Des entraînements aux zones de conflit pour couvrir les conférences de Trump

En prévision de la convention républicaine de Cleveland qui a lieu cette semaine, les journalistes politiques américains n’ont pris aucun risque et se sont préparés au pire. Les rédactions ont fait suivre à leurs journalistes des formations aux zones de combats afin de les préparer aux potentiels débordements en marge des meetings de Trump.

(Photo Wikimedia/Michael Vadon)
(Photo Wikimedia/Michael Vadon)

Avant un congrès politique, la plupart des journalistes revoient leurs notes et vérifient le bon fonctionnement de leur matériel. Ces derniers jours, la préparation des rédacteurs américains s’apparente davantage à celle des reporters de guerre avant une sortie sur la ligne de front. Depuis plusieurs mois, nombre d’entre eux redoutent des scénarios catastrophes et suivent donc des programmes d’entraînements aux zones de conflit, en prévision des conventions républicaines et démocrates, emmenant dans leurs valises le kit complet du grand reporter : gilet pare-balles, masque à gaz et casques militaires, rapporte le site Global Post.

À de nombreuses reprises, Donald Trump a exprimé son animosité à l’égard des journalistes, bannissant notamment de ses rassemblements le Washington Post et le New York Times, les accusant d’être des : « fauteurs de troubles, malhonnêtes et injustes », qui ne relaient que des mensonges dans leurs journaux, explique le Committee To Protect Journalist (CPJ). Les discours du milliardaire new yorkais attisent les tensions entre ses partisans et les médias, mettant en danger les journalistes.

Au cours des derniers mois, plusieurs reporters politiques ont été ciblés par des attaques sur internet, recevant des milliers de messages d’insultes et de menaces de la part des supporteurs de Trump. Au mois d’avril, Julia Ioffe, une journaliste du magazine GQ, est devenue la cible de milliers de messages antisémites et de menaces après avoir publié un portrait de Mélania Trump. Choquée, elle avait déclaré dans les colonnes du Guardian : « Nous avons vu la manière qu’a Trump d’inciter ses partisans à attaquer les médias ».

Dans un rapport, le CPJ met donc en garde les journalistes contre les possibles dangers que représentent les rassemblements organisés par le milliardaire new yorkais, les qualifiant de milieux hostiles à la presse : « Quand des politiciens incitent leurs supporteurs à insulter et menacer des journalistes, que ce soit de manière intentionnelle ou accidentelle, les conséquences sur la liberté de la presse sont réelles. »

Les rédactions américaines ont pris l’avertissement au sérieux, plusieurs d’entre elles offrant à leurs journalistes des formations de reporter de guerre estimées à plus de 1 000 dollars. Lors de ces entraînements de deux jours aux zones de combats et aux troubles civils, les journalistes politiques se voient enseigner comment panser une blessure par balle avec un t-shirt, ainsi que les méthodes permettant de se protéger dans le cas d’une fusillade. Les conventions républicaines étant, particulièrement dans le climat actuel, fréquentées par des militants armés. « Comme un cerf pris dans les phares d’une voiture, vous pouvez être tétanisé, nous leur apprenons donc à reprendre le contrôle de leur cerveau », explique Paul Burton à USA Today, l’un des formateurs de la société Global Journalist Security (GJS).

Depuis plusieurs semaines, GJS reçoit de nombreuses demandes de rédactions qui souhaitent préparer leurs journalistes aux risques que peuvent représenter les conventions politiques : « nous avons moins d’inscriptions aux entraînements de longue durée en environnement hostile, mais avons noté une forte augmentation du nombre de demandes pour participer à des programmes de deux jours qui préparent à des environnements hostiles. Le cours de protection aux incivilités que nous avons développé spécialement pour les conventions politiques a également beaucoup de succès », déclarait Frank Smyth, le fondateur de GJS, au Global Post.

Une particularité de cet entraînement est de préparer les journalistes aux violences policières et aux arrestations dans le cas où ils seraient pris à partie lors d’une altercation entre militants et policiers. Terrell Jermaine Starr, un journaliste politique, confiait au Global Post les raisons de sa participation à ce programme : « Comme je suis journaliste et noir, et à cause du contexte actuel, ma rédaction et moi nous sommes posé beaucoup de questions autour de ma participation à la convention républicaine. J’ai peur que les gens ne me voient pas comme un journaliste, mais comme un activiste anti-Trump venu causer des problèmes. Simplement à cause de la couleur de ma peau. »

Un peu plus de 24 heures après son lancement, le rassemblement républicain n’a pas encore connu de troubles. La convention doit se conclure jeudi par l’investiture officielle de Donald Trump en tant que candidat du parti. Toutefois, le milliardaire a prévenu les journalistes de CNN il y a quelques semaines de possibles débordements : « S’il nous manque 20 voix, ou même 100, au moment de la convention, mais que nous avons 1 100 délégués et quelqu’un n’en a que 500 ou 400, je ne pense pas que l’on puisse me refuser d’être investi automatiquement. Sinon je pense qu’il y aura des émeutes ». La convention démocrate, elle, doit se dérouler la semaine prochaine à Philadelphie.

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