Hong Kong : Le musée Tiananmen ferme ses portes

 Depuis son ouverture en 2014, le musée hongkongais dédié à la mémoire des évènements de la place Tiananmen du printemps 1989, unique en son genre en Chine, connaissait des difficultés d’ordre juridique. Le groupe prodémocratique qui le gère vient d’annoncer sa fermeture temporaire, conséquence d’une coûteuse procédure judiciaire initiée par les propriétaires du bâtiment. Une décision qui inquiète des défenseurs hongkongais de la démocratie qui ne cessent de dénoncer le récent renforcement de la mainmise de Pékin sur l’ancienne colonie britannique.

La place Tiananmen à Pékin. (Photo Flickr/  Viewminder)
La place Tiananmen à Pékin en 1990.
(Photo Flickr/ Viewminder)

Il leur était notamment reproché de ne pas respecter les règles de la copropriété, selon lesquelles le bâtiment doit accueillir exclusivement des bureaux, et de bafouer la réglementation sécurité incendie locale. Fatigués par une bataille juridique longue de plusieurs années, les promoteurs du musée Tiananmen de Hongkong ont décidé de jeter l’éponge et de fermer temporairement les portes de l’établissement au public, ainsi que le rapporte un récent article du Guardian.

Totalement unique en son genre en Chine, le musée, qui a ouvert ses portes en avril 2014, était jusqu’alors géré par un groupe prodémocratique de nom de Hongkong Alliance in Support of Patriotic Democratic Movements in China. En l’espace de deux ans, quelque 24 000 visiteurs ont pu y admirer des collections rassemblant à la fois photos, vidéos et souvenirs en tout genre, ainsi que plusieurs témoignages manuscrits retraçant le déroulé des évènements de juin 1989 à Tiananmen. On peut notamment y voir une réplique de la « déesse de la démocratie » érigée sur la place par des étudiants de l’école nationale des beaux-arts de Pékin.

Si en Chine continentale la brutale répression de la place Tiananmen demeure tabou, le musée, ainsi qu’une veillée aux chandelles annuelle qui rassemble chaque année plusieurs dizaines de milliers de Chinois, étaient jusque-là légalement établis à Hong Kong. Pourtant, il n’aura pas fallu attendre bien longtemps avant que les propriétaires du bâtiment ne décident d’intenter une poursuite contre un musée qu’ils considèrent comme une « nuisance » causant une « violation de la vie privée » et des inquiétudes en matière de sécurité. Ainsi, il y a quelques mois, dans la foulée de la publication d’une note d’information à destination des occupants, les vigiles de l’immeuble ont commencé à demander aux visiteurs de leur communiquer noms et numéros de carte d’identité, tout en imposant un nombre limite de visiteurs par étage.

La décision de fermer le musée intervient alors que les défenseurs hongkongais de la démocratie s’inquiètent de plus en plus du renforcement de la mainmise de Pékin sur l’ancienne colonie britannique. Ces derniers dénoncent ainsi un nombre grandissant de restrictions et une évolution inquiétante du principe « Un pays, deux systèmes » [voir notre article Hong Kong : Les émojis de la colère], en application depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine, qui pencherait de plus en plus en faveur de Pékin.

Lee Cheuk-yan, un législateur de la ville membre de la Hong Kong Alliance in Support of Patriotic Democratic Movements, a déclaré que le musée a décidé d’arrêter de jeter de l’argent par les fenêtres en s’entêtant à mener un combat juridique perdu d’avance et qu’il sera plus simple de fermer temporairement pour pouvoir rouvrir ailleurs. En avril dernier, il déclarait dans les pages du Guardian suspecter que des pressions politiques en provenance de supporters de Pékin étaient à l’origine des problèmes rencontrés par le musée. « C’est vraiment triste que nous devions fermer temporairement », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que « cela ne devrait pas se produire à Hong Kong », une ville dont les habitants sont « supposés être libres ».

Recommandé pour vous

0 commentaires