L’Antarctique sous la menace de plantes et d’insectes

Conséquence directe du réchauffement climatique, mais aussi de l’essor du tourisme dans la région, des espèces allogènes (étrangères au biome local), comme la mouche domestique, envahissent les régions côtières de l’Antarctique.

(Photo Flickr/ McKay Savage)
(Photo Flickr/ McKay Savage)

En plus de ses effets désormais bien connus, l’augmentation de 3°C des températures au cours des trois dernières décennies provoque des phénomènes surprenants, notamment en Antarctique. Couplée à un essor important du tourisme — plus de 38 000 personnes ont visité la région lors de la saison 2015-2016 —, elle aurait permis à des espèces allogènes (NDLR, espèces d’origine étrangère au biome local) jusqu’alors incapables de survivre en Antarctique de s’y implanter. Exemple criant : l’arrivée sur le territoire de la mouche domestique — la plus commune des espèces de mouches.

Elle serait d’ores et déjà monnaie courante dans les régions côtières du continent blanc. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que la disparition des glaciers, causée par le réchauffement climatique, offre toujours plus de terrain à des organismes végétaux, de type mousse, pouvant leur servir d’habitat naturel, nous apprend un article du Guardian. Le quotidien britannique souligne qu’il ne s’agit là que d’un symptôme parmi d’autres. De manière générale, le fait que les paysages d’un blanc immaculé du continent austral deviennent toujours plus verdoyants met en péril la survie de la faune et de la flore locale.

« La mouche domestique est un parfait exemple du problème auquel l’Antarctique est confronté aujourd’hui », commente Dominic Hodgson, de l’équipe britannique d’étude de l’Antarctique (British Antarctic Survey) dans les pages du Guardian. « Elle arrive avec les navires, où elle prospère dans les cuisines, et puis sur les bases du continent. Elle a maintenant des chances accrues de survivre dans un Antarctique qui se réchauffe, et c’est un sujet d’inquiétude. Les insectes comme la mouche transportent des pathogènes qui pourraient avoir un effet dévastateur sur les formes de vie indigènes ».

Comme le rappelle le journal, l’Antarctique ne manque pas d’espèces indigènes d’insectes, de mousses et de lichens menacés. Malgré l’attention que portent une majorité de touristes qui foulent ce territoire situé autour du pôle Sud, il demeure « très difficile d’éviter la contamination », explique Dominic Hodgson. « Les sacs pour appareils photo sont tout particulièrement problématiques. Les gens les emmènent d’un continent à l’autre et les nettoient rarement. Ils les posent au sol et des semences ramassées ailleurs en tombent. C’est un vrai problème ».

Aux effets combinés du tourisme et du réchauffement climatique restent encore à ajouter la présence d’un nombre important de scientifiques — qui, eux aussi, ne s’avèrent parfois pas suffisamment conscients de leur impact sur les écosystèmes. Selon un article publié en 2015 dans la revue scientifique Biodiversity and Conservation par un collectif de chercheurs, les mesures de biosécurités qui existent à l’heure actuelle s’avèrent inadéquates pour espérer contrôler ces invasions. « Les insectes et les plantes originaires de l’Antarctique y ont survécu des milliers d’années. Nous devons agir immédiatement si nous voulons sauver ce dernier environnement vierge », conclut Hodgson.

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