L’Ouganda juge “moralement inacceptable” de fournir une éducation sexuelle à des enfants de 10 ans

La semaine dernière, le ministère ougandais de la Santé a refusé d’approuver de nouvelles directives, pourtant suggérées par son propre département de la santé sexuelle et reproductive, visant à diminuer le nombre de grossesses chez les adolescentes, ce qui constitue pourtant un problème de taille en Ouganda. Comme justification, le ministère a expliqué qu’avancer à 10 ans l’âge du début de l’éducation sexuelle dans le pays ou fournir des contraceptifs aux jeunes de quinze ans et plus serait “moralement inacceptable”.

(photo flickr/Sanjoy Ghosh)
(photo flickr/Sanjoy Ghosh)

Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), chaque année “près de 16 millions de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans et 1 million de jeunes filles âgées de moins de 15 ans mettent au monde des enfants”. Particulièrement à cause de possibles complications de la grossesse, mais aussi au moment de l’accouchement, ce phénomène est très dangereux pour la mère et l’enfant. Toujours selon l’OMS, il s’agit en effet de “la deuxième cause de décès pour les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans dans le monde”. Qui plus est, chaque année, environ trois millions de jeunes filles de cet âge subiraient des avortements à risque et que les enfants de ces mères adolescentes font ensuite face à “un risque de mortalité sensiblement plus élevé que ceux de femmes âgées de 20 à 24 ans”.

La plupart de ces grossesses ont lieu dans des pays dits “à revenu faible ou intermédiaire”, par exemple en Ouganda, où elles représentaient encore 13,5% des naissances en 2016 selon l’UNICEF. Pourtant, le ministère de la Santé de ce pays d’Afrique de l’Est vient de décider de ne pas approuver de nouvelles directives visant à diminuer le nombre de grossesses chez les adolescentes, comme nous l’apprend un récent article du Guardian.

Elles lui avaient pourtant été suggérées par son propre département de la santé sexuelle et reproductive, qui avait pour l’occasion bénéficié des conseils de diverses organisations de la société civile ougandaise. Ces directives proposaient ainsi d’articuler un plan d’action autour de deux grands axes. Tout d’abord l’éducation, en proposant à partir de l’âge de 10 ans une éducation sexuelle appropriée à l’âge des enfants en mettant en avant des “informations se concentrant sur la croissance et le développement, l’acquisition de compétences, l’importance d’une bonne nutrition et d’une hygiène personnelle, le report du début de l’activité sexuelle, et l’importance de rester à l’école”. Puis la prévention, en s’assurant de fournir aux Ougandais(es) de 15 ans et plus un meilleur accès au planning familial et aux contraceptifs.

Le ministère a refusé de les approuver sous prétexte qu’elles seraient moralement inacceptables et risqueraient d’encourager la promiscuité et le recours à l’avortement. “Il y a certaines dispositions dans les lignes directrices avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. [Nous les trouvons] dérangeantes et nous ne pouvons les accepter”, a expliqué Joyce Moriku, la ministre de la Santé. “Comment pouvez-vous fournir [une éducation sexuelle] et offrir des services de planning familial à des enfants de moins de 18 ans ? Les organisations de la société civile devraient avoir honte”, a-t-elle ajouté.

Les défenseurs du projet condamnent eux un “échec du leadership” incapable d’accepter des lignes directrices qu’ils jugent “entièrement appropriées”, surtout lorsque l’on sait que l’âge moyen du premier rapport sexuel est de 16 ans en Ouganda. “Les directives ne recommandent pas le planning familial pour les enfants de 10 ans. Le ministère est en train de bloquer des directives auxquelles il a lui-même contribué”, se désole ainsi Asia Russell, de l’organisation américaine Health Gap.

Celle qui occupe à la fois le rôle de Première dame et de ministre de l’Éducation du pays, Janet Museveni, l’épouse de l’indéboulonnable président ougandais Yoweri Museveni, est venue s’immiscer dans la controverse en déclarant que distribuer des contraceptifs aux jeunes constituerait une “érosion de la morale”. “Nous n’avons plus assez de fierté pour dire non. Les gens reçoivent des contraceptifs pour les utiliser et faire ce qu’ils veulent, faire l’amour, prendre la pilule, procréer et avorter. Ce n’est pas notre culture en Afrique”, avait-elle déjà lancé alors qu’elle s’exprimait lors d’un évènement commémorant la Journée internationale de la fille, le 11 octobre dernier.

Selon les informations du Guardian, près d’un quart des Ougandaises âgées de 15 à 19 ans sont actuellement enceintes ou déjà mères. Les femmes y ont en moyenne cinq enfants — une statistique que le gouvernement dit souhaiter voir diminuer, alors qu’à peine 24% des femmes du pays auraient recours à une méthode moderne de contraception.

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