Au Venezuela, le jackpot de “Qui veut gagner des millions ?” ne vaut rien

Semaines d’écoles réduites, coupures d’électricité de plusieurs heures chaque jour, seulement deux jours de travail sur sept dans le secteur public et une pénurie de nourriture, voilà quelques une des réalités des Vénézuéliens ces derniers mois. Tous les moyens sont donc bons pour tenter d’échapper à la crise et certains voyaient dans le jeu, “Qui veut gagner des millions ?”, une échappatoire. C’était sans compter sur l’inflation à cause de laquelle le bolivar ne vaut plus rien.

Gain total : 2000 bolivars, soit environ 180 euros. (capture d'écran YouTube)
Gain total : 2000 bolivars, soit environ 10 dollars. (capture d’écran YouTube)

Le Venezuela fait sans aucun doute partie des pays possédant les plus importantes ressources pétrolières au monde avec près de deux cents ans de réserves de pétrole à exploiter. Cependant, à l’instar de nombreux autres producteurs d’énergies fossiles, le pays d’Amérique du Sud n’a pas su diversifier son économie, la faisant uniquement reposer sur le pétrole. Un économie viable tant que le baril est vendu 130$.

Mais depuis quelques années, le cours du pétrole n’a de cesse de chuter. Et avec un baril de pétrole actuellement estimé à moins de 50$, le Venezuela est acculé, asphyxié, incapable de faire face à la crise. Le président Maduro ne peut tout simplement plus rien faire pour endiguer l’inflation qui sévit dans son pays, et ce n’est pas la mise en place d’un état d’urgence qui y changera quelque chose, selon le FMI. Les revenus qui entrent au Venezuela sont tout simplement trop faibles, trois fois plus faibles que prévu pour être exact, rapporte un article du Wall Street Journal.

Confronté à l’inflation la plus élevée du monde, le successeur de Hugo Chavez n’a eu d’autre choix que de faire monter le prix des matières premières, des produits de première nécessité ainsi que des aliments. Des ressources qui dans leur grande majorité sont importés et qui, avec l’inflation, coûtent de plus en plus cher. En mai dernier, le journal L’Express rapportait qu’un kilo de farine s’échangeait par exemple à 190 bolivars, soit 19 dollars, ou encore qu’un poulet coûte désormais 85 dollars – un prix six fois supérieur à celui affiché quelques jours auparavant. Pour ne rien arranger, il n’existe plus réellement de taux de change officiel, le pays restreignant énormément les conversions en dollars pour éviter les fuites de capitaux à l’étranger et le marché parallèle rendant le bolivar chaque jour plus faible. Au noir, le dollar américain peut parfois s’échanger pour 200 bolivars.

Certains Vénézuéliens ont donc décidé de participer à l’émission “Quien Quiere Ser Millonario ?”, le “Qui veut gagner des millions ?” local, s’accrochant au mince espoir qu’une victoire, dans le jeu, leur permettrait de s’extirper de la crise qui sévit dans le pays.

Le principe est le même qu’en France, les participants sont interrogés par l’animateur, Eladio Larez, sur des sujets relatifs à la géographie, l’histoire ou encore la culture vénézuélienne. Pour espérer remporter le jackpot, les candidats doivent répondre correctement à quinze questions. Malheureusement, d’un jeu qui promettait à ses participants une chance de repartir millionnaire, “Quien Quiere Ser Millonario?” ressemble désormais davantage à un jeu télévisé de seconde zone, les prix n’ayant pas été réévalués en fonction de l’inflation.

Alors oui, le titre de l’émission ne ment pas, le grand gagnant repart bien avec deux millions de bolivars, seulement dans un pays aux prises avec une inflation record, une telle somme ne représente, aujourd’hui, plus grand-chose. Tout juste 2 000 dollars, selon NPR qui rappelle qu’il y a encore quelques années une telle somme équivalait à environ 100 000 dollars.

Le montant n’est toutefois pas négligeable, en comparaison avec les autres prix attribués. Passer la première question ne rapporte aux concurrents que 500 bolivars, soit 50 cents américains, auxquels ils pourront ajouter 80 cents, s’ils arrivent à passer la deuxième question. Mais au final qu’ils gagnent 2 000 dollars ou 50 cents, les participants ne repartiront pas avec l’intégralité de leur prix, puisqu’ils sont contraints de reverser 34% de leurs gains aux impôts.

Plusieurs concurrents appellent aujourd’hui à un changement de nom du jeu, arguant que le programme télévisé ne permet pas de devenir millionnaire : « Vous gagnez quelque chose comme 2 000 dollars. Ce n’est pas ce que j’appelle devenir millionnaire », explique à NPR, Adi Slivvka, l’une des participantes. Publicité mensongère ou pas, “Quien Quiere Ser Millonario?” reste l’un des programmes télévisés les plus regardés du Venezuela et des centaines de gens appellent chaque semaine l’émission dans l’espoir de participer au jeu, et ce malgré la faible valeur des prix, rapporte NPR.

Le jeu est devenu une lueur d’espoir, une échappatoire à la crise, après la prolongation, pour la troisième fois consécutive, de l’état d’urgence économique. « Pour beaucoup, la sensation qui vient avec le fait de passer à la télé et la simple participation au jeu sont suffisantes », a déclaré le producteur du jeu, Reyna Mogollon, à la radio américaine.

Le FMI prévoit une augmentation de 1 640% de l’inflation au Venezuela en 2017.

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