Syrie : Dans l’ombre, Al-Qaïda profite des échecs de Daesh

L’État islamique a perdu environ 26% du territoire sous son contrôle en Syrie et en Irak depuis 2015. Alors que l’oeil de la coalition est braqué sur Daesh, dans l’ombre, Al-Qaïda, via le Front Al-Nosra, gagne en puissance et se prépare à prendre la relève.

Des combattants de l'État Islamique à Racca
Des combattants de l’État Islamique à Racca

Pas un jour ne se passe sans que l’on ne reçoive des nouvelles des progrès effectués par la coalition, menée par les États-Unis, dans la lutte contre le groupe État islamique. Victime de revers importants à Palmyre en Syrie et à Fallujah en Irak, Daesh perd du terrain de jour en jour face à l’armée du régime syrien appuyée par la Russie, l’alliance arabo-kurde – soutenue par les États-Unis et les rebelles – et l’armée irakienne.

Une étude réalisée par l’Institut d’étude américain IHS (Information Handling Services) révèle que : « En 2015, le califat de Daesh est passé de 78 000 km2 à 68 300 km2, soit une perte nette de 14%. Au cours des premiers six mois de 2016, ce territoire s’est encore réduit de 12% ». Daesh est sur le déclin en Syrie comme en Irak : « À mesure que le califat de l’EI se réduit, il devient clair que son projet de gouvernance est en train d’échouer et le groupe privilégie désormais de nouveau l’insurrection », affirme l’analyste Columb Strack, dans l’étude menée par l’IHS. Il ajoute que c’est pour cette raison que l’on note depuis quelques semaines une augmentation des attaques terroristes commises par l’organisation.

En faisant les gros titres, l’EI attire le regard de la coalition permettant à Al-Qaïda d’assurer sa position en Syrie. Robert Fisk, correspondant au Moyen-Orient pour le journal The Independent, rapporte dans un article la pensée générale d’officiers de l’armée syrienne quant à la situation sur le terrain : « La plupart des commandants de l’armée rapportent tous qu’Al-Nosra est la force la plus importante, l’un deux dépeint les djihadistes de Daesh comme des ”terroristes de télévision”, sous-entendant que leurs vidéos d’horreurs impressionnent l’occident mais pas leurs soldats syriens. »

Doucement, mais surement, Al-Qaïda a préparé son retour en restant hors de portée des projecteurs américains. Quand Daesh fait régner la charia sur son Califat en utilisant la violence et la terreur, le Front Al-Nosra cultive des relations qu’il utilise ensuite dans sa lutte contre Bachar el-Assad explique Jennifer Cafarella, une analyste américaine du conflit syrien, dans un article pour CNN.

Engagé depuis le départ dans un jeu de go avec la coalition internationale, Al-Qaïda attend d’être assez implantée et soutenue en Syrie par les rebelles avant de jouer son coup final et de créer à son tour un Califat capable de résister à la coalition, explique un article du journal Suisse Le Temps.

Jennifer Cafarella va même plus loin, affirmant que l’organisation terroriste est bien plus avancée que nous le pensons : « le groupe est déjà en train de créer des structures gouvernementales, telles que des cours de justice et des services sociaux. Il [al-Nosra] utilise ses institutions afin de transformer l’opinion religieuse de la population et des groupes d’opposition syriens. ». Dimanche dernier, le chef d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri diffusait un message proclamant ses intentions : « Sham [la grande Syrie] est aujourd’hui l’espoir de la nation musulmane, parce que c’est la seule révolution issue du “printemps arabe” qui a suivi le bon chemin », rapporte le journal Suisse.

En visite à Varsovie le 9 juillet, François Hollande a évoqué le risque que le recul de Daesh en Syrie ne puisse profiter à des groupes terroristes comme le Front al-Nosra. « On voit bien qu’al-Nosra peut se renforcer. C’est un point important. Il faut se coordonner pour continuer les actions contre Daesh, mais il faut qu’il y ait aussi, entre tous les protagonistes russes et américains dans le cadre de la coalition, une action contre al-Nosra qui puisse être également efficace », a affirmé François hollande à la presse.

Le Secrétaire d’État américain John Kerry doit arriver demain soir à Moscou afin notamment de discuter de la question de la branche syrienne d’Al-Qaïda avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Le ministre Lavrov a toutefois tenu à rappeler que : « En janvier, les États-Unis avaient promis que tous les combattants coopérants avec Washington se retireraient des lieux occupés par al-Nosra, mais jusqu’à présent, ça n’a pas été fait », rapporte l’AFP.

Par contraste avec la brutalité et l’extrémisme de l’EI, Al-Qaïda se révèle donc comme étant : « le mouvement djihadiste le plus intelligent, le mieux structuré, le plus crédible [et dont] la stratégie est susceptible de s’attirer une bien plus large sympathie dans le monde sunnite », écrivait Charles Lister, chercheur au Middle East Institute, dans un article récent de la revue Foreign Policy. Selon lui, quand l’occident envisage de classer certains groupes armés de Syrie parmi les organisations terroristes, c’est une grave erreur : « cela précipiterait leur alliance avec al-Nosra et finirait de jeter les populations de ces zones rebelles dans les bras d’Al-Qaïda. ».

Recommandé pour vous

0 commentaires