Égypte : Les autorités font disparaitre 3 personnes par jour dénonce Amnesty International

L’Égypte est en proie depuis hier aux conséquences d’un rapport accablant de l’ONG Amnesty International qui accuse les autorités du pays de violer les Droits de Homme en faisant disparaitre les opposants au régime.

(photo flickr/Sarah Rifaat)
(photo flickr/Sarah Rifaat)

Il ne s’agit pas de disparitions anecdotiques mais bien d’enlèvements de masse, selon le Conseil national des Droits de l’Homme, un organe étatique, qui déclarait au début du mois qu’entre avril 2015 et mars 2016, le ministère de l’Intérieur égyptien a fait disparaitre 266 personnes. Le rapport, publié hier par Amnesty International, vient corroborer les dires de l’organisme d’État. Il dévoile notamment : « qu’au moins plusieurs centaines de personnes », dont certaines âgées de seulement 14 ans, ont été enlevées et réduites au silence pour s’être opposées au régime du président al-Sissi.

« Les disparitions forcées sont devenues un des instruments clés de la politique d’État de l’Égypte. Toute personne qui ose exprimer des critiques est en danger, la lutte contre le terrorisme servant de prétexte pour enlever, interroger et torturer les gens qui contestent la politique des autorités », a déclaré dans un communiqué joint au rapport Philippe Luther, le directeur d’Amnesty International pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Réalisé sur la base de 70 entretiens avec d’anciens détenus, le rapport dévoile 17 cas individuels de disparitions forcées, dont 5 impliquant des mineurs. Mazen Mohamed Abdallah, âgé de 14 ans, aurait subi des abus à répétitions révèle l’ONG : « Il a notamment été violé à plusieurs reprises avec un bâton, afin de le pousser à prononcer de faux aveux ».

Les récits de supplices varient selon les victimes, tous plus sordides les uns que les autres, avec cependant un aspect récurrent : les prisonniers ont tous été « maintenues en détention et au secret [ndlr, coupés de l’extérieur] pour une période pouvant aller de plusieurs jours à plusieurs mois », affirme Amnesty. Dans les 17 cas évoqués plus haut, les détentions ont duré de 4 jours à 7 mois selon les victimes.

Le rapport met également en évidence le fait que depuis la nomination de Magdi Abdel Ghaffar au poste de ministre de l’Intérieur, en 2015, le nombre de disparitions forcées a significativement augmenté depuis début 2015. Les chiffres combinés d’associations égyptiennes de défense des Droits de l’Homme et de l’ONG révèlent que 3 à 4 personnes disparaissent chaque jour depuis un an et demi.

Le ministère de l’Intérieur a réagi aux révélations d’Amnesty International niant toute implication dans ces disparitions, promettant toutefois d’enquêter sur celles-ci et affirmant que les mauvais traitements de la police étaient des cas isolés, rapporte l’agence Reuters.

De son côté, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à déclaré sur Facebook qu’Amnesty : « n’est pas impartial et est motivé par des positions politiques ». Il accuse également le groupe de défense des Droits de l’Homme de s’appuyer sur des sources uniquement « hostiles à l’État égyptien ».

Régulièrement accusé par les organisations internationales de violer les Droits de l’Homme depuis l’instauration en 2013 d’un régime ultra-répressif, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi n’a pas encore réagi.

Recommandé pour vous

0 commentaires