Inde : Le gouvernement accorde une reconnaissance officielle aux victimes d’attaques à l’acide

En Inde, une loi entrée en vigueur cette semaine devrait améliorer la vie de milliers d’Indiennes. Elle reconnaît officiellement les victimes d’attaques à l’acide comme étant en situation de handicap physique, leur donnant ainsi le droit à une compensation financière et à des aides à l’insertion professionnelle.

(Photo  stop acid attacks)
(Photo  stop acid attacks)

Chaque année, des centaines d’Indiennes sont victimes d’une attaque à l’acide. Le coupable ? Bien souvent leur propre mari, un prétendant déçu ou encore l’un de leurs proches (NDLR, à ce sujet nous vous invitons à (re)lire le reportage d’Agathe Rigo « Les Sheroes, nouveau visage des Indiennes victimes de l’acide »). Défigurées, celles qui survivent se retrouvaient jusque-là bien souvent sans rien, ou presque. Une situation qui s’apprête heureusement à changer, comme nous l’apprend un récent article du Times of India.

Cette semaine, Maneka Gandhi, la ministre des Femmes et du Développement de l’enfant, a annoncé qu’une version revue du « Rights of Persons with Disabilities Act 2016 » reconnaît désormais aux victimes de ces attaques le statut de personne handicapée physique. Par conséquent, elles auront le droit à une indemnisation. Quant à celles qui chercheraient un emploi, elles bénéficieront de places réservées à travers un système de quota visant à favoriser l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés, et ce tout particulièrement dans les secteurs de l’administration ou de l’éducation. Cette reconnaissance officielle, longtemps attendue, devrait grandement améliorer la vie des milliers de victimes d’attaques à l’acide.

Pourtant, comme l’explique le Guardian, si le texte est largement jugé comme progressiste, certains défenseurs des droits de l’homme se disent réservés quant à sa mise en œuvre. « Il existe un fossé en termes de compétences dans la mesure où la plupart des victimes d’attaques à l’acide sont peu éduquées et ont une faible maîtrise de l’informatique. Le processus de candidature n’est pas clair », commente ainsi Megha Mishra, responsable de la branche de l’Inde du Nord de l’ONG Acid Survivors Foundation India (Asfi). « La bonne chose à faire serait avant toute chose d’empêcher [les attaques] de se produire ».

Selon les chiffres de l’Asfi, les femmes représenteraient 80% des victimes d’attaques à l’acide en Inde. Sur son site Internet, l’ONG dénonce une augmentation du nombre d’attaques ces dernières années. Les raisons invoquées par les agresseurs pouvant aller d’une vengeance pour avoir refusé une proposition en mariage à des querelles de famille, des litiges fonciers, des violences domestiques ou encore des suspicions d’infidélité.

On dénombrait 249 attaques à l’acide en 2015, à en croire les statistiques officielles du gouvernement indien, soit une hausse de 11% par rapport à l’année précédente. Cependant, à en croire le Human Rights Law Network, une organisation à but non lucratif indienne, ces chiffres seraient très en dessous de la réalité, car de nombreuses Indiennes n’osent tout simplement pas porter plainte. L’organisation estime qu’il y aurait en réalité un minimum de 1000 attaques chaque année dans le pays.

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