Bahreïn : Un cabinet de recrutement propose de “gagner une employée de maison”

Scandale au Bahreïn alors qu’un cabinet de recrutement vient de se voir retirer son permis de travail pour avoir organisé un concours dont le « gros lot » était une employée de maison.

(Photo Instagram/Al Hazeem Manpower)
L’annonce, postée sur Instagram, a depuis été retirée. (Photo Instagram/Al Hazeem Manpower)

Al Hazeem Manpower, un cabinet de recrutement bahreïnien, a visiblement pensé avoir l’idée du siècle en postant sur Instagram une annonce proposant à ses clients de participer à un concours pour « gagner une employée de maison » pendant le mois du ramadan. Pour participer, une seule condition à remplir : être en possession d’un permis de travail permettant d’embaucher l’employée en question.

Après signalement, les autorités de régulation du marché du travail (LMRA) du Bahreïn, petit pays insulaire d’Arabie situé au large de la côte ouest du golfe Persique du Moyen-Orient, ont temporairement retiré au cabinet son permis de travail. Une enquête vise actuellement à déterminer si l’entreprise se serait livrée au trafic d’êtres humains, comme l’explique un récent article de The Independent.

De son côté, le cabinet s’est maladroitement justifié en expliquant qu’il ne s’agissait que d’un « choix de mots malheureux » et qu’elle a « immédiatement procédé aux changements nécessaires », rapporte le site Internet d’information Bahrain News. Une ligne de défense qui n’a visiblement pas convaincu Ausamah Al Absi, le directeur général de la LMRA. Ce dernier a déclaré qu’il jugeait « extrêmement offensant » et « irrespectueux » que l’entreprise se soit livrée à des campagnes publicitaires où les employées sont traitées comme des « marchandises ».

Pour cause, sur sa page Facebook, l’entreprise proposait ainsi des forfaits « à partir de 499 dinars bahreïnis » (environ 1243€), où les employées de maison, déshumanisées au possible, sont « fournies » avec « deux ans d’assurance fugue » — visant à dédommager l’employeur dans l’éventualité où l’employée venait à s’enfuir —, un billet d’avion et le transport sur place. D’autres offres donnaient par exemple la possibilité de « retourner la femme de ménage » si jamais elle venait à tomber malade.

Que le cabinet soit jugé coupable ou non, ces pratiques ne révèlent malheureusement pas d’un cas isolé. En effet, au Bahreïn comme dans plusieurs autres pays de la région, des milliers de travailleuses domestiques migrantes venues d’Afrique — particulièrement d’Éthiopie, du Ghana et du Kenya — ou encore d’Asie, travaillent de nos jours dans des conditions qui peuvent être assimilées à de l’esclavage moderne. En cause notamment, la « kafala », un système de « parrainage » où de riches employeurs permettent à leurs employés étrangers d’obtenir un visa de travail.

En théorie, le Bahreïn a été le premier pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCG) à abroger, en 2009, la « kafala ». Pourtant, les vieilles habitudes ont visiblement la peau dure et des ONG comme Human Rights Watch ont dénoncé à de multiples reprises la complaisance d’autorités qui « ne font pas grand-chose pour s’assurer du bon respect de la loi ».

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