En Ukraine, on peut légalement travailler 24h par jour

La plupart des pays ont adopté il y a une centaine d’années une politique limitant le travail à 8 heures par jour. Tous ne la respectent peut-être pas, mais elle existe. En Ukraine, depuis la fin de l’URSS, il n’y a plus aucune limitation. Une anomalie sur le point d’être corrigée.

Photo d'illustration Flickr/Joop)
(Photo d’illustration Flickr/Joop)

Le rêve des patrons, le cauchemar des employés. Et pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a encore une trentaine d’années, la charge de travail en Ukraine était régulée et limitée à huit heures par jour. C’est d’ailleurs l’une des premières lois adoptées par l’Union Soviétique. Cependant, après la chute de l’URSS, l’Ukraine a invalidé cette restriction, sans prendre la peine de rétablir un contrôle des heures de travail quotidiennes.

Après avoir imposé une limite de 40 heures de travail par semaine, les parlementaires ukrainiens veulent aujourd’hui réduire de moitié la limitation actuelle – qui n’en est pas une. Même si la charge horaire légale resterait l’une des plus importantes au monde, pour Sergey Ukrainets, le vice-président de la Federation of Trade Unions d’Ukraine, ce serait déjà un grand pas : « Actuellement, il n’y aucune limite quotidienne, le maximum [d’heures de travail] c’est 24 heures. Le parlement propose 10 heures, mais certains députés voudraient fixer la limite à 12 heures. Dans tous les cas, c’est toujours mieux que 24 heures », a-t-il déclaré à Public Radio International (PRI). Implacable.

Selon plusieurs experts internationaux du droit du travail, la régulation quotidienne est indispensable car limiter la charge horaire à 40 heures par semaine ne permet pas de protéger les travailleurs, qui restent parfois plus de 48 heures sur leur lieu de travail. Si dans la plupart des professions les très longues journées de travail ne mettent pas immédiatement la vie des employés en danger, il en va autrement dans le milieu de la construction où les ouvriers travaillent parfois du lever au coucher du soleil, explique Sergey Ukrainets : « Quelqu’un peut facilement tomber d’un mur. Les chauffeurs de bus peuvent entrer en collision avec d’autres conducteurs. S’il n’y pas de limite, l’avidité des employeurs peut rapidement les conduire à forcer leurs employés à travailler entre 16 et 18 heures par jour », rapporte PRI.

Outre la santé, il y a aussi l’absence de vie privée qu’entraine de tels abus, raconte Alina Kiyanista, une jeune serveuse de l’Hôtel Nivki à Kiev, qui vit littéralement sur son lieu de travail où elle partage une chambre avec trois autres employées : « Je n’ai pas le temps d’avoir un petit-ami et je ne vois mes parents que très rarement. J’aime la danse, mais je n’ai tout simplement pas le temps d’en faire ». Tout cela pour un salaire qui ne dépasse pas les 120$ par mois, malgré une charge de travail quotidienne de 16 heures.

La régulation du nombre d’heures de travail changera en réalité peu de choses selon Jon Messenger, un membre de l’International Labor Organisation (ILO), interrogé par PRI : « Certains pays autorisent les employées à travailler jusqu’à douze heures par jour, mais les heures supplémentaires sont payées plus cher. Et surtout, une telle charge de travail n’est qu’occasionnelle, ça ne peut pas être la norme ». Selon lui, il ne faut donc pas seulement limiter le nombre d’heure quotidiennes mais aussi imposer une rémunération des heures supplémentaires afin d’empêcher les employeurs d’exploiter leurs salariés.

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