Bangladesh : Des ateliers pour mieux armer les adolescentes face aux prédateurs en ligne

Alors que l’on observe depuis quelques années une inquiétante augmentation du nombre de cybercrimes au Bangladesh, dont de nombreux cas de chantage, la police du pays a commencé à animer des ateliers visant à former les adolescents à éviter les prédateurs en ligne.

(Photo Flickr/ meghla_akashe_pori_:))
(Photo Flickr/ meghla_akashe_pori_:))

Au Bangladesh, comme chez ses voisins indien et pakistanais, le harcèlement — dans le monde réel ou virtuel — constitue un terrible fléau. Particulièrement vulnérables, les jeunes Bangladais(es) se retrouvent souvent la cible de prédateurs en ligne. L’arme principale de ces cybercriminels sans vergogne : la honte. En effet, dans ces sociétés qui demeurent très conservatrices, les menaces de rendre publiques des photos, ou même simplement de répandre d’odieuses rumeurs, suffisent souvent à réduire les victimes au silence.

À l’âge d’Internet — qui, depuis 2002, connaît chaque année une croissance à deux chiffres dans le pays — et des smartphones, les jeunes Bangladais(es) ont un besoin urgent d’apprendre à se protéger lorsqu’ils surfent sur la toile. C’est du moins le constat dressé par la police.

En 2013, le pays a créé un cybertribunal chargé de juger les crimes en ligne, et tout particulièrement ceux de nature communautaire, pouvant engendrer des violences religieuses et/ou politiques. En l’espace de quelques années, 450 cas ont déjà été entendus par le tribunal. La police se plaint cependant de ne pas toujours disposer des effectifs nécessaires. Résultat : un grand nombre de cas ne sont pas traités comme il le faudrait.

Afin de tenter d’améliorer la situation, elle a donc décidé de se tourner vers la prévention en animant des ateliers de sensibilisation à destination des jeunes, et tout particulièrement des adolescentes, comme le révèle un récent article du Guardian. Il faut dire qu’elles représenteraient, selon les chiffres des autorités, 70% des victimes de cyberharcèlement. En avril et en mai, ce sont plus de 10 000 jeunes filles qui ont appris à se défendre contre le chantage et le harcèlement en ligne. Un des sujets principaux étant d’apprendre à bien sécuriser son profil Facebook.

« Parfois, les criminels superposent le visage des filles […] sur les corps de modèles nues ou de vedettes de films pour adultes afin de les faire chanter », explique Mishuk Chakma, de la division des crimes de cybersécurité de la ville. « Récemment, nous avons arrêté des hackers du quartier de Naogaon [qui avaient] piraté les identifiants Facebook de filles en recourant à des techniques de hameçonnage. Les hommes ont par la suite demandé de l’argent à ces filles pour leur rendre leurs identifiants ».

« Nous ne savions même pas que quelqu’un pouvait nous faire du mal à travers Internet », déclare Sharifa Oishee, une écolière de 15 ans de Dacca, la capitale du pays, dans les pages du quotidien britannique. La métropole de presque 19 millions d’habitants, en comptant ses banlieues, serait la seconde ville la plus active du monde sur le réseau social de Mark Zuckerberg. Près de 60% des plaintes concernant du harcèlement en ligne sont liées à Facebook.

L’adolescente explique que la formation lui a appris à passer au crible le profil des gens avant d’accepter leurs invitations sur le réseau social. « Ils nous ont appris à identifier les faux comptes Facebook et à garder nos distances […] Nous avons aussi appris à ne pas révéler trop d’informations personnelles ».

Cependant, comme l’explique Harunur Rashid, du ministère des Technologies de l’Information bangladais, la formation offre plus que des compétences pratiques : « Nous avons découvert que la plupart des filles et des femmes ne savaient pas comment chercher de l’aide après avoir été victimes de crimes. Certaines gardaient même le silence et finissaient éventuellement par céder au chantage des criminels. Les cours sont un moyen de dire à ces filles qu’elles peuvent parler de ces crimes, qu’elles ne sont pas seules et que la police peut les aider ».

Comme l’explique le Guardian, un programme similaire a vu le jour à Delhi, capitale de l’Inde voisine, pour accompagner l’utilisation de Facebook et Whatsapp. Google serait pour sa part en discussion avec plusieurs pays de la région pour animer des formations pour les adolescents.

Le phénomène est bien sûr mondial. Sur 8e étage, nous vous parlions encore récemment d’une initiative suédoise qui vise à apprendre aux jeunes à coder, à développer leur esprit critique, ainsi qu’à reconnaître les sources d’information fiables. On peut également penser à ce qui se fait au Canada, aux États-Unis ou encore au Royaume-Uni.

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