Espagne : L’obtention de la nationalité espagnole facilitée pour les Juifs séfarades de plus de 70 ans

 En juin 2015, l’Espagne votait une loi visant à faciliter la naturalisation des descendants des Juifs séfarades. À l’époque, le gouvernement estimait que jusqu’à près de 3,5 millions de personnes pourraient théoriquement bénéficier de ces nouvelles dispositions. Presque deux ans plus tard, ils ne sont que 4919 à avoir sauté le pas. Afin de tenter de corriger le tir, le ministère de la Justice espagnol vient d’annoncer que les Séfarades de plus de 70 ans seront désormais exemptés des examens de langue espagnole et de connaissances constitutionnelles et socioculturelles (CCSE) dans le cadre d’une procédure de naturalisation.

(Photo Flickr/ Fernando)
(Photo Flickr/ Fernando)

La loi facilitant la naturalisation des descendants des Juifs séfarades, introduite en 2012 mais seulement votée en juin 2015, est loin d’avoir connu le succès que lui prédisait le gouvernement espagnol. En effet, presque deux ans plus tard, on ne dénombre que 4919 naturalisations — dont 4302 par décret le lendemain du vote. Un chiffre somme toute très modeste, surtout lorsque l’on sait qu’en théorie cela aurait pu concerner jusqu’à 3,5 millions de personnes.

Pour essayer de corriger le tir, le ministère de la Justice vient d’annoncer que les Séfarades de plus de 70 ans se verront désormais exemptés des examens de langue espagnole et de connaissances constitutionnelles et socioculturelles (CCSE) dans le cadre d’une procédure de naturalisation, comme le rapporte El País. Une décision bien accueillie dans les communautés séfarades, explique le quotidien espagnol. « Nous ne sommes plus une communauté très jeune », commente ainsi Karen Gerson Sharon, la coordinatrice du Centre séfarade d’Istanbul, en Turquie, qui regroupe près de 15 000 descendants de juifs expulsés d’Espagne au XVe siècle. Elle se dit « très heureuse » que les examens aient été supprimés pour les plus de 70 ans, mais estime qu’il serait « encore beaucoup mieux » que la limite d’âge soit maintenant abaissée à 65 ans.

Selon le ministère de la Justice espagnol, le nombre de naturalisations devrait quoiqu’il arrive augmenter au cours des prochains mois. 1897 personnes auraient en effet déjà obtenu leur diplôme de langue espagnole (DELE) et 6127 auraient réussi le test de connaissances constitutionnelles et socioculturelles (CCSE) — tout deux délivrés par l’Instituto Cervantes (NDLR, équivalent espagnol de notre Institut français). Dans leurs rangs se trouvent des candidats de plus de 100 nationalités différentes, dont une majorité originaire de douze pays ibéro-américains, mais aussi du Maroc, de la Turquie, des États-Unis et du Pakistan.

Pour rappel, la diaspora séfarade est constituée des descendants des dizaines de milliers de juifs d’Espagne expulsés du pays au XVe siècle à la suite de la signature du décret de l’Alhambra par Isabelle la Catholique. Accusés d’essayer de détourner les chrétiens de la seule vraie foi, et ce malgré des centaines d’années de coexistence le plus souvent pacifique avec les adeptes d’autres religions du livre, ils s’étaient vus placés face à un choix binaire : la conversion forcée ou l’exil définitif (sous peine de mort). Si un certain nombre ont opté pour la première option, devenant ainsi des « conversos » (convertis) ou plus vulgairement des « marranos » (ce qui peut se traduire par porcs en espagnol, en référence à l’interdiction de consommer la viande de cet animal dans la religion juive), beaucoup ont préféré prendre la route pour des destinations aussi diverses que l’Afrique du Nord, les Balkans, l’Empire ottoman, l’Italie ou encore le Portugal.

Il aura fallu attendre plus de 500 ans pour que l’Espagne ne donne à leurs descendants — dont une partie continue de parler une langue proche du castillan du XVIe siècle — une chance de retourner s’installer sur la terre de leurs ancêtres et d’obtenir la nationalité espagnole. Le texte de loi voté en 2015 vise à corriger ce que le gouvernement espagnol lui-même qualifie d’« erreur historique ».

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