Russie : Retour des travaux forcés dès 2017

 Dès le 1er janvier 2017, les travaux forcés, remis aux goûts du jour, seront de nouveau une réalité au sein du système judiciaire russe. Le pays s’apprête en effet à ouvrir onze établissements dédiés.

(Photo Flickr/ Gilbert-Noël Sfeir Mont-Liban)
(Photo Flickr/ Gilbert-Noël Sfeir Mont-Liban)

Au bagne. Les travaux forcés (NDLR, détention couplée de travail obligatoire), une peine criminelle de droit commun dont l’évocation rappelle en France les jours les plus sombres des bagnes de Guyane ou de Nouvelle-Calédonie. Ce n’est guère mieux en Russie, où l’horreur des conditions d’internement dans les goulags et multiples prisons de l’Union soviétique n’a pas encore disparu des mémoires.

Pourtant, le système judiciaire russe s’apprête bel et bien à réintroduire ce type de peine dès 2017, comme le rapporte un récent article du Moscow Times. Le tout sous une nouvelle appellation, politiquement plus correcte : travaux correctionnels. Sept infrastructures et quatre centres correctionnels dédiés devraient ainsi ouvrir leur porte le 1er janvier prochain. Leur capacité d’hébergement est estimée à 900 prisonniers.

Valery Maximenko, le directeur adjoint des services pénitenciers fédéraux russes, a récemment expliqué dans une interview accordée à TAR-TASS, l’une des principales agences de presse de Russie, qu’il ne fallait rien y voir d’autre qu’une « nouvelle alternative à la privation de liberté ». À l’en croire, cette peine, qu’il compare à la situation des travailleurs de quarts vivant et travaillant loin de leur famille, aurait l’avantage de « ne pas complètement isoler les prisonniers de la société ». L’homme est catégorique : ce serait une « absurdité » de suggérer que la réintroduction des travaux forcés inaugure un retour à l’ère du goulag.

« Je vous assure que, malgré le label “travaux forcés”, cette punition revêt un caractère d’ordre social », se justifie-t-il auprès de l’agence de presse, avant d’ajouter que les autorités ont étudié « les meilleurs aspects de l’expérience soviétique ». Des propos qui doivent faire se retourner Alexandre Soljenitsyne dans sa tombe.

Les travaux correctionnels ont été inclus dans le Code pénal russe fin 2011. Cependant, leur entrée en vigueur aura demandé quelques années, le temps de faire sortir de terre des centres adaptés. Les autorités russes expliquent que les mesures de sécurité en vigueur dans ces établissements seront différentes de celles qui existent actuellement dans les établissements correctionnels du pays.

Ainsi, les détenus seront par exemple autorisés à sortir du bâtiment, sous réserve d’une permission de l’administration. De plus, à l’inverse des autres prisonniers, les détenus de ces centres pourront également avoir accès à Internet, ainsi qu’à des téléphones portables. Un salaire, imposable, leur sera également versé. Enfin, ils bénéficieront de 18 jours de congés payés annuels après avoir passé plus de six mois dans l’établissement. En revanche, ces héritiers d’Ivan Denissovitch n’auront pas le droit de choisir ou de refuser le travail qui leur sera assigné.

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1 commentaires

  1. Prodanic 2 années ago

    Réforme du système pénitentiaire russe à mettre en parallèle avec le système américain.

    http://www.motherjones.com/politics/2016/06/cca-private-prisons-corrections-corporation-inmates-investigation-bauer

    Dans cette incroyable enquête du reporter Shane Bauer, la réalité carcérale d’une prison privatisée est dépeinte au cours de 4 mois d’observation comme maton.
    L’un des problèmes majeurs mis en avant par S.Bauer est la fin des travaux à l’extérieur en raison de coupes budgétaire.
    En d’autres termes, les prisonniers moisissent des mois, et bien souvent des années, dans des trous surpeuplés. Et comme ils n’ont plus aucun exutoire à leur énergie à leur colère, ça finit bien souvent en bagarres, mutineries etc.
    Lisez cette enquête en détail, vous comprendrez mieux.

    Eh oui, il est normal et même sain que des prisonniers soient employés pour des travaux “d’intérêt général”. Se défouler tout en contribuant à la société (à voir quels sont les travaux proposés), c’est bien plus souhaitable que de croupir 24H/24 7j/7 à ne rien faire dans une cellule. D’ailleurs, les autorités russes sont suffisamment perspicaces pour ne pas réinstaurer les goulags staliniens, il ne faut pas non plus les prendre pour des abrutis.

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