[Jeu de cartes] : 4000 espèces de mammifères en danger 🔒

Cette semaine dans “Jeu de cartes”, nous vous proposons de réfléchir à ce que l’on appelle la “fragmentation des espaces naturels”, ce phénomène artificiel de morcellement de l’espace pouvant potentiellement limiter ou empêcher les déplacements naturels d’une ou plusieurs espèces animales. Cette année, pour la toute première fois, des chercheurs américains ont cartographié cette fragmentation à l’échelle mondiale pour 4000 espèces. Retranscrits sous forme de cartes, leurs résultats rendent autrement plus tangible le risque d’extinction auquel font face de nombreux mammifères de notre planète.

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(photo flickr/Valerie)

Le Rhinocéros indien, le Propithèque de Tattersall ou encore le Lynx roux. Autant d’espèces animales menacées d’extinction à plus ou moins court terme. Pourquoi ? L’une des causes principales serait la “fragmentation des espaces naturels” ou “fragmentation des habitats” : un phénomène artificiel de morcellement de l’espace pouvant potentiellement limiter ou empêcher les déplacements naturels d’une ou plusieurs espèces animales.

Concrètement, les causes principales de la fragmentation des habitats causée par l’homme sont certainement le développement urbain et, bien sûr, la déforestation. Il faut aussi comprendre qu’en plus de réduire la superficie totale des habitats disponibles pour la vie sauvage, la fragmentation participe aussi à l’isolement des habitats encore intacts, empêchant par la même occasion le mouvement des animaux au travers d’espaces qui étaient jusque-là reliés entre eux — nous pouvons ici par exemple penser aux phénomènes migratoires.

Cela demeure encore un peu trop abstrait pour vous ? Pas d’inquiétude, car, pour la première fois, les résultats d’une étude conduite par Kevin Crooks, professeur à l’Université d’État du Colorado, ont permis de représenter graphiquement ce phénomène que la communauté scientifique soupçonne depuis longtemps de contribuer à l’accroissement des risques d’extinctions d’espèces animales. Après avoir mesuré la fragmentation des espaces naturels de 4000 espèces de mammifères terrestres, les chercheurs américains ont réalisé une série de cartes. Selon eux, ce support visuel constituerait une illustration supplémentaire du fait que les espèces dont l’habitat est le plus fragmenté encourent un plus grand risque d’extinction.

Plus une zone est rouge, plus les habitats sont fragmentés.  (Source  Kevin R. Crooks)
Plus une zone tend vers le rouge, plus ses habitats sont fragmentés.
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(Source  Kevin R. Crooks)

La carte ci-dessus indique les zones où les espaces naturels sont plus ou moins fragmentés pour les 4000 espèces animales évoquées précédemment. Une zone en rouge est synonyme d’espace naturel très fragmenté. À l’inverse, une zone en bleu indique un habitat peu fragmenté.

À noter que, comme l’explique le site Internet du Ministère français de la Transition écologique et solidaire, la fragmentation peut être la résultante de différents processus. Il faudra donc par exemple différencier les phénomènes de perforation (lorsque la surface de l’espace naturel diminue tout en gardant un même périmètre externe), d’incision (lorsque l’habitat diminue en surface alors que son périmètre externe augmente), de découpage (quand l’espace naturel n’est plus d’un seul bloc), de démembrement (lorsque l’espace naturel initial est découpé et la surface naturelle diminue), de réduction (quand la diminution de la surface de l’espace naturel entraîne une diminution de son périmètre externe) et enfin d’extinction (une disparition pure et simple de l’espace naturel).

Interrogé par le quotidien britannique Daily Mail, Kevin Crooks a déclaré considérer les résultats de ses recherches comme lourds de conséquences en ce qui concerne l’évaluation des risques d’extinction d’espèces de mammifères. Selon lui, ils pourraient permettre de définir des priorités en termes de préservation des mammifères : « Pour la première fois de l’histoire de la Terre, une espèce — Homo sapiens, ou l’homme — domine le globe. Contrairement aux ères antérieures, nous voyageons et communiquons à travers la planète entière. Malheureusement, plus nous devenons “connectés”, plus la vie non humaine avec laquelle nous partageons la planète devient de plus en plus déconnectée, à son péril ».

Plus une zone tend vers le rouge, plus la fragmentation des espaces naturels est la résultante d'activités humaines. cliquez pour agrandir (Source )
Plus une zone tend vers le rouge, plus la fragmentation des espaces naturels est la résultante d’activités humaines.
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(Source  Kevin R. Crooks)

Pour réaliser ces cartes, l’équipe de recherche a eu recours à des modèles de haute résolution visant à évaluer la “pertinence” des habitats pour les espèces et leur niveau de fragmentation. Les chercheurs ont ensuite examiné la relation entre la fragmentation des espaces naturels et les risques d’extinction en se basant sur le référentiel de la liste rouge de l’UICN (l’Union internationale pour la conservation de la nature ; en anglais IUCN2 Red List), qui constitue un inventaire exhaustif du statut de conservation des espèces végétales et animales.

Résultat : « Il y a une variété d’exemples de mammifères qui risquent l’extinction à cause de la fragmentation de leur habitat », commente Kevin Crooks, « parmi lesquelles le Propithèque de Tattersall, le Rhinocéros indien ou le Cerf Calamian ». Il est particulièrement intéressant de souligner que selon les modèles développés par l’équipe du professeur Crooks, les habitats les plus pertinents pour les mammifères étudiés sont situés hors des zones actuellement protégées. Parmi les exemples évoqués, l’équipe souligne les risques encourus par les grands carnivores dans les zones très fragmentés, dont les pumas et les lynx roux des États-Unis — dont les populations sont en fort déclin et pourraient être amenées à disparaître.

Les chercheurs sont catégoriques, s’ils considèrent que la fragmentation des habitats demeure « un enjeu global de la conservation gérable», il convient de réagir promptement, notamment car le phénomène intensifie les effets d’autres phénomènes bien réels, à l’instar de ceux du réchauffement climatique, dans la mesure où les animaux ne sont plus à même de se déplacer pour faire face à un changement climatique. « Nous espérons que cette recherche fournira de précieux conseils aux praticiens de la conservation ainsi qu’aux décideurs politiques qui fixent les priorités stratégiques pour la préservation des mammifères à l’échelle mondiale. Les résultats de cette étude justifient une intensification des efforts visant à protéger ce qu’il reste des parcelles d’habitats, mais aussi à restaurer la connectivité de paysages fragmentés par le biais d’outils de préservation comme des corridors pour la faune sauvage et l’établissement de liens entre les habitats. »

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à consulter l’étude (en anglais) « Quantification of habitat fragmentation reveals extinction risk in terrestrial mammals », du professeur Crooks et de son équipe dans son intégralité. Des informations (en français) sur le phénomène de fragmentation des milieux naturels sont également disponibles ici, sur le site Internet du Ministère de la Transition écologique et solidaire. Bonne lecture.

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