. Mais avec une dette publique avoisinant les 140% de son PIB, la troisième économie d’Europe et le pays de l’UE avec la plus grosse dette derrière la Grèce pourrait bien être le détonateur de cette nouvelle crise bancaire européenne tant redoutée au moment où le Royaume-Uni se prépare à quitter les 28.

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