Espagne : Des rues franquistes rebaptisées en hommage à des femmes illustres

 Quarante et un ans après la mort du « caudillo » Francisco Franco, plusieurs villes espagnoles, dont la capitale Madrid, sont en train de rebaptiser leurs rues et places qui évoqueraient encore le franquisme. L’objectif : laisser la place à des « figures de progrès », et si possible à des femmes.

La rue « du Général Saliquet » vandalisée début 2016.  (Photo Wikipédia/ Dicasto)
La rue « du Général Saliquet », putschiste de 1936, vandalisée début 2016.
(Photo Wikipédia/ Dicasto)

C’en est enfin fini des rues « de l’Arc de la victoire » ou « du Général Saliquet », l’un des généraux putschistes de 1936. Bon débarras aussi aux places « du Généralissime » ou « du Caudillo », deux titres du dictateur espagnol Francisco Franco. Quarante et un ans après sa mort, plusieurs villes du pays, dont Madrid, la capitale, ont décidé qu’il était grand temps de se débarrasser des réminiscences de la période sombre du franquisme, comme nous l’apprend un récent article de City Lab.

Elles seront rebaptisées en l’honneur de « figures de progrès », si possible de sexe féminin afin de remédier à la sous-représentation des femmes dans l’espace public. Ainsi, à Madrid, en lieu et place du nom d’un cacique du franquisme, on devrait bientôt pouvoir lire celui de Soledad Cazorla, procureure spécialisée dans la lutte contre les violences sexistes.

À León, les habitants ont quant à eux pu choisir, lors d’un vote en novembre, entre Rosa Parks, Frida Kahlo ou encore Jane Austen et la gagnante, plus locale : Ángela Ruiz Robles, professeure, écrivain et pionnière des livres électroniques, rapporte The Independent. La liste ne s’arrête pas là. En effet, les villes de Valence — où quatre rues nouvellement nommées sur cinq l’ont été en l’honneur de femmes —, mais aussi d’Oviedo et de Cadix, ont récemment approuvé des changements similaires.

Comment expliquer ce réveil tardif d’une Espagne qui si a longtemps fermé les yeux sur la question de l’héritage franquiste ? Pour le comprendre, impossible de ne pas prendre en compte les gains électoraux de mouvements comme Podemos en 2015. Ces derniers étant, dans les faits, les premiers à se montrer véritablement déterminés à mettre en application la Loi sur la mémoire historique (Ley de Memoria Histórica) datant de 2007, qui condamne formellement le fascisme et vise au retrait des symboles franquistes dans les espaces publics.

En parallèle de leur arrivée au pouvoir a eu lieu la prise de conscience que les femmes demeurent trop souvent invisibles sur les plans des villes espagnoles. De nos jours, seuls 10% des rues espagnoles seraient nommées d’après des femmes — et encore, ces dernières le sont le plus souvent en l’honneur de saintes ou de religieuses. « C’est presque comme si la situation était la confirmation pratique du dicton populaire “la place d’une femme n’est pas dans la rue, mais à la maison” », se désolait encore récemment la professeure d’urbanisme Patricia Arias Chachero dans les pages d’El Diario. Une situation qui devrait maintenant quelque peu s’améliorer.

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