[Jeu de cartes] Les inégalités, une question de genres 🔒

Cette semaine, dans « Jeu de cartes », nous nous penchons sur les inégalités entre les femmes et les hommes en scrutant à la loupe le 11e rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes. Alors, sommes-nous toujours en train de nous rapprocher de la parité ? Malheureusement, il semblerait que ce n’est pas gagné…

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(Photo Flickr/ UN Women)

«L’inégalité de genre reste un obstacle majeur au développement humain », peut-on lire en page d’accueil du site Internet du Programme des Nations unies pour le développement (UNDP). En effet, même si au cours des dernières décennies les représentantes de la gent féminine ont parcouru un chemin considérable en matière de droits, nous sommes encore loin d’avoir atteint l’égalité des sexes. Il suffit de se pencher sur le 11e rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes (« The Global Gender Gap Report »), publié en novembre dernier par le Forum économique mondial (FEM), pour s’en convaincre.

Intéressant à de nombreux égards, ce rapport annuel constitue un bon indicateur pour mesurer les dynamiques en œuvre en matière d’égalité entre les sexes — même s’il demeure, bien sûr, potentiellement problématique d’essayer de trouver des points de comparaison objectifs au sein d’une si grande diversité de pays.

Le rapport nous apprend notamment qu’en nous basant sur la dynamique actuelle dans les 144 pays passés à la loupe, nous n’atteindrions la parité à l’échelle du globe qu’en 2186. Ue perspective quelque peu déprimante, surtout lorsque l’on sait qu’à peine un an plus tôt, en 2015, le FEM estimait que cela prendrait 63 ans de moins.

Résulat : dans son rapport de 2016, le FEM se désole de constater qu’après avoir atteint leur pic en 2013, « les progrès se sont inversés ». Comment l’expliquer ? Notamment par des disparités plus importantes que jamais en matière de participation à la vie économique, mais aussi des opportunités plus rares du côté féminin (NDLR, les femmes se voient seulement proposer 59% des opportunités des hommes).

Comme le souligne le FEM, de nos jours absolument tous les pays peuvent encore faire mieux en matière d’égalité. Seuls cinq pays ont actuellement réussi à dépasser les 80% d’égalité hommes-femmes. Sur les 145 pays observés par le FEM, 64 ont réussi à limiter l’écart hommes-femmes entre 70% et 80%, alors que 65 autres arrivent à un écart de 60 à 70%. La « bonne nouvelle » étant qu’aucun pays n’affiche actuellement un écart de supérieur à 50%.

Avant de nous pencher sur une illustration cartographique du classement de l’année dernière, il convient tout d’abord de préciser que le FEM s’appuie sur l’espérance de vie ainsi que quatorze indicateurs répartis en quatre grandes catégories : la participation économique, l’accès à l’éducation, la participation politique et enfin la santé. Pour bien comprendre ce classement, il convient encore de préciser que plus le score d’un pays se rapproche de 1, plus ce dernier se rapproche de la parité.

Les plus observateurs l’auront instantanément remarqué, l’Islande (avec un score de 0.874) sort son épingle du jeu — même s’il est crucial de souligner que le pays n’a pas atteint l’égalité parfaite. Il faut dire que c’est presque une habitude, dans la mesure où cela fait huit ans que le pays — qui fût le premier au monde à élire une femme présidente au suffrage universel — s’accroche à la première place du classement. L’Islande s’illustre tout particulièrement à travers un taux d’alphabétisation des femmes de 99%, 90 jours de congé de maternité et la présence de 83% des femmes sur le marché du travail.

L’élève modèle est suivi de près par trois autres pays nordiques : la Finlande (0.845), la Norvège (0.842) et enfin la Suède (0.815). Les bons résultats de ces pays nordiques sont-ils surprenants ? Pas vraiment, dans la mesure où l’existence d’un État-providence universaliste y place la question de l’égalité au centre d’une large gamme de politiques publiques (Nous vous invitons à ce propos à (re)lire notre reportage de la semaine « Et si la Finlande avait trouvé une solution au « sans-abrisme » ? », qui s’intéresse à l’application de la politique « Logement d’abord » en Finlande).

Ces pays ont ainsi pour point commun des politiques en matière d’égalité des sexes qui sont, historiquement et institutionnellement, imbriquées dans les politiques sociales en matière d’éducation, d’accès au marché du travail et de politiques familiales. Les résultats sont là : en moyenne mieux éduquées que dans les autres pays du monde, les femmes de ces pays affichent également des taux plus élevés de participation au marché du travail.

Il est intéressant de remarquer que sur les dix pays les mieux classés, six (l’Islande, la Finlande, la Norvège, la Suède, l’Irlande et la Slovénie) se situent en Europe. Étant donné le bon développement économique de ces pays, on pourrait être tenté d’établir une corrélation entre égalité hommes-femmes et PIB. Cette dernière doit cependant être considérée avec précaution.

En effet, certains seront peut-être surpris par le dernier pays venant compléter notre Top 5. Il s’agit en effet du Rwanda, qui a pour la première fois en 2016 dépassé l’Irlande. Le bon résultat du pays africain peut s’expliquer, en partie, par une forte participation des femmes en politique (NDLR, rappelons qu’en 2003 le pays a adopté une Constitution imposant la présence de 24 femmes parmi les 80 députés). Les femmes y composent actuellement près de 64 % des élus, un record mondial.

En outre, un peu plus loin dans le classement se trouvent les Philippines (7e avec un score de 0.786), ou encore le Nicaragua (10e avec 0.78). Ces pays, souvent considérés comme étant en voie de développement, montrent que l’accès à l’éducation et à la santé, deux de leurs points forts, n’est pas irrémédiablement corrélé à la situation économique. Les piètres résultats de pays comme l’Australie (46e avec un score de 0,72) ou le Japon (111e avec 0,66), tout deux forts de PIB élevés, viennent confirmer ce raisonnement.

La France arrive pour sa part 17e avec 0,755, c’est-à-dire derrière l’Allemagne (13e, avec 0,766) ou les Pays-Bas (16e, avec 0,756), mais devant le Royaume-Uni (20e, avec 0,752), la Belgique (24e, avec 0,745), le Canada (35e, avec 0,731) ou encore les États-Unis (péniblement à la 45e place, avec 0,722). Il convient néanmoins de souligner qu’un classement complémentaire de la FEM, qui s’attache à détailler les « améliorations » selon les pays, place l’hexagone — au côté de la Bolivie, du Népal, du Nicaragua et de la Slovénie — parmi les cinq pays ayant connu en 2016 la plus forte réduction des inégalités hommes-femmes. De quoi nous redonner un peu d’espoir, surtout si l’on se souvient que la France avait déjà énormément progressé en 2014, gagnant à l’époque 29 places pour passer de la 45e à le 16e place du classement.

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Un coup d’œil aux différentes régions du monde nous montre qu’au niveau du globe, seules deux régions, l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, affichent un écart de moins de 30% entre hommes et femmes — avec respectivement 25 et 28%. De leurs côtés, l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Europe de l’Est affichent exactement 30% d’écart entre les hommes et les femmes. Ces régions sont suivies par d’autres, moins efficaces en la matière. Ainsi, pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, l’écart demeure de 31,7%. L’Afrique subsaharienne affiche quant à elle 32,1%, alors qu’en Asie du Sud, l’écart monte à 33%. La région la moins paritaire du monde est celle du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, avec 39%.

Précisons ici que les calculs du FEM sont pondérés selon la population. Rappelons également que dans chaque région, les progrès sont très disparates. Ainsi, quelques modèles de réussite ne doivent pas faire oublier l’existence de pays voisins où la situation peut se révéler autrement plus compliquée, et inversement.

Même dans la région de l’Europe de l’Ouest, qui affiche en moyenne de bons résultats, les disparités entre les 20 pays pris en compte sont conséquentes. Un phénomène encore bien plus visible du côté de l’Afrique subsaharienne, où les performances des 30 pays couverts ne pourraient que difficilement différer davantage — notamment en matière de parité face à l’éducation. À noter que dans la plupart des autres régions, c’est plutôt du côté de la participation économique et/ou de la participation politique que l’on observe les différences les plus grandes.

Autre bonne nouvelle, à l’échelle mondiale, nous continuons de nous rapprocher de la parité en matière d’éducation et de santé. Là où cela va moins bien, c’est du côté du salaire. En moyenne, les femmes gagnent à peine plus de 50% du salaire des hommes dans le monde, et ce malgré le fait qu’elles tendent à effectuer plus d’heures de travail — souvent non rémunérées. Une véritable aberration, à en croire les résultats d’une récente étude du McKinsey Global Institute, dans la mesure où réduire le fossé salarial hommes/femmes pourrait générer 12 000 milliards de dollars supplémentaires pour l’économie mondiale…

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à vous plonger dans le onzième rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes (« The Global Gender Gap Report »), disponible ici. Bonne lecture.

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