Autriche : 3000 migrants partent sans prendre l’argent que le pays leur avait proposé en échange

Plus de 3000 demandeurs d’asile ont quitté volontairement l’Autriche au cours des six derniers mois. La politique du gouvernement, qui propose aux migrants de l’argent pour qu’ils rentrent dans leur pays, n’a rien à y voir.

(Photo d'illustration Flickr/Martin Leveneur)
(Photo d’illustration Flickr/Martin Leveneur)

Au cours des derniers mois, environ 50 000 demandes d’asile ont été refusées par les autorités autrichiennes. Mais bien que leur dossier ait été rejeté, ces réfugiés ne semblent pas vouloir partir : « Il est clair que de nombreux demandeurs d’asile qui sont venus à nous vont rester ici », a par exemple déclaré Sebastian Kurz, le ministre des Affaires étrangères autrichiennes. Au mois d’avril, les autorités du pays ont donc imaginé un “stratagème” afin d’inciter les personnes ayant vu leur demande refusée à rentrer dans leur pays.

Depuis près de quatre mois, le gouvernement offre ainsi de l’argent aux demandeurs d’asile qui quittent le pays de leur plein gré. Les sommes sont échelonnées en fonction de la durée pendant laquelle les migrants restent illégalement sur le territoire autrichien après le rejet de leur dossier. S’ils repartent dans les trois mois qui suivent le rejet de leur demande, 500 euros en espèce leur seront versés, 250 euros si c’est dans un délais de six mois et enfin 50 euros si leur “séjour” dépasse cette période.

Au premier abord, la politique semble remporter un franc succès puisqu’au cours des derniers mois, 3195 départs volontaires d’immigrés ont été enregistrés selon The Local. La réalité est toutefois un peu différente… Il semblerait que la plupart des personnes qui s’en sont retournées dans leur pays ont refusé l’argent qui leur était dû. Peut-être ont-ils vu dans cette offre du gouvernement un geste de pitié déplacé, ou plus simplement ces personnes qui viennent chercher l’asile ne sont pas toutes motivées par l’aspect financier de l’exil. « Je voulais vivre en paix et en sécurité, mais les personnes ici ne veulent pas des réfugiés. Nous l’avons tous ressenti. Je ne suis pas venu ici pour l’argent. Je voulais travailler et faire venir ma femme. Mais maintenant, je pense que j’ai perdu neuf mois de ma vie pour rien », a déclaré au quotidien Kurier un demandeur d’asile irakien aujourd’hui rentré dans son pays.

La plupart des exilés quittent le pays sans penser à l’argent, ils estiment surtout qu’ils n’ont pas d’avenir ici et qu’il est temps qu’ils passent à autre chose, explique Günter Ecker, le président de Human Rights Society Austria, une organisation qui offre des conseils juridiques aux demandeurs d’asile. « Les perspectives d’avenir sont la chose la plus importante. Combien d’années reste-t-il avant que mon dossier soit étudié ? Est-ce que je pourrai faire venir ma famille ? Et finalement est-ce que c’est mieux ici qu’à la maison ? C’est ce genre de questions qu’ils se posent. L’argent ce n’est pas ce qui les motive à venir », déclare-t-il à The Local.

Sur les 250 à 350 contacts de l’organisation qui sont retournés dans leur pays, seul 21 auraient accepté l’argent : « De temps en temps, certains prennent l’argent. Cela facilite le retour », ajoute Günter Ecker. S’il offre de l’argent aux demandeurs d’asile qui partent de leur plein gré, le gouvernement ne leur paye cependant pas le billet d’avion qui peut parfois couter plusieurs centaines d’euros.

Selon les derniers chiffres publiés par les autorités, sur les 5163 migrants qui ont quitté le pays depuis le début de l’année, seules 1968 auraient été renvoyés contre leur gré. Près de 13 000 demandes d’asiles – sur environ 26 000 – ont quant à elles été accordées depuis janvier, rapporte The Local.

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