Mali : Les informateurs, héros oubliés de la guerre contre Aqmi

 Au Mali, les troupes françaises, les Casques bleus de la Minusma et les armées d’autres pays de la région continuent leur combat contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Sur le terrain, ils s’appuient sur un vaste réseau d’informateurs locaux, indispensables. Ces derniers risquent quotidiennement leur vie en « collaborant » avec « les ennemis de l’islam ». Une vingtaine d’entre eux aurait été exécutée au cours des deux dernières années.

(Capture d'écran Youtube/ Les cinémas Gaumont Pathé)
Une image tirée de la bande annonce de Timbuktu. Ce superbe film franco-mauritanien dépeint l’invasion de Tombouctou par des islamistes y imposant la charia.
(Capture d’écran Youtube/ Les cinémas Gaumont Pathé)

C’est à ces travailleurs de l’ombre que Jeune Afrique a dédié un article édifiant le 30 novembre dernier. L’hebdomadaire panafricain y révèle en effet les dangers encourus au Mali par les informateurs qui acceptent de collaborer avec les forces étrangères qui continuent de lutter contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Par le biais d’Al-Andalus Media, le canal de communication officiel d’Aqmi, l’organisation islamiste a récemment diffusé les vidéos macabres d’exécutions de ceux qu’ils appellent les « traîtres ». Des locaux, originaires du Mali ou de la Mauritanie voisine, qu’ils accusent d’avoir collaboré avec leurs ennemis — en tête desquels les troupes françaises et celles de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies (Minusma). La liste n’a de cesse de s’allonger. Selon les dernières estimations de la mission de l’ONU, on dénombrerait une vingtaine d’exécutions en l’espace d’à peine deux ans.

Comme l’explique un dignitaire de la ville de Tombouctou à Jeune Afrique, ces vidéos participent à l’instigation d’un climat de terreur dans la région : « Au début, on n’y prêtait pas attention. Mais les exécutions se sont multipliées. Et chacune d’entre elles est suivie d’un communiqué, d’une vidéo ou d’un tract. Le but recherché est clair : empêcher toute collaboration avec les forces étrangères. Les gens ont de plus en plus peur de parler aux soldats français ou aux Casques bleus, surtout dans les villages reculés ».

Pourtant, ces renseignements humains se révèlent indispensables aux armées qui opèrent dans la région. « Les drones, les images satellites et les écoutes téléphoniques ne suffisent pas », confie ainsi un officier français aux journalistes de Jeune Afrique. Alors, les Français comme les autres promettent ce qui représente à l’échelle locale de petites fortunes à ceux qui seraient en mesure de leur communiquer des informations. Un jeu néanmoins très risqué. D’autant plus que les jihadistes ont eux-mêmes de nombreux espions.

Pire encore, les informateurs ne bénéficieraient de protection ni de la part de ceux pour le compte desquels ils travaillent ni des autorités maliennes. Ce sentiment d’abandon se retrouve chez de nombreux proches de victimes interrogés par l’hebdomadaire francophone, comme ce notable touareg de Bamako, la capitale du pays : « La France se fiche éperdument d’eux. Elle les utilise comme des mouchoirs jetables et ne se préoccupe pas des conséquences ».

Face aux sollicitations de Jeune Afrique, les autorités françaises auraient refusé de communiquer sur un sujet relevant du secret des opérations militaires.

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