L’Europe de l’Est traîne toujours à restituer leurs biens aux rescapés de l’holocauste

À en croire un récent article du Guardian, plusieurs pays d’Europe centrale et de l’Est, Pologne en tête, auraient négligé de tenir les promesses qu’ils avaient faites lors de la déclaration de Terezín. Signée en 2009 par 46 États, cette dernière visait à accélérer la restitution de leurs biens aux familles des rescapés de l’holocauste.

(Photo Flickr/ FaceMePLS)
(Photo Flickr/ FaceMePLS)

Un rapport de l’Institut européen pour la mémoire de la Shoah, remarqué par le Guardian, met en évidence que plusieurs pays d’Europe centrale et de l’Est, notamment la Pologne, n’ont pas tenu leurs promesses en matière de restitution des biens aux familles des rescapés de l’holocauste. Il devrait être rendu public jeudi 27 avril, au lendemain d’une conférence internationale intitulée « Justice inachevée : restitution et mémoire », qui se tiendra dans l’enceinte du Parlement européen.

En juin 2009, lors de la « Conférence de Prague sur les avoirs liés à l’époque de la Shoah », 46 pays, au rang desquels la Pologne, avaient pourtant adopté une déclaration de principes sur le sujet de la restitution des biens spoliés dans les années 30 et 40 par les nazis. Mettant l’accent sur l’âge avancé et les besoins médicaux et sanitaires particuliers des survivants de l’holocauste, la déclaration insistait sur l’urgence d’améliorer au plus vite leur situation économique et sociale.

Près de huit ans plus tard, le bilan est mitigé. Dans son rapport, l’Institut européen pour la mémoire de la Shoah pointe notamment du doigt la Pologne pour ne pas avoir respecté son engagement. Le pays, qui abritait avant la guerre la plus large population juive d’Europe, dont 90% n’ont pas survécu, est le seul membre de l’Union européenne à ne pas avoir voté de loi en ce sens après la chute de l’URSS : « Parmi les pays d’Europe de l’Est, la Bosnie-Herzégovine et la Pologne sont les seuls qui ont échoué à établir un régime exhaustif de restitution des biens privés au cours de l’holocauste ou pendant l’ère communiste ».

Selon les auteurs du rapport, financé par l’institut et conduit sur une période de trois ans, si les États de l’ouest de l’Europe ont très progressivement mis en place de tels régimes après la guerre, la situation a longtemps été très différente à l’est, les autorités communistes de certains pays se livrant elles aussi à la confiscation de biens. Ce n’est qu’après la chute de l’URSS que la plupart des gouvernements des pays d’Europe centrale et de l’Est ont adopté des lois dans ce sens. Un processus accéléré par la déclaration de Terezín.

En Pologne cependant, le seul recours des rescapés demeure de se tourner vers les dispositions juridiques existantes de la loi polonaise. Dans ce cadre, si les propriétés ont été confisquées sans enfreindre la loi de l’époque, les autorités polonaises d’aujourd’hui se retrouvent impuissantes. Une situation qu’il convient de changer au plus vite selon les auteurs du rapport : « Les lois ordinaires s’appliquent aux évènements ordinaires. Mais l’holocauste a été un évènement extraordinaire, et cela n’a guère de sens d’appliquer des lois ordinaires dans une situation où autant de biens se sont soudainement retrouvés sans héritiers en raison du meurtre de millions de personnes ».

De nos jours, il resterait dans le monde près de 500 000 survivants de l’holocauste. Selon les estimations de l’Institut européen pour la mémoire de la Shoah, près de la moitié d’entre eux vivraient dans la pauvreté.

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