Décédés en prison ou assignés à résidence, le triste sort des opposants politiques au Kosovo

Les tensions reprennent au Kosovo. Mais n'ont-elles jamais cessé ? Un pays où l’opposition préfère la politique de la lacrymo à celle des mots, et où une grenade peut exploser à l'entrée de son parlement. Également, un pays dans lequel manifester contre le gouvernement vous expose aux arrestations arbitraires, et où un jeune activiste est mort derrière les barreaux. Rencontre avec des militants assignés à résidence et avec leurs détracteurs.

Le parti d'opposition Autodétermination jette des bombes lacrymogènes dans l’hémicycle. (photo Martin Valentin Fuchs)
Le parti d'opposition Autodétermination jette des bombes lacrymogènes dans l’hémicycle. (photo Martin Valentin Fuchs)

Depuis que Frashër Krasniqi n’a plus le droit de sortir de chez lui, il s'est fait de nouveaux amis : Yanis Varoufakis, Naomi Klein, Kafka, Balzac... Le jeune homme a du temps pour lire. Ses amis de la vraie vie lui ont prêté des appareils de sport, et ses parents le ravitaillent en vivres et en cigarettes. Frashër écoute son nouvel hymne : « Hurricane » de Bob Dylan. Une chanson sur le boxeur américain Rubin Carter, qui a passé 18 ans en prison, avant que la Cour d'appel ne juge son procès inéquitable et ne le libère.

Frashër, lui, verse dans un autre sport de combat : le militantisme politique. Il est membre de Vetëvendosje (Autodétermination), parti nationaliste de gauche kosovar et principale force d'opposition. Tous les dix jours, deux policiers frappent à sa porte pour vérifier qu'il est toujours là. Sans entraves, ni bracelet électronique, il pourrait très bien prendre le large et traverser la frontière albanaise. Mais pourquoi fuir quand on n'a rien à se reprocher ?

Il est accusé d'avoir lancé une grenade sur le parlement du Kosovo, à Pristina. « C'est une invention du gouvernement, parce que nous sommes devenus trop forts pour lui ». Le « gouvernement », c'est le Parti démocratique du Kosovo, fondé par l'Armée de libération du Kosovo, à l'origine de la guerre contre la Serbie. Frashër traîne dans son jogging jusqu'à la cuisine. Il nous y sert du fromage de chèvre et du raki, une eau-de-vie à l'anis qui réchauffe les entrailles. Il sert une deuxième tournée avant de s'affaler dans un fauteuil... Il raconte alors, comment son emprisonnement a commencé : avec une histoire de moto.

Le 4 août 2016 à 23:05, des inconnus jettent une grenade sur le Parlement, en plein cœur de la capitale kosovare. Personne n'est blessé, seule la façade est endommagée. La moto qui a servi à prendre la fuite est retrouvée par la police. Et avec elle, l'ADN de Frashër et des autres activistes. Tous fournissent des alibis, mais ils ne collent pas avec les données GPS révélées par leurs smartphones. Les voilà dans le collimateur de la justice.

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