Bangladesh : Une TV islamique fermée et des étudiants traqués

Le gouvernement bangladais vient de bannir la chaîne islamique Peace TV de son pays. Selon les autorités, des propos du prêcheur de la chaîne auraient inspiré la prise d’otage terroriste de Dacca qui a fait 22 morts. Cette mesure fait suite à l’annonce de la traque des étudiants disparus.

(Photo Flickr/AshfaqM.) Le mémorial Raju sur le campus de l'Université de Bacca au Bangladesh. La sculpture est dédiée à la lutte antiterroriste et à la mémoire de l'activiste Moin Hossain Raju.
(Photo Flickr/AshfaqM.) Le mémorial Raju sur le campus de l’Université de Bacca au Bangladesh. La sculpture est dédiée à la lutte antiterroriste et à la mémoire de l’activiste Moin Hossain Raju.

Jeudi dernier, des islamistes présumés armés de machettes et de bombes se joignaient à un rassemblement de croyants célébrant la fin du ramadan, dans le nord du pays, tuant trois d’entre eux. Quelques jours auparavant, le restaurant Holey Artisan Bakery, situé dans le quartier huppé de Gulshan dans la capitale du Bangladesh Dacca, était le théâtre d’une prise d’otage meurtrière. Au total, ces deux attaques ont fait 25 morts.

Il est apparu au cours des derniers jours que plusieurs des islamisés présumés ayant pris part aux attaques suivaient les prêches de Zakir Naik’s, propriétaire et prédicateur de la chaîne Peace TV basée à Bombay, en Inde. Le dirigeant de 50 ans a nié les allégations émises à son égard précisant : « J’ai parlé avec le gouvernement du Bangladesh. Ils m’ont dit qu’ils ne croyaient pas que j’ai inspiré ces terroristes bangladais à tuer des personnes innocentes. », rapporte la BBC.

Cela n’a toutefois pas empêché le ministre de l’Industrie bangladais, Amir Hossain Amu, d’interdire la diffusion de la chaîne : « Il [Naik] a des connexions avec Lashkar-e-Taiba (ndlr, un mouvement islamiste pakistanais armé, placé sur la liste officielle des organisations terroristes) ainsi que d’autres organisations du Pakistan… Pour ces raisons, des pays tels que la Malaisie, l’Indonésie ou les États-Unis ont déclaré la chaîne illégale. Je sais que l’Inde va aussi la bannir, nous avons donc décidé qu’elle devait être interdite. », des propos rapportés par le Times of India.

Cette interdiction vient s’ajouter à un nombre de mesures antiterroristes dévoilées ce weekend par le Bangladesh, afin de lutter contre la recrudescence des attaques menées par l’État-Islamique et Al-Qaida sur son territoire depuis début janvier.

Dimanche, le gouvernement a également demandé aux écoles, collèges et universités du pays de signaler les absences d’élèves lorsque celles-ci dépassent dix jours. L’idée selon laquelle les terroristes bangladais sont uniquement issus de milieux pauvres et se sont radicalisés dans des médersas – école coranique – est aujourd’hui dépassée pour le gouvernement du Bangladesh, rapporte la RTBF.

« Il s’agit de jeunes hommes très instruits qui viennent de familles aisées », déclarait à l’AFP le ministre de l’Intérieur Asaduzzaman Khan, allant jusqu’à ajouter que pour eux : « C’est devenu une mode ». Parmi les cinq terroristes du 2 juillet figuraient un diplômé d’une des meilleures universités du pays, un étudiant de 18 ans d’une école réputée et le fils d’un dirigeant de parti, selon la police.

Dans ce pays qui compte près de 500 000 étudiants, le contrôle des données n’est pas adapté à l’application d’une telle mesure, selon le responsable du département de sciences politiques à l’université de Dacca, Asid Nazrul : « Au Bangladesh, il y a de nombreux enlèvements et beaucoup de harcèlement de la part de la police. Le gouvernement est également intolérant envers les membres de l’opposition politique ou associative. Donc les personnes ordinaires vont être très réticentes à informer la police sur la disparition de leur enfant. », rapporte RFI.

Pour ce professeur, cette nouvelle mesure antiterroriste du gouvernement semble donc vouée à l’échec.

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