Italie : Un client de prostituée mineure condamné à lui acheter 30 livres sur le féminisme

 Une juge romaine, Paola Di Nicola, a condamné le client d’une prostituée, âgée de quinze ans au moment des faits, à une peine de deux ans de prison assortie de l’obligation de lui acheter trente livres et deux DVD traitant des questions de l’émancipation de la femme et de l’identité féminine. Objectif : faire comprendre à la jeune fille en quoi vendre son corps peut constituer une atteinte à sa dignité. Aucune lecture n’a cependant été imposée au coupable.

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Du jamais vu dans l’histoire de la justice italienne. Le verdict de la juge romaine Paola Di Nicola, deux fois mère et membre du comité en charge de l’égalité des chances au Conseil de la magistrature de Rome, restera à coup sûr dans les annales.

Après presque trois ans de procès, un Italien âgé de 35 ans au moment des faits vient d’être condamné à deux ans de prison pour avoir sollicité les services d’une prostituée mineure à Parioli, un quartier chic de Rome, la capitale italienne. En revanche, il se voit exempté de payer les 20 000 euros d’amende qui vont le plus souvent de pair avec les affaires de prostitution d’un mineur.

Pourquoi ? Tout simplement car, à la surprise de l’opinion publique, le client devra au lieu de payer cette amende acheter à la jeune fille trente livres et deux DVD traitant de l’émancipation de la femme et de l’identité féminine. La juge a en effet décidé qu’il convenait de fournir ces ouvrages à la jeune fille afin de l’aider à réaliser les conséquences de ses choix de vie, ainsi que nous l’apprend un récent article du Corriere della sera.

Anne Frank, Emily Dickinson, Hannah Arendt, Marguerite Yourcenar, Natalia Ginzburg, Sibilla Aleramo ou encore Virginia Woolf… Autant d’auteures d’essais, de poèmes, de nouvelles ou de romans dont les ouvrages constitueraient ce que la juge considère comme une base solide permettant de se faire une meilleure idée de l’histoire de la femme — elle ne s’est d’ailleurs pas gênée pour déclarer au moment du verdict que ces livres devraient être lus par la société dans son ensemble.

Si l’initiative a unanimement été saluée par la presse du pays, l’une des auteures citées, Adriana Cavarero, professeure de philosophie à l’université de Vérone, a néanmoins déclaré dans les pages du Corriere della sera qu’elle aurait préféré que ces œuvres soient lues au client : « L’adolescence n’est pas une période propice à la réflexion. Lui a fait bien pire : [étant] adulte il a sciemment payé pour des activités sexuelles avec une mineure ».

Comme le rappelle la BBC, l’enquête aura également permis de mettre au jour un vaste réseau de prostitution de lycéennes impliquant plusieurs célébrités comme clients, mais aussi des chefs d’entreprises et des hommes politiques de la capitale. Baptisé Baby squillo par la presse locale, il faisait usage de la toile pour mettre en relation clients et adolescentes.

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