Et la Chine inventa la politique du chien unique

À Qingdao, ville de la province du Shandong en Chine, il est désormais interdit de posséder plus d’un chien par foyer. Selon les termes d’une nouvelle loi controversée, les animaux en trop devront être confiés à une agence pour être adoptés.

(Photo Flickr/ 總統府)
(Photo Flickr/ 總統府)

Il fût un temps, pas si lointain, où la Chine exerçait encore une stricte régulation des naissances au travers de la politique de l’enfant unique. Cette intrusion, brutale, de l’État chinois dans la vie de ses citoyens, au travers de lourdes amendes et d’avortements forcés, a laissé des traces (NDLR, nous vous invitons à aller lire notre reportage « Tradition et racolage, bienvenue au « marché aux célibataires » de Shanghaï » à ce sujet), mais visiblement pas suffisamment pour empêcher la ville chinoise de Qingdao de mettre en place une politique de contrôle similaire sur un tout autre segment de sa population.

Cette ville côtière de l’est de la Chine, connue à l’international pour sa bière, la Tsingtao, vient en effet d’inventer ce que certains, à l’instar du quotidien britannique le Guardian, surnomment déjà la « politique du chien unique ». Cette nouvelle loi controversée interdit à ses habitants de posséder plus d’un chien par foyer. De plus, quarante races, jugées « féroces » — au rang desquels le Dogue du Tibet, l’akita et le berger allemand — se sont purement et simplement vues bannies des quartiers du centre de la ville.

Résultat : les chiens encore autorisés devront être enregistrés auprès des autorités et les propriétaires de plus d’un canidé devront confier leurs animaux en trop à une agence d’adoption. Aspect plus positif, la nouvelle législation introduit des amendes d’au moins 2000 yuans, soit environ 262€, pour ceux qui abandonneraient, maltraiteraient ou abattraient leurs chiens. Quant aux récidivistes, ils se verront retirer la garde de leurs chiens. Comme l’explique le Beijing News, qui s’appuie sur le témoignage d’un fonctionnaire anonyme, la nouvelle législation est une conséquence de la surpopulation canine : « de plus en plus de personnes élèvent des chiens, ce qui a conduit certains chiens à déranger les habitants et dans certains cas à blesser des gens ».

Cette rhétorique n’aura pas suffi à calmer de nombreux Chinois qui se montrent très critiques sur la toile à l’encontre de cette décision. De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux chinois n’ayant d’ailleurs pas hésité à dresser un parallèle avec la politique de l’enfant unique. « Nous avons eu la politique de l’enfant unique dans le passé, maintenant nous avons la politique du chien unique. Combien de vies innocentes seront de nouveau sacrifiées ? », écrit un utilisateur sur le site chinois de microblogage Sina Weibo.

Ces dernières années, le nombre de propriétaires d’animaux domestiques a grimpé en flèche dans le pays. Une conséquence de l’émergence d’une classe moyenne qui tend à préférer une meilleure qualité de vie plutôt que l’épargne à tout prix. Acheter un chien devient donc un symbole de réussite sociale. Ainsi, la majorité des propriétaires chinois d’animaux de compagnie sont âgés de moins de 45 ans. En 2015, on dénombrait 100 millions d’animaux domestiques en Chine, dont 62% de chiens et 19% de chats, selon le China Daily, quotidien chinois en anglais contrôlé par l’État. Le nombre de propriétaires d’animaux augmenterait en moyenne de 10% par an.

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