Japon : 541 000 jeunes reclus chez eux

 Selon les derniers chiffres du gouvernement japonais, près de 541 000 personnes âgées de 15 à 39 ans vivraient actuellement cloitrées chez elles — bien souvent au sein même du domicile parental et sans jamais sortir de leur chambre.

(Photo Flickr/ L'hò)
(Photo Flickr/ L’hò)

Au Japon, il existe un terme pour désigner les personnes qui, pour des raisons diverses, décident de vivre recluses chez elles : les hikikomori, ce qui peut se traduire par « confiné » ou « se retrancher ». Selon une récente enquête du gouvernement japonais, publiée mercredi dernier, le phénomène toucherait plus d’un demi-million de « jeunes » (NDLR, les personnes âgées de 15 à 39 ans selon les critères du gouvernement) répartis sur l’ensemble de l’archipel nippon. Un chiffre important, même pour une population évaluée à 127 millions au 1er août dernier.

Pourtant, si ces résultats, les premiers en la matière depuis une précédente enquête datant de 2010, semblent dénoter d’une apparente diminution du nombre d’hikikomori (on en dénombrait alors 696 000), il convient de prendre l’information avec des pincettes. Comme le précise à juste titre le Japan Times, cette nouvelle enquête, conduite sur un échantillon de quelque 5000 foyers, ne permet pas de se faire une idée précise dans la mesure où elle délaisse totalement les personnes âgées de 40 ans et plus.

En revanche, elle permet de remarquer des tendances. Ainsi, on apprendra que les hikikomori tendent à se retirer de la société pour des périodes particulièrement longues. Alors que 35% du nombre total estimé d’hikikomori n’auraient pas mis le nez dehors depuis sept ans ou plus, ils seraient 28,6% à vivre reclus depuis trois à cinq ans et 12,2% depuis cinq à sept.

On peut également remarquer qu’on dénombre parmi eux près de deux fois plus de personnes s’étant désocialisées entre 35 à 39 ans par rapport à 2010, soit près de 10,2% du total. Enfin, 34,7% des hikikomori le seraient devenus alors qu’ils étaient âgés entre 20 et 24 ans, soit une hausse de 13% par rapport aux résultats de 2010.

Selon la nomenclature du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, toute personne restant à son domicile au moins six mois, sans sortir pour se rendre en cours, au travail ou avoir des interactions sociales, est catégorisée comme hikikomori. Constatant cette apparente diminution du nombre de personnes recluses (-155 000 par rapport aux chiffres de 2010), le gouvernement s’est félicité des résultats des efforts entrepris pour tenter de resocialiser cette frange de la population, mettant notamment en avant l’impact positif de nouveaux centres régionaux de support dédiés.

Pour expliquer le phénomène, l’enquête met en avant l’absentéisme scolaire et les difficultés à s’adapter au monde du travail. En résumé, à en croire ces résultats, un grand nombre d’hikikomori seraient des personnes ayant eu par le passé des difficultés à établir de bonnes relations interpersonnelles à l’école ou au bureau. En revanche, pas un mot sur « la rigidité de la société japonaise » et la « pression sociale » difficile à supporter pour beaucoup de jeunes adultes, régulièrement mises en avant comme étant les principales causes du phénomène.

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