Singapour : Seul un candidat malais serait autorisé à se présenter à la présidentielle

 Le Premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, a déclaré en début de semaine qu’il serait souhaitable que le prochain président du pays, qui sera élu le 26 août 2017, soit Malais — du moins si « un candidat qualifié » de ce groupe ethnique venait à se présenter. Pour ce faire, le gouvernement souhaite amender la Constitution afin de permettre occasionnellement l’élection de candidats originaires des minorités ethniques.

Le premier ministre singapourien, Lee Hsien Loong, en 2011. (Photo Flickr/ Commonwealth Secretariat)
Le Premier ministre singapourien, Lee Hsien Loong, en 2011.
(Photo Flickr/ Commonwealth Secretariat)

Le prochain président de Singapour, qui sera élu l’année prochaine, sera Malais — sous réserve qu’un candidat de ce groupe ethnique se présente. C’est ce qu’a déclaré ce mardi, Lee Hsien Loong, l’actuel premier ministre, devant le parlement, comme nous l’apprend un récent article du Jakarta Post :

Cela veut dire que si un candidat malais qualifié venait à se présenter, Singapour aura de nouveau un président malais… ce serait notre premier après plus de 46 ans, depuis notre premier président Encik Yusof Isha.

Avec près de 75% de Chinois, 10% de Malais, 10% d’Indiens et 5% de personnes d’origines ethniques diverses, Singapour est certainement l’une des sociétés les plus multiculturelles d’Asie et du monde. Comme l’explique le Straits Times, la possibilité d’avoir des élections réservées aux candidats d’un groupe ethnique est actuellement débattue au Parlement. L’objectif étant de s’assurer qu’un candidat issu d’une minorité soit élu de temps en temps.

Ainsi, si la Constitution venait à être amendée, une élection devrait être réservée en priorité à un groupe ethnique particulier si l’on ne dénombre aucun président en étant originaire lors des cinq derniers mandats. Les candidats qui se présenteraient à une telle élection devraient néanmoins répondre aux mêmes critères que ceux qui se présentent à une élection ouverte, ce qui comprend notamment l’obligation d’être titulaire d’un poste important dans la fonction publique ou de faire partie de la direction générale d’une entreprise avec des capitaux propres de plus de 400 millions de dollars de Singapour [environ 261 millions d’euros] – un plancher que le gouvernement souhaite d’ailleurs rehausser à 500 millions de dollars de Singapour – ajoute Reuters.

Quant à savoir à partir de quand commencer le décompte des mandats, le Premier ministre Lee Hsien Loong a annoncé que le gouvernement envisage de commencer à compter à partir de l’élection du président Wee Kim Wee, élu une première fois en 1985 et réélu en 1989. Depuis, le pays a connu trois autres présidents : Ong Teng Cheong, S R Nathan, lui aussi réélu, et le président actuel Tony Tan Keng Yam.

Parmi eux, trois Chinois et un Indien, mais aucun Malais. C’est pour cette raison que le Premier ministre estime que les élections présidentielles de 2017 devraient être réservées à un candidat originaire de ce groupe ethnique. À en croire le Premier ministre, il serait crucial de s’assurer que des candidats issus des différents groupes ethniques de cette cité État d’Asie du Sud-Est puissent être élus, « parce que cela va droit au cœur de notre croyance fondamentale dans une société multiethnique ».

Par le passé, des sondages ont pu montrer qu’une part non négligeable des Singapouriens considèrent l’appartenance ethnique comme un facteur important lorsqu’ils votent, comme le précise le Straits Times. Par conséquent, les candidats qui appartiennent à un groupe minoritaire s’en trouveraient systématiquement désavantagés. En faisant amender la constitution, le Premier ministre singapourien dit espérer remédier à une injustice qui existe dans plusieurs autres pays du monde, par exemple aux États-Unis.

Cependant, à en croire les critiques, cet argument de « l’harmonie ethnique » ne serait en réalité qu’une tentative du parti au pouvoir de s’assurer que l’opposition ne soit pas en mesure de remporter les prochaines élections.

À Singapour, le président de la République, qui est officiellement le chef de l’État du pays, est élu pour un mandat de 6 ans. Son rôle demeure néanmoins largement symbolique car dans les faits c’est le Premier ministre qui détient l’essentiel du pouvoir. Le président peut néanmoins poser son véto à l’utilisation des réserves financières publiques et nommer des fonctionnaires haut placés.

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