Pakistan : L’explosion démographique pourrait avoir des conséquences catastrophiques

Alors que la population pakistanaise vient de franchir la barre des 207 millions, les projections en matière de croissance démographique inquiètent les spécialistes. Certains n’hésitent pas à parler de bombe démographique à retardement.

(Photo Flickr/ World Bank Photo Collection)
(Photo Flickr/ World Bank Photo Collection)

Cela faisait plusieurs années que les symptômes étaient visibles : écoles toujours plus bondées, cliniques débordées et pauvreté rampante. Il aura néanmoins fallu attendre les résultats préliminaires du dernier recensement national en date au Pakistan — le premier depuis 1998 — pour en avoir la certitude : la population pakistanaise a connu un véritable boom ces vingt dernières années. Le recensement montre que la population du voisin de l’Inde a augmenté de 57% depuis les dernières mesures. Avec 207,7 millions d’habitants, le Pakistan est ainsi devenu le cinquième pays le plus peuplé au monde, devant le Brésil et derrière la Chine, l’Inde, les États-Unis et l’Indonésie.

Pourtant, comme le souligne The Independent dans un article, c’est avant tout le taux de natalité (NDLR, le rapport entre le nombre annuel de naissances et la population totale moyenne sur cette année) qui inquiète les spécialistes. En effet, bien qu’en déclin graduel ces dernières années, ce dernier demeure préoccupant. Il faut dire qu’avec 22 naissances pour 1000 personnes, il est à égalité avec celui de la Bolivie ou encore d’Haïti, et représente l’un des plus élevés hors d’Afrique.

« L’explosion de la bombe démographique a mis à risque le futur du pays entier », écrivait récemment l’éditorialiste Zahid Hussain dans les pages du Dawn, l’un des principaux journaux pakistanais. Pour cause, avec une population dont 60% est âgée de moins de 30 ans, dont près d’un tiers vivent sous le seuil de pauvreté et 42% sont analphabètes, « c’est un désastre en puissance », ajoute-t-il.

Comme l’explique le Washington Post, les causes de cette forte croissance démographique sont multiples. Parmi elles, les tabous religieux (les musulmans constitueraient 95 à 97% de la population), des responsables politiques peu loquaces à ce sujet et des populations peu éduquées, notamment à la campagne. Résultat : de nos jours, seul un tiers des femmes pakistanaises mariées utiliseraient une quelconque forme de contraception — l’unique planning familial approuvé par la plupart des clercs du pays étant un espacement naturel des naissances par le biais d’un allaitant continuel du nourrisson lors des deux premières années de sa vie.

Le problème n’est pas aisé à résoudre. Même si le taux de natalité venait à baisser brutalement dans un avenir proche, certains experts estiment que la population du Pakistan pourrait être amenée à doubler de nouveau d’ici le milieu du siècle (voir à ce sujet notre récent podcast « [Podcast] Comment réagir face à la croissance démographique ? »). Si ce scénario venait à se confirmer, le pays devrait complètement repenser ses systèmes d’aménagement et d’assainissement de l’eau, mais aussi plus généralement l’organisation des secteurs de la santé et de l’éducation. Sans parler de la crise que cela pourrait générer sur le marché de l’emploi — un fort taux de chômage et des inégalités galopantes seraient une aubaine pour les réseaux criminels et les recruteurs des groupuscules islamistes. Reste maintenant à voir si les autorités sauront réagir à temps.

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