Japon : Une start-up crée une prime pour décourager ses employés de faire des heures supplémentaires

 Alors que les autorités nippones multiplient les mesures visant à limiter les risques de « karoshi » (NDLR, décès lié au surmenage), une agence publicitaire de Nagoya a eu l’idée de mettre en place une prime unique en son genre, décernée à ceux de ses employés qui atteignent leurs objectifs en faisant moins d’heures supplémentaires que la moyenne des salariés de l’entreprise.

(Photo Flickr/ Azlan DuPree)
(Photo Flickr/ Azlan DuPree)

À Nagoya, la troisième ville du Japon, une agence de pub a développé une méthode simple pour pousser ses employés à travailler plus efficacement, mais surtout moins longtemps : une prime décernée aux employés qui réussissent à atteindre leurs objectifs en faisant moins d’heures supplémentaires que la moyenne des employés de l’entreprise. L’initiative pourrait faire des émules, alors que le gouvernement japonais fait actuellement son possible pour essayer d’inciter les Japonais à trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, comme le souligne le Japan Times.

Ainsi, à Quartet Communications Co., les 40 employés sont incités à se préparer à rentrer chez eux à 18h lors d’une journée type. « Je suis heureux de recevoir une prime plus élevée pour partir plus tôt », lâche un trentenaire sur le départ au Chunichi Shimbun. Comme le précise le quotidien, ce soir-là la totalité des employés avait quitté les lieux en l’espace d’une demi-heure à peine. De plus, afin de ne pas avoir la tentation de continuer à travailler de chez eux, les employés ne sont pas censés répondre à leurs clients avant 10h du matin et après 6h du soir.

Culture du travail japonaise oblige, l’objectif de l’entreprise demeure que cette diminution du nombre d’heures n’ait pas d’impact sur ses résultats. C’est la raison pour laquelle elle a mis en place en janvier une grille d’évaluation visant à noter les efforts déployés par les employés pour atteindre leurs objectifs : « Je veux récompenser les employés capables de devenir plus efficace tout en réduisant leur nombre de d’heures supplémentaires plutôt que ceux qui traînent », conclut Daisuke Tsutsumi, le directeur de Quartet Communications. Avec seulement 3,5 heures supplémentaires en moyenne en janvier, contre 9,5 avant la création de la prime, la start-up semble avoir gagné son pari.

Quoi qu’il en soit, un tel spectacle demeure impensable dans la grande majorité des entreprises nippones. Selon les chiffres du Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, 20,6% des grandes entreprises et 9,8% des PME, tous secteurs d’activités confondus, ont actuellement des employés qui font plus de 45 heures supplémentaires par mois. De nos jours, selon les statistiques de Vorkers, un site spécialisé dans la recherche d’emploi, l’employé moyen d’une agence publicitaire est quant à lui amené à faire 78,6 heures supplémentaires par mois au Japon.

Pour tenter de lutter contre ce phénomène générateur de « karoshi », le gouvernement japonais a créé l’année dernière une commission sur la culture d’entreprise. Cette dernière a pour l’instant proposé que le nombre d’heures supplémentaires par mois autorisées par la loi soit limité à 60 en temps normal et 100 lors de « périodes d’activité soutenue ».

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