Au Nicaragua, dérive totalitaire sur les eaux du Grand canal

Au coeur de l’Amérique Centrale, niché entre le Honduras et le Costa Rica, le Nicaragua attire peu l’attention, hors peut-être des circuits touristiques. Certains n’hésitent pas à en parler comme d’un nouvel Eldorado. Verdoyant, riche en folklores et traditions, il représente une sorte de paradis perdu où l'on s’imagine partir en vacances. Pourtant, le décrire ainsi, c’est s’arrêter à la façade, à l’image que le gouvernement de Daniel Ortega souhaite diffuser. Loin du regard des touristes, plus de 100 000 personnes s’y battent contre le projet de Grand canal interocéanique, symbole du totalitarisme montant d'Ortega.

(photo Jérémy Joly/8e étage)
(photo Jérémy Joly/8e étage)

Des dizaines de passagers s’entassent dans un vieux bus scolaire américain. Certains sont installés tant bien que mal sur de petits tabourets en plastique placés dans l’allée centrale. À chaque cahot de la route de terre, ils s’agrippent comme ils le peuvent pour éviter de s'écrouler. Bienvenue à la colonie de Nueva Fonseca, dans la région Autonoma de la Costa Caribe Sur, au sud-est du Nicaragua. Loin du faste et des richesses de Managua, la capitale, c’est dans cette zone que se dévoile la réalité du pays.  

Ici, l’extrême pauvreté est frappante. Les familles s’entassent dans des maisons au sol de terre battue. Tous les habitants, ou presque, ont la peau cuivrée par le soleil et les mains calleuses. Ils se lèvent à l’aube pour travailler dans les champs. Lorsque la nuit se lève, ils refont le monde, rassemblés autour de lampes à la lumière vacillante, une bière à la main.

Ce soir-là, la foule est dense. Les représentants de plusieurs villages alentour sont réunis. Plus tôt, ils participaient à une réunion du Conseil National pour la défense de la Terre, du Lac et de la Souveraineté. Ce mouvement regroupe près de 300 communautés situées de la côte caribéenne à la côte Pacifique. Leur point commun ? Toutes sont situées sur le trajet du « Grand canal interocéanique du Nicaragua » ou de ses annexes. Un projet dont le budget global est évalué à cinquante milliards de dollars. Lancé en 2013, il est supposé durablement changer la face du pays.

Trois fois plus large que celui du Panama, le canal permettrait, selon le gouvernement, de doper l’économie du pays en créant de nombreux emplois. Cependant, les populations situées sur son chemin ont été considérées comme quantité négligeable. Moins de 30 000 personnes seraient concernées selon les rapports officiels. Des études indépendantes évaluent plutôt ce chiffre à 100 000, voire 130 000. Autant de personnes qui se retrouveraient expropriées, recevant en contrepartie une très maigre compensation financière. Celles-ci ont donc décidé de se mobiliser et d’organiser de nombreuses manifestations, localement, mais aussi dans la capitale Managua.

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