[Jeu de cartes] Les villes les plus “fragiles” du monde 🔒

Cette semaine dans “Jeu de cartes”, notre chronique hebdomadaire toute en cartes, nous vous proposons de découvrir les travaux de Robert Muggah. Depuis plusieurs années, ce chercheur en sécurité, directeur de l’Institut Igarapé, un think tank brésilien, s’acharne à attirer l’attention sur ce qu’il appelle les « villes fragiles Â». Souvent très peuplées, ces villes majoritairement situées dans des pays dits « du Sud Â» (NDLR, qui sont majoritairement situés dans la partie sud des continents émergés) ont pour point commun d’avoir une croissance extrêmement rapide entravée par de multiples problèmes : violence, chômage, mauvaise gouvernance… Robert Muggah liste onze facteurs qui, collectivement, rendent une ville vulnérable à ce qu’il appelle un “effondrement économique ou sociétal”. À partir de ces données, il a conçu une série de cartes illustrant le degré de fragilité des grandes villes du monde.

(photo flickr/Enough Project)
(photo flickr/Enough Project)

Robert Muggah part d’un constat a priori plutôt positif : la majeure partie du monde progresse à grands pas en matière de technologie, de sécurité et de santé publique. Cependant, le chercheur en sécurité, directeur de l’Institut Igarapé, un think tank brésilien, note également que toutes les grandes villes du monde ne progressent pas au même rythme, et que certaines, qui ont pour point commun une croissance extrêmement rapide, voient leur bon développement entravé par des problèmes qu’elles n’arrivent pas à surmonter.

Ainsi, il explique qu’il existe sur la planète des zones urbaines en difficulté. Elles constituent ce qu’il appelle des villes “fragiles”. En cause, un fort taux de chômage, des inégalités, un système de santé médiocre, un sentiment d’insécurité, et parfois même tout cela à la fois. Résultat, les habitants de ces villes se retrouvent parfois à vivre au quotidien dans la peur, se demandant si leur gouvernement viendra un jour à leur secours.

Robert Muggah a déterminé l’existence de onze facteurs qui ensemble permettraient selon lui d’évaluer la “fragilité” potentielle d’une ville. Cela lui avait déjà permis d’établir en 2016 un classement des vingt villes les plus fragiles de la planète, publié sur Business Insider. En se basant sur des données de 2015 de l’Université des Nations Unies (UNU), du Forum économique mondial (FEM) et de la fondation SecDev, il a cette fois-ci réalisé une passionnante série de cartes illustrant visuellement l’emplacement des villes plus “fragiles”. Elles ont récemment été publiées sur le site Internet du Forum économique mondial.

Les villes y sont classées sur une échelle allant de 1 à 4. Les petits points bleus y représentent les villes les plus “stables” (villes dont le score final tend vers 1), les gros points rouges, les villes les plus “fragiles” (villes dont le score tend vers 4) :

(Crédit  Business Insider)
(Crédit  Business Insider)

De prime abord, il saute aux yeux que l’Afrique subsaharienne apparaît très clairement comme la région du monde hébergeant les villes les plus fragiles, juste devant le Moyen-Orient, alors que l’Asie de l’Est et l’Europe semblent héberger les villes les plus stables. On notera qu’à elle seule la Somalie compte trois villes dont le score se rapproche de 4 : Mogadiscio (4), Kismaayo (3,9) et Merca (3,9). On apprend d’ailleurs sur le site Internet du FEM que les calculs de Muggah les donnent actuellement comme les trois villes les plus fragiles du monde.

Pour rappel, Mogadiscio, la capitale de la Somalie, située à la pointe de l’Afrique orientale, a été la cible d’un terrible attentat mi-octobre, revendiqué par le groupe islamiste des shebab, affilié à Al-Qaïda, qui a fait plus de 350 victimes. Le pays a également été frappé cet été par une terrible épidémie de choléra, laissant la population somalienne dans ce que l’ONU décrit comme “un état de vulnérabilité extrême”. Il était alors estimé que plus de 50% des habitants du pays avaient besoin d’une assistance humanitaire. Pire encore, 3,2 millions de personnes étaient même au bord de la famine. Pour ne rien arranger, le taux de chômage y est extrêmement élevé — en 2016, il dépassait les 66%.

(Crédit  Business Insider)
(Crédit  Business Insider)

Un zoom sur l’Afrique nous permet également de remarquer la situation précaire de Djouba (qui possède un score de 3,5), la capitale du Soudan du Sud, pays en proie à une terrible guerre civile depuis 2013. Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri en République démocratique du Congo (RDC), apparaît également particulièrement vulnérable avec un score de 3,4.

(Photo Flickr/ Business Insider)
(Crédit  Business Insider)

Du côté du Moyen-Orient, on notera que si les grandes villes de Turquie ou d’Égypte apparaissent relativement stables, les grandes villes de Syrie (Raqqa, Alep et Damas) apparaissent comme extrêmement fragiles. Dans la région, ce sont cependant Mossoul (3,5), la seconde ville d’Irak, libérée cet été après une bataille de près de neuf mois contre l’organisation État islamique (OEI), et Kirkouk (3,5), ville du nord de l’Irak, qui occupent les deux premières positions. Dans cette partie du monde, on retrouve aussi dans ce classement des villes comme Aden ou Ibb, au Yémen, ou encore Kondôz, en Afghanistan.

Le point commun des pays de cette région ? Ils ont pour la plupart été touchés ces dernières années par des conflits violents (de nature interne ou/et externe), des attaques terroristes à répétition, et ont souvent du mal à juguler l’urbanisation rapide causée par de forts taux de natalité.

(Crédit  Business Insider)
(Crédit  Business Insider)

Une autre région du monde apparaît comme un foyer de villes fragiles : l’Amérique centrale et le nord de l’Amérique du Sud. Ainsi, des villes comme Mexico, au Mexique, Port-au-Prince, à Haïti, ou encore Bogota, en Colombie, ont toutes pour point commun de continuer d’être empêtrées dans des violences liées notamment au trafic de drogues et à l’activité de gangs très puissants.

Muggah souligne également qu’il y existe d’importantes inégalités économiques et sociales. Dans ces régions souvent très peuplées, une portion infime de la population tend à vivre dans l’opulence alors que la plupart de ses voisins vivent dans la pauvreté. L’Amérique centrale est également une région qui tend à être plus lourdement touchée par les catastrophes naturelles.

(Crédit)
(Crédit  Business Insider)

En comparaison, l’Europe semble particulièrement bien lotie. Presque toutes les villes y apparaissent comme “stables”, à l’exception notable de Sarajevo, la capitale et la plus grande ville de Bosnie-Herzégovine. Cependant, Muggah souligne que les villes européennes seront aussi amenées à l’avenir à lutter contre la menace du changement climatique. De plus, selon le chercheur, l’Europe pourrait également être impactée par l’afflux de réfugiés fuyant les conflits du Moyen-Orient. Le plus gros problème ici n’étant pas les réfugiés en eux-mêmes, mais bien l’incapacité des pays de cette zone à s’entendre sur la manière de gérer cette crise, ce qui pourrait y engendrer à terme une instabilité politique durable.

Pour conclure, Robert Muggah insiste sur le fait que le mauvais score de certaines villes n’est pas une fatalité : « S’il y a une bonne nouvelle, c’est que cette fragilité n’est pas une situation permanente Â», explique-t-il sur le site de Business Insider. Afin d’améliorer leur score, les pays en difficulté doivent en priorité réussir à restaurer l’ordre au sein de leur gouvernement afin de pouvoir s’assurer que les habitants peuvent assouvir leurs besoins primaires, comme l’accès à l’eau, à la nourriture ou encore aux soins de santé. Certes, cela est bien plus facile à dire qu’à faire.

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à visiter le site du Forum Économique Mondial où est disponible une analyse détaillée des travaux de Robert Muggah. Le reste de ses travaux sont accessibles sur le site Internet de l’Institut Igarapé : ici. Pour les amateurs de TED talks, nous vous invitons également à visionner la conférence que le chercheur a donnée en 2014 : « How to protect fast-growing cities from failing ». Bonne lecture et bon visionnage.

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