Afghanistan : Le succès d’une télévision pour les femmes et par des femmes

Zan-TV (« Télévision des femmes » en français), une chaîne dont l’équipe se compose d’une cinquantaine de femmes, majoritairement étudiantes, pour seulement une quinzaine d’hommes, et qui vise essentiellement un public féminin, a été lancée il y a quelques mois, le 21 mai 2017, en Afghanistan. Cinq mois plus tard, la chaîne connaît un succès d’audience, sur lequel peu auraient parié il y a quelques années, avec près d’un million de téléspectateur au quotidien.

(Photo Facebook/ Zan-TV)
(Photo Facebook/ Zan-TV)

Qui aurait cru qu’en Afghanistan, pays qui demeurait il n’y a pas si longtemps sous la coupe des talibans, une chaîne de télévision animée uniquement par des femmes et à destination d’un public essentiellement féminin pourrait voir le jour et se révéler, en l’espace de quelques mois, un succès d’audience ? C’est pourtant bien le cas de Zan-TV. Ses émissions, qui traitent aussi bien de sport, de cuisine, de culture que d’info, attireraient chaque jour en moyenne près d’un million de spectateurs regardant la chaîne depuis l’Afghanistan ou l’étranger, comme le rapporte Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL).

Lors d’une interview accordée au média américain, son créateur, l’entrepreneur Hamid Samar, explique qu’il compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin et qu’il espère que sa chaîne pourra s’ancrer sur la durée dans le panorama télévisuel du pays. Comment Zan-TV a-t-elle réussi à tirer son épingle du jeu tout en étant confrontée à la concurrence de plus de 70 autres chaînes du câble ? En s’attelant à “donner une voix à toutes les femmes qui n’en ont pas” et “en se [battant] pour les droits des femmes”, explique la présentatrice vedette de Zan-TV, Shabana Noori, qui, comme toutes les autres journalistes qui apparaissent à l’écran, a troqué la burqa pour un simple voile. La chaîne n’hésite pas non plus à traiter de sujets généralement évités par ses concurrents, à l’instar de la contraception, la place des femmes dans le monde du travail ou encore le féminisme musulman.

Un défi de taille dans ce pays d’Asie centrale à très forte majorité musulmane (environ 99 % de la population, dont environ 80 % de sunnites) et qui demeure très conservateur. RFE/RL souligne d’ailleurs que la première chose qu’ont dû faire de nombreuses employées de la chaîne a été de convaincre leurs familles et amis qu’une femme pouvait exercer le métier de journaliste. Les journalistes disent avoir conscience des risques qu’elles encourent (NDLR, plusieurs femmes journalistes ont été assassinées en Afghanistan au cours de ces dernières années), mais rester déterminées à continuer de faire leur travail.

Soulignons que le projet est pour l’heure intégralement autofinancé. Installée à Kaboul, la rédaction propose à ceux et celles qui voudraient rejoindre l’aventure de suivre gratuitement une formation complémentaire dans le but d’acquérir les techniques nécessaires pour y travailler. Lors du lancement, Hamid Samar disait espérer que les recettes publicitaires permettraient à terme d’équilibrer les comptes. Pour continuer le développement de sa chaîne atypique, il explique notamment miser sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, la page de la chaîne compte déjà plus de 120 000 “fans”.

“Zan-TV est une inspiration pour les femmes. Cela les a persuadés qu’elles aussi peuvent [changer la société]. La station peut les motiver et changer leur attitude”, conclut Mounira, une étudiante de Kaboul, interrogée par RFE/RL.

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