Égypte : Une application pour lutter contre les disparitions forcées

 En Égypte, une toute nouvelle application Android pour smartphones, I Protect, permet à son utilisateur d’avertir ses proches, ainsi qu’une organisation locale de défense des droits de l’Homme, en cas d’arrestation. Objectif : lutter contre les disparitions forcées, une pratique qui serait malheureusement de plus en plus courante dans le pays.

(Photo Flickr/ Ahmad Hammoud)
(Photo Flickr/ Ahmad Hammoud)

Au premier regard, le non-initié ne verra rien d’autre qu’une banale calculatrice dans l’application Android I Protect. Pourtant, en cas d’arrestation, il suffira au possesseur du smartphone de taper un code spécifique, qu’il aura lui-même déterminé, pour qu’elle reprenne sa véritable fonction : immédiatement transmettre trois SMS à ses proches, ainsi qu’un e-mail incluant ses dernières coordonnées à la Commission égyptienne pour les droits et les libertés (ECRF).

La raison d’être de cette application est simple : tenter de lutter plus efficacement contre les disparitions forcées. Une méthode d’un autre temps, qui serait tristement redevenue monnaie courante dans le pays. Selon un récent rapport d’Amnesty International : « Les disparitions forcées sont devenues un des instruments clés de la politique d’État en Égypte. Toute personne qui ose exprimer des critiques est en danger ».

Et pour cause, le risque d’être enlevé en pleine rue n’a jamais été si important. L’ECRF évaluait ainsi à 1250 le nombre de disparitions forcées entre janvier et août de l’année dernière.

Avec I Protect, l’organisation espère reprendre la main en redevenant capable de réagir dans les 24 heures suivant une interpellation. Une période cruciale car c’est souvent au cours des toutes premières heures que peut s’opérer le transfert de l’individu d’un commissariat de police vers un plus grand établissement. Il devient ensuite bien plus compliqué de retrouver les personnes arrêtées et leur épargner ainsi de possibles épisodes de torture ou de mauvais traitements, comme le rappelle le Guardian.

Parmi les plus susceptibles d’être victimes d’une disparition forcée, les habitants des grandes villes égyptiennes, et tout particulièrement les étudiants, les militants politiques et les protestataires. Selon Amnesty International, plusieurs centaines de personnes auraient déjà « disparu aux mains de l’État, sans laisser de traces », dont des adolescents d’à peine 14 ans.

Interrogé à ce propos en mars de cette année, le ministre égyptien de l’Intérieur, Magdy Abdel Ghaffar, avait nié en bloc l’existence de ce type de pratiques. À l’en croire, les « soi-disant rapports » seraient le fruit du travail de propagande d’organisations comme la Commission égyptienne pour les droits et les libertés, et d’autres institutions internationales, qu’il a accusées d’être ralliées à la cause des Frères musulmans et d’essayer de faire peur aux citoyens. La Société des Frères musulmans, qui avait initialement remporté les élections après la chute de Hosni Moubarak, en 2011, avait ensuite été décrétée « organisation terroriste » par le nouveau pouvoir, en 2013.

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