Tadjikistan : Il est interdit de pleurer bruyamment lors des funérailles

Les autorités tadjikes ont décidément pris l’habitude de dicter leur conduite aux habitants du pays, du moins dès que cela touche de près ou de loin à la religion et/ou aux traditions. Dernière nouveauté : l’interdiction de faire montre d’« émotions extravagantes », comme pleurer trop bruyamment ou encore engager une pleureuse professionnelle, lors de funérailles.

(Photo Flickr/UN Women Europe and Central Asia)
(Photo Flickr/UN Women Europe and Central Asia)

Dicter aux femmes ce qu’elles doivent porter par SMS ne suffisait visiblement pas aux autorités tadjikes. Ces dernières ont jugé bon de s’immiscer dans la vie privée des citoyens du Tadjikistan jusqu’au cimetière. Comme le rapporte un récent article de Newsweek, le gouvernement de ce pays montagneux d’Asie centrale a interdit le mois dernier de faire montre de ce qu’il appelle des “émotions extravagantes” lors des funérailles. Plus question donc d’afficher son chagrin aux yeux du monde en pleurant bruyamment soi-même ou en engageant une pleureuse professionnelle (NDLR, tradition répandue lors des soirées funéraires ou veillées mortuaires dans le pays).

Cette directive est l’initiative du Département des affaires religieuses du pays. Mis sur pied en 2006, ce dernier a remplacé le Comité public des affaires religieuses dans le but de décourager toutes formes de pratiques religieuses jugées non traditionnelles au Tadjikistan. “Il y a eu une demande au cours des dernières années pour de telles lignes de conduite qui aideraient nos citoyens à mener à bien les funérailles et les rituels mortuaires”, a ainsi justifié Afshin Muqim, le porte-parole du département.

Le Département des affaires religieuses du pays a émis 500 000 exemplaires d’une brochure détaillant la manière dont les autorités considèrent que des funérailles doivent se dérouler. Ainsi, il y recommande par exemple aux femmes en deuil de porter du bleu, la couleur traditionnelle des funérailles au Tadjikistan. Les hommes ne sont pas en reste et peuvent y trouver des consignes — qui n’ont pas valeur de loi — quant aux styles de turbans qui sont acceptables ou encore sur la longueur idéale de leur barbe.

Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) précise que la famille et les amis continueront d’avoir le droit de pleurer et de montrer, dans la mesure du raisonnable, leur chagrin aux funérailles. En revanche, plus question de se livrer à des youyous (NDLR, longs cris aigus et modulés poussés par certaines femmes d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de certains pays d’Afrique subsaharienne, afin de manifester une émotion collective, notamment la colère ou le désespoir) ni d’embaucher des pleureuses professionnelles. De plus, il est désormais interdit de s’arracher les cheveux de tristesse ou de courir après le cercueil lorsqu’on l’emmène.

Comme toujours, le gouvernement d’Emomalii Rahmon justifie cette décision par la nécessité de combattre l’extrémisme religieux — même si le lien est loin d’être évident ici. Pour rappel, depuis le début de la décennie, l’État n’a de cesse d’essayer de faire disparaître les signes d’appartenance religieuse au sein de la population, et ce officiellement afin de décourager des pratiques jugées à risque, car islamiques.

Dans ce cadre, les autorités ont proscrit le port du hijab dans les ministères, ainsi que dans les écoles du pays. De plus, les jeunes hommes de moins de 18 ans ont dorénavant l’interdiction de se rendre à la mosquée pour prier. Enfin, ces dernières années la police du pays s’est illustrée à plusieurs reprises pour avoir rassemblé dans les rues et sur les places du pays des hommes portant la barbe avant de les forcer à se raser.

Recommandé pour vous

0 commentaires