Venezuela : Le gouvernement saisit 3,8 millions de jouets

 La saisie ce week-end de plusieurs millions de jouets des entrepôts de l’un des principaux importateurs de jouets du pays est le dernier épisode en date de la « guerre économique » que dit mener le gouvernement vénézuélien contre les « accapareurs » et les « spéculateurs ». Pourtant, il ne s’agirait ni plus ni moins que d’une opération de communication rondement menée à en croire certains opposants au régime.

(photo d'illustration flickr/raybouk)
(photo d’illustration flickr/raybouk)

Cette année, le gouvernement vénézuélien a visiblement décidé de jouer les pères Noël. Il accuse l’entreprise Kreisel, l’un des premiers importateurs de jouets de ce pays d’Amérique du Sud, d’avoir stocké en secret ses produits des mois durant, possiblement des années, dans le but de créer une pénurie et d’engendrer des bénéfices records. À l’en croire, l’entreprise aurait prévu d’augmenter ses prix de 24 000% et de distribuer ses produits à des tarifs subventionnés. D’où l’arrestation de deux membres du comité exécutif de l’entreprise, puis la confiscation par les autorités ce week-end de près de 3,8 millions de poupées, peluches et autres tricycles, rapporte le New York Times.

« C’est un acte criminel parce qu’il s’agit d’une violation des droits des enfants », a ainsi déclaré William Contreras, le directeur de la Super-intendance nationale pour la défense des droits socioéconomiques (Sundde) dans l’émission de télévision du président Nicolas Maduro. L’homme a également ajouté que le gouvernement s’apprêtait maintenant à « corriger ce méfait » afin que les « petites filles et petits garçons du Venezuela aient la garantie de recevoir leurs jouets ».

Endossant sans plus attendre son costume de Robin des Bois, le gouvernement a annoncé qu’il comptait redistribuer les jouets saisis aux enfants nécessiteux du pays. Une déclaration à prendre avec délicatesse de la part d’un régime qui a toujours tenu à faire passer les siens d’abord (cadres et militants du parti en tête).

L’opération intervient après que le gouvernement a ordonné au début du mois aux magasins de jouets, mais aussi aux magasins de vêtements, de chaussures et d’accessoires de Caracas de réduire leurs prix de 30 à 50%. Une véritable armée d’agents administratifs, mais aussi de militaires, a d’ailleurs été déployée pour imposer ces soldes.

Pourtant, certains opposants au régime, comme Vicente Díaz, un ex-membre de la commission électorale nationale, dénoncent une énième tentative de manipulation de l’opinion publique. Après tout, quoi de mieux que des annonces de distributions de jouets et des soldes, qui risquent de faire mettre la clé sous la porte à plus d’un commerçant, pour remonter le moral de la population dans un contexte de grave crise économique ?

Nous vous en parlions encore la semaine dernière, le pays, incapable d’encaisser la chute des cours du pétrole brut entamée en 2014 — auparavant source de 96% de ses devises —, se trouve actuellement dans une situation économique catastrophique. L’inflation devrait y atteindre les 475% d’ici la fin de l’année selon les prévisions du FMI. Depuis maintenant des mois, une grande majorité de Vénézuéliens peine à acheter de quoi manger ou se soigner.

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