Tadjikistan : Les autorités dictent aux femmes ce qu’elles doivent porter par SMS

À peine un mois et demi après sa création, la commission tadjike pour promouvoir les vêtements jugés appropriés commence à envoyer des SMS surréalistes aux citoyens du pays. Leur objet ? Dicter aux gens ce qu’ils doivent porter. Sont particulièrement concernées les femmes musulmanes.

(Photo Flickr/ Oxfam International)
(Photo Flickr/ Oxfam International)

En juillet dernier, nous vous parlions de la création par les autorités tadjikes d’une commission visant à promouvoir les vêtements jugés appropriés. Un mois et demi plus tard, le gouvernement a décidé d’aller un cran plus loin. En effet, une grande partie des possesseurs de téléphone du pays ont récemment reçu une série de SMS leur rappelant ce qu’ils n’ont pas le droit de porter, comme l’explique le Washington Post dans un récent article.

Dans un article en date du 6 septembre, Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) rapporte que l’un des messages envoyés par la commission rappelle aux citoyens du pays qu’il est dorénavant nécessaire de “s’habiller à la mode traditionnelle tadjik” à l’occasion de tous les rassemblements “traditionnels”, un second demande de “respecter les habits traditionnels”, et un troisième prie les Tadjiks de bien vouloir “faire une habitude de porter des habits traditionnels”. C’est de cette manière, par SMS, que de nombreuses femmes musulmanes du pays ont appris qu’elles n’avaient dorénavant plus le droit de porter le voile islamique, ou tout autre habit musulman, à leur guise.

Le Washington Post précise que ces messages ont été envoyés dans le but de faire la promotion d’une nouvelle loi, signée en août. Cette dernière oblige, entre autres, les Tadjiks à “s’en tenir aux habits et à la culture traditionnelle et nationale” lorsqu’ils assistent à des mariages ou des funérailles. Interdits aussi les “robes non traditionnelles” et les “accessoires vestimentaires étrangers”.

Selon des activistes mentionnés par le Washington Post, toutes ces formulations ne seraient que des euphémismes pour désigner un voile islamique (hijab) que les autorités tadjikes n’hésitent pas à qualifier d’influence néfaste de certaines « cultures étrangères ». RFE/RL précise qu’il reste encore aux législateurs compétents à définir la façon de punir ceux et celles qui se risqueraient à enfreindre la nouvelle loi.

À en croire le gouvernement tadjik, l’objectif ici demeure, encore et toujours, de combattre l’islamisme radical. De nombreux membres de la communauté musulmane du pays — qui représente tout de même 90% de la population —, eux, dénoncent une nouvelle tentative de museler leur foi.

Rappelons également que ces nouveaux développements interviennent dans le plus large contexte d’une vaste campagne orchestrée par l’indéboulonnable président Emomalii Rahmon, aux rênes du pouvoir depuis 1994, et le gouvernement du pays. Cette dernière consiste à tenter de faire disparaître, depuis le début de la décennie, les signes d’appartenance religieuse au sein de la population, et ce officiellement afin de décourager des pratiques jugées à risque, car islamiques.

Dans ce cadre, les autorités ont récemment proscrit le port du hijab dans les ministères, ainsi que dans les écoles du pays. De plus, les jeunes hommes de moins de 18 ans ont dorénavant l’interdiction de se rendre à la mosquée pour prier. Enfin, ces dernières années la police du pays s’est illustrée à plusieurs reprises pour avoir rassemblé dans les rues et sur les places du pays des hommes portant la barbe avant de les forcer à se raser.

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1 commentaires

  1. Luc DAVIN 2 mois ago

    Cette politique est aussi stupide qu’insultante !!! Vive la liberté, surtout celle de se vêtir à sa guise …

    Répondre Like Dislike

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