Pays-Bas : Les prisons mettent la clé sous la porte faute de prisonniers

Jusqu’en 2004, les Pays-Bas souffraient d’une surpopulation carcérale. Douze ans plus tard, les cellules des prisons ne trouvent plus preneurs, les pénitenciers ferment leurs portes et les gardiens se retrouvent au chômage.

(Photo Flickr/Bousure)
(Photo Flickr/Bousure)

Au cours des quinze dernières années, la population mondiale a augmenté de 18%. Dans le même temps, la population carcérale a connu une progression de 20%, rapportait en février une étude publiée par l’Institute of Criminal Policy Research. Exception européenne, les Pays-Bas voient leur nombre de détenus diminuer depuis plusieurs années.

Entre 2011 et 2015, les prisons néerlandaises ont perdu 27% de leur population. Fin 2015, le nombre de détenus était de tout juste 11 000. Un rapport du ministère de la Justice révèle que le pays (environ 17 millions d’habitants) possède l’un des taux d’emprisonnement les plus faibles d’Europe avec 57 détenus pour 100 000 habitants. À titre de comparaison, l’Angleterre dénombre 140 prisonniers pour 100 000 habitants, explique le Washington Post, et la France, 123 pour 100 000.

Afin de s’adapter à cette baisse d’emprisonnements, le gouvernement néerlandais a donc initié une politique visant à réduire le nombre d’établissements pénitentiaires à travers le pays. Au cours de l’année 2013, 19 prisons ont mis la clé sous la porte et si plusieurs sont aujourd’hui à l’abandon et promises à la démolition, quelques-unes ont été réhabilitées, notamment afin d’accueillir des demandeurs d’asile, rapporte un article du Monde. Le centre de détention de la ville de Ruremonde a même été transformé en Hôtel de luxe.

(photo Het Arresthuis)
(photo Het Arresthuis)

Tous les moyens sont donc bons pour le gouvernement lorsqu’il s’agit de rentabiliser ses prisons. Dès 2009, le ministère de la Justice a commencé à louer des cellules à la Belgique en manque d’espace carcérale. Depuis l’année dernière, la Norvège suit l’exemple belge à la prison de Veenhuizen où un directeur norvégien encadre des geôliers néerlandais chargés de surveiller 242 détenus condamnés en Norvège. La loi pénale norvégienne y étant appliquée, les détenus ont les mêmes droits que s’ils étaient incarcérés dans leur pays, explique le tabloïd norvégien VG. Cette entente, qui doit durer trois ans, permettra aux Pays-Bas d’engranger 25,5 millions d’euros par an. Des locations qui visent également à préserver les emplois des gardiens de prison qui sont encore près de 9 000 aux Pays-Bas.

La baisse du nombre de prisonniers ne ravit cependant pas tout le monde et, pour certains, elle cache une inaction du gouvernement. La députée du Parti socialiste Nine Koiman maintient que le nombre de détenus diminue parce que le gouvernement ne fait pas son travail : « S’il essayait réellement d’attraper les criminels, le problème des cellules de prisons vides ne se poserait même pas », des propos rapportés par le site Dutch News. La réalité est cependant tout autre.

Depuis quelques années, le gouvernement a initié une nouvelle politique visant à lutter contre la délinquance et la criminalité. Il y a eu un changement dans l’application des peines, la Justice préférant désormais attribuer des travaux d’intérêt général aux coupables. Les peines de prison fermes sont donc souvent réduites et commuées en assignation à domicile avec port obligatoire d’un bracelet électronique, rapporte le Washington Post.

Le nombre de jeunes de moins de 17 ans incarcérés dans des centres de détention juvénile a diminué de 55% depuis l’application de cette nouvelle politique. Le nombre d’emprisonnements de jeunes adultes de 18 à 22 ans a quant à lui baissé de 44%, explique le quotidien américain.

Cependant, la baisse du nombre de prisonniers s’explique aussi par une diminution de la délinquance. Le taux de criminalité du pays chute de manière constante, depuis plusieurs années. Le ministère de la Justice enregistre une baisse annuelle de 0,9%. Une tendance que le gouvernement ne s’explique pas, rapportait Le Monde diplomatique en novembre 2015.

Malgré les efforts du gouvernement pour diversifier les sources de revenu des prisons néerlandaise, 8 établissements vont devoir fermer leurs portes d’ici 2021, révèle un rapport confidentiel du ministère de la Justice dévoilé par De Telegraaf. Cela permettrait de fermer 2 500 cellules, mais entrainerait également 2 600 pertes d’emplois. À la suite de ces révélations, Kloos Dijkhoff, le Secrétaire d’État à la Justice, s’est exprimé affirmant que les recommandations du rapport ne seraient pas appliquées en raison de la décision du gouvernement de ne pas fermer d’autres établissements d’ici la fin de son mandat, rapporte le site Dutch News.

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