[Jeu de cartes] La pollution de l’air, quartier par quartier đź”’

Cette semaine, dans « Jeu de cartes Â», nous avons dĂ©cidĂ© de nous pencher sur le fascinant travail d’une Ă©quipe de chercheurs de l’universitĂ© du Texas Ă  Austin. Cette dernière a eu la bonne idĂ©e de mettre Ă  contribution des voitures de Google Street View, Ă©quipĂ©es d’une variĂ©tĂ© de capteurs environnementaux, pour dresser une carte très dĂ©taillĂ©e de la pollution atmosphĂ©rique de la ville d’Oakland, en Californie. Ă€ l’heure oĂą un climatosceptique loge Ă  la Maison-Blanche, cette approche originale a le mĂ©rite de donner un caractère extrĂŞmement concret Ă  un phĂ©nomène on ne peut plus rĂ©el, mais qui peut parfois, en raison de sa nature, sembler peu tangible pour certains.

(photo flickr/Agustin Ruiz)
(photo flickr/Agustin Ruiz)

Fin mai, la ville de Paris mettait en place un dispositif novateur visant Ă  mieux Ă©valuer la pollution de l’air : Pollutrack. D’ici la fin de cet Ă©tĂ©, il devrait notamment permettre de mesurer la concentration en particules fines et très fines de l’air de la capitale grâce Ă  des capteurs embarquĂ©s sur les toits de vĂ©hicules Enedis.

Cette – excellente – initiative fait Ă©cho aux rĂ©cents travaux d’une Ă©quipe de chercheurs de l’universitĂ© du Texas Ă  Austin, aux États-Unis. Après près d’un an passĂ© Ă  collecter des donnĂ©es grâce Ă  des capteurs installĂ©s sur des voitures Google Street View, ces derniers viennent de dĂ©voiler leurs rĂ©sultats sous la forme d’une carte, extrĂŞmement prĂ©cise, de la pollution Ă  Oakland, une ville de la cĂ´te ouest des États-Unis situĂ©e dans la baie de San Francisco, dans l’État de Californie (ci-dessous) :

Cartographie, en haute rĂ©solution, de la pollution atmosphĂ©rique Ă   Oakland et son centre-ville. (CrĂ©dit :  American Chemical Society)
Cartographie, en haute résolution, de la pollution atmosphérique à Oakland et son centre-ville.
cliquez pour agrandir (CrĂ©dit :  American Chemical Society)

Selon les chercheurs, ce que vous avez sous les yeux est un fragment de la carte de la pollution de l’air la plus prĂ©cise jamais rĂ©alisĂ©e pour une aire urbaine — et avec plus de 200km2, elle impressionne par sa taille. Les voitures Google ont en effet quadrillĂ© la ville, pâtĂ© de maisons par pâtĂ© de maisons, parcourant ce faisant plus de 14 000 miles, soit 22 530 kilomètres. Les capteurs ont permis de collecter plus de trois millions de relevĂ©s de niveaux de monoxyde d’azote (NO), de dioxyde d’azote (NO2) et de noir de carbone (BC), trois des principaux polluants de l’air. Il s’agit de l’un des plus grands ensembles de donnĂ©es jamais mesurĂ©s dans les rues d’une seule ville.

RĂ©sultat : selon ces observations, il apparaĂ®t très clairement que la pollution de l’air peut varier du tout au tout en l’espace de seulement quelques dizaines de mètres. Une information qui pourrait nous amener Ă  revoir, comme Ă  Paris, notre manière de mesurer la pollution atmosphĂ©rique. Les rĂ©sultats complets ont Ă©tĂ© publiĂ©s ce lundi dans la revue scientifique Environmental Science & Technology.

DirigĂ©e par Joshua Apte, professeur adjoint Ă  la Cockrell School of Engineering, l’Ă©tude a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e en partenariat avec plusieurs universitĂ©s du pays, dont l’universitĂ© de Washington, l’universitĂ© de British Columbia, l’universitĂ© d’Utrecht et le laboratoire national Lawrence Berkeley. On dĂ©nombre Ă©galement d’autres partenaires, publics et privĂ©s, dont le Fonds de dĂ©fense de l’environnement amĂ©ricain (FDE), mais aussi Google et la sociĂ©tĂ© Aclima, une entreprise californienne spĂ©cialisĂ©e dans la production de capteurs environnementaux.

Les chercheurs ont identifiĂ© des zones Ă  haute concentration de pollution atmosphĂ©rique, des "points chauds". Ils sont indiquĂ©s sur la carte et les photos. Parmi ces "zones chaudes" se trouvent des hangars, des intersections frĂ©quentĂ©s, des concessionnaires et des restaurants offrant un service "drive". (CrĂ©dit :  American Chemical Society)
Les chercheurs ont identifiĂ© des zones Ă  haute concentration de pollution atmosphĂ©rique : des “points chauds”. Ils sont indiquĂ©s sur la carte et les photos. Au rang de ces « points chauds », des entrepĂ´ts de stockage, des intersections, des concessionnaires et des restaurants offrant un service “drive”.
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(CrĂ©dit :  American Chemical Society)

Comme le souligne le site Internet d’information scientifique Phys.org, qui a attirĂ© notre attention sur cette Ă©tude, la pollution atmosphĂ©rique est une cause majeure de maladies et de dĂ©cès dans le monde. Rien qu’en France, ce sont 17 700 dĂ©cès qui pourraient chaque annĂ©e ĂŞtre Ă©vitĂ©s si notre pays respectait les limites d’exposition journalière aux particules PM2,5 (NDLR, des particules fines dont le diamètre est infĂ©rieur Ă  2,5 micromètres) fixĂ©es par l’OMS.

Problème : de nos jours, la qualitĂ© de l’air s’avère en rĂ©alitĂ© souvent bien infĂ©rieure Ă  ce que nos appareils de surveillance nous indiquent. Comme l’explique Phys.org, dans la plupart des aires urbaines Ă©tasuniennes, on dĂ©nombre en moyenne un appareil tous les 100 ou 200 miles carrĂ©s, soit environ tous les 259 ou 517km2. Pour leur part, les chercheurs de l’universitĂ© du Texas Ă  Austin ont rĂ©ussi Ă  cartographier la pollution tous les 100 pieds, soit tous les 30 mètres environ. Cela correspond, aux États-Unis, Ă  4 ou 5 points de mesure le long d’un pâtĂ© de maisons standard. Ă€ en croire les chercheurs, leur technique serait 100 000 fois plus efficace, en termes de rĂ©solution spatiale, que les dĂ©tecteurs de qualitĂ© de l’air traditionnels du gouvernement.

Ils se disent convaincus que la mise en place de leur système de mesure dans nombre de grandes villes du monde pourrait fournir aux citoyens, aux familles, aux mairies et aux scientifiques, des informations autrement plus prĂ©cises que celles qu’ils reçoivent Ă  l’heure actuelle, participant ainsi d’une prise de conscience salutaire du problème posĂ© par la pollution atmosphĂ©rique. Selon leur raisonnement : en Ă©tant capable de mieux mesurer la qualitĂ© de l’air de nos zones urbaines, nous prendrions autrement plus conscience des effets nĂ©fastes que la pollution peut avoir sur notre santĂ©.

« La pollution de l’air varie très finement dans l’espace, et nous ne pouvons pas capturer cette variation par le biais d’autres techniques de mesure existantes Â», a expliquĂ© Joshua Apte Ă  Phys.org. « En utilisant notre approche et nos techniques d’analyse, nous pouvons maintenant visualiser la pollution de l’air avec un incroyable niveau de dĂ©tail. Ce genre d’information pourrait rĂ©volutionner notre comprĂ©hension des sources et de l’impact de la pollution de l’air Â».

Dans de nombreux endroits, les voitures Google ont mesurĂ© des niveaux de pollution plusieurs fois plus Ă©levĂ©s que ceux des appareils de surveillance de la ville d’Oakland. Les chercheurs ont aussi pu isoler au sein d’un seul pâtĂ© de maisons des “points chauds” oĂą la pollution atmosphĂ©rique Ă©tait de façon rĂ©currente plus Ă©levĂ©e qu’ailleurs dans le voisinage. Parmi ceux-ci : le port de la ville, mais aussi des intersections frĂ©quentĂ©es, des restaurants, des hangars, des installations industrielles ou encore des concessionnaires. « Ce qui nous a surpris, c’est qu’il y a de manière consistante des lieux qui peuvent ĂŞtre jusqu’Ă  six fois plus polluĂ©s Ă  une extrĂ©mitĂ© du pâtĂ© de maisons qu’Ă  l’autre Â», confie Kyle Messier, l’un des coauteurs de l’Ă©tude. « Entre autres choses, cela montre que les gens sont exposĂ©s de manière disproportionnĂ©e Ă  un air malsain dans certains endroits Â», conclut-il.

L’espoir des chercheurs ? Que leur mĂ©thode, qu’ils considèrent comme rentable et facile Ă  reproduire, permette aux communautĂ©s et aux dĂ©cideurs de mieux identifier les sources de pollution et de prendre les dĂ©cisions qui s’imposent pour amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des habitants. Ă€ l’Ă©chelle de la ville d’Oakland, cela pourrait par exemple passer par une priorisation de quartiers particulièrement touchĂ©s, comme l’explique Steven Hamburg, chercheur au Fonds de dĂ©fense de l’environnement : « La pollution de l’air constitue largement une menace invisible, une qui entraĂ®ne des risques disproportionnĂ©s dans des quartiers Ă  faibles revenus, comme l’ouest d’Oakland Â».

« Vous pourriez utiliser cette information quand vous choisissez une Ă©cole pour vos enfants. Est-ce qu’il y a une Ă©cole avec une cour de rĂ©crĂ© qui pourrait avoir une meilleure qualitĂ© de l’air pour votre enfant qui a de l’asthme ? Â», ajoute Joshua Apte. « Cette information hyper locale Ă  propos de la qualitĂ© de l’air peut ĂŞtre très utile aux gens, particulièrement Ă  ceux qui sont vulnĂ©rables en raison de leur âge ou leur Ă©tat de santĂ© Â».

Le sujet vous intĂ©resse ? Pour les anglophones, nous vous invitons Ă  vous plonger dans l’article scientifique mentionnĂ© tout au long de cette chronique : disponible ici. Pour en savoir plus sur le dispositif Pollutrack, vous pouvez vous rendre sur le site de la mairie de Paris. Bonne lecture.

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1 commentaires

  1. Alexis Revol 1 année ago

    Ne pensez vous pas que l’Ă©tude est trompeuse en entretenant la confusion entre haute rĂ©solution des mesures et prĂ©cision des rĂ©sultats ? Avec une telle sensibilitĂ©, le fait que les mesures aient Ă©tĂ© faites sur une très longue pĂ©riode de temps ne permet pas de conclusions gĂ©nĂ©rales…

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