Grande Barrière de corail : Le pire épisode de blanchissement jamais observé

 Cette année, la hausse des températures de l’eau a entrainé le pire épisode de blanchissement de coraux jamais observé au niveau de la Grande Barrière de corail australienne. Selon le Centre d’excellence pour les études sur les récifs coralliens de l’université James-Cook dans le Queensland, la partie nord du plus grand récif corallien du monde aurait perdu en moyenne 67% de ses coraux en seulement quelques mois.

(Photo Flickr/ CameliaTWU)
(Photo Flickr/ CameliaTWU)

Un bien triste record. Il faut dire que les températures anormalement élevées de l’eau dans la partie est de l’océan Pacifique sud cette année ne poussaient pas les scientifiques à l’optimisme. À raison, semble-t-il.

En effet, la partie nord de la Grande Barrière de corail (NDLR, le plus grand récif corallien du monde, situé au large de l’État du Queensland, dans le nord-est de l’Australie) aurait traversé son pire épisode de blanchissement de coraux, comme le confirme une récente étude du Centre d’excellence pour les études sur les récifs coralliens de l’université James-Cook dans le Queensland. Résultat : en l’espace de huit à neuf mois, 67% des coraux d’une zone de 700 kilomètres auraient été extrêmement endommagés, comme l’explique le Guardian.

Auparavant très colorés, les coraux ont ainsi pris une couleur extrêmement blanche, voire marronâtre dans le cas de ceux qui sont d’ores et déjà morts. Comme le rappelle le Washington Post, le blanchissement et la mort de ces coraux a des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème, entrainant pour de nombreux animaux la disparition de leur habitat naturel.

« La plupart des pertes de 2016 ont eu lieu dans la partie nord, la mieux préservée de la Grande Barrière de corail », commente ainsi Terry Hughes, le directeur du centre de recherche à l’origine de l’étude. Il précise que, de par sa situation géographique — à l’écart des foyers d’habitation les plus importants et des principales zones d’agriculture —, la zone avait jusque-là été relativement protégée lors des précédents épisodes de blanchissement (les plus notables remontant à 1998 et 2002). À l’inverse, ce sont cette année les autres régions de la Grande Barrière qui ont été plus épargnées avec seulement 6% de coraux blanchis au centre et 1% au sud.

Selon les scientifiques de l’équipe de Terry Hughes, la région aurait maintenant besoin d’au moins dix à quinze ans pour se remettre de cet épisode. Pourtant, la perspective probable d’un quatrième épisode de blanchissement risque de venir interrompre le long processus nécessaire à son bon rétablissement.

S’étirant sur 2300 kilomètres et abritant 400 espèces de coraux, 1 500 espèces de poissons et 4 000 espèces de mollusques, dont une partie est menacée d’extinction, la Grande Barrière de corail figure déjà au Patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Cependant, celle qui, dès 2014, avait déjà perdu plus de 50% de ses coraux en l’espace d’une trentaine d’années sous les effets cumulés de tempêtes, du réchauffement climatique et des rejets industriels pourrait bien finir par être catégorisée comme « patrimoine en péril ».

Ce jeudi, Canberra devait informer l’agence onusienne des progrès réalisés dans le cadre de la protection de cette merveille de la nature — qui se révèle accessoirement une manne financière pour l’Australie à laquelle elle rapporte chaque année près de cinq milliards de dollars australiens (3,49 milliards d’euros) grâce à une fréquentation annuelle qui oscille autour des deux millions de touristes. Cependant, il semble difficile pour le pays — qui demeure, rappelons-le, le second exportateur mondial de charbon —, de continuer à prétendre faire des efforts pour améliorer la qualité de l’eau tout en capitalisant comme il le fait sur les énergies fossiles.

Le réchauffement climatique n’est pas le seul responsable du blanchiment des coraux. Le passage du courant chaud El Niño dans le pacifique sud a également contribué à d’importants épisodes de blanchiment des coraux en 1998, 2002 et 2010, comme le détaille un article daté de mars 2016 de la revue américaine de référence Science.

Reste que, selon la communauté scientifique, les épisodes El Niño n’ont jamais été aussi violents et fréquents que ces dernières années. “Aujourd’hui, on sait que les épisodes El Niño extrêmes vont devenir de plus en plus fréquents dans le contexte du réchauffement climatique. Les derniers ont été observés en 1982-1983, 1997-1998 et, donc, 2015-2016. Soit environ tous les quinze ans. Des études récentes indiquent que, dans l’hypothèse où le réchauffement se poursuit à la vitesse actuelle, la fréquence de ces événements pourrait être doublée à l’horizon 2100. On aurait alors affaire à un El Niño violent tous les sept ou huit ans”, expliquait le climatologue Jérôme Vialard au Monde en mai 2016

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3 commentaires

  1. Pingback: Some coral bleaching, unfortunately – My Blog

  2. Thierry de Pablos 3 années ago

    Hum intéressant… sauf que vous oubliez de mentionner que ceci est la conséquence du phénomène El Nino qui a débuté fin 2014 et aussi des récents et anciens nNinos qui ont été récurrent tout au long de l”holocène – quelques milliers d’années avant l’ère industrielle – donc on peut éventuellement en déduire que cela n’a rien à voir avec le réchauffement climatique moderne dont l”origine, les causes et conséquences font toujours l’objet d’une controverse scientifique pas encore tranchée… J’aime bien votre démarche journalistique mais là c’est du n’importe quoi sans aucune analyse critique des sources… http://www.sciencemag.org/news/2016/03/el-ni-o-s-warmth-devastating-reefs-worldwide

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    1. Maxime Lelong
      Maxime Lelong 3 années ago

      Bonjour Thierry, merci pour votre commentaire ! Nous n’avions pas eu écho de cet article de Science et avons donc complété notre article pour apporter cette précision. Très bonne lecture !

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