Shanghai : Du biodiesel à base d’huile d’égout dans les stations-service

Fin octobre, une première station-service de Shanghai, la ville la plus peuplée de Chine, a commencé à commercialiser du biodiesel fabriqué à base d’huile d’égout recyclée. Offrir au grand public chinois cette alternative au carburant pour moteur diesel classique constitue déjà en soi une petite révolution. Cela pourrait aussi, à terme, mettre fin à l’utilisation illégale de l’huile d’égout par des restaurateurs peu scrupuleux à des fins alimentaires.

(Photo Flickr/@nbsp;United Soybean Board)
(Photo Flickr/ United Soybean Board)

En Chine, l’utilisation illégale de l’huile d’égout (aussi connue sous le nom d’huile de caniveau), un terme utilisé pour désigner les graisses animales et autres résidus huileux provenant de restaurants, d’abattoirs ou encore de fermes que l’on retrouve dans les dispositifs d’interception de graisse des égouts, est un problème de taille. En effet, dans les grandes villes chinoises, nombreux sont les restaurateurs peu scrupuleux qui n’hésitent pas à réutiliser (parfois même sans les traiter) ces huiles frelatées à des fins alimentaires

 

À Shanghai, la ville la plus peuplée de Chine, les autorités ont décidé d’encourager l’utilisation de ces huiles à des fins moins dangereuses pour la santé. Fin octobre, elles ont donné leur feu vert pour que des stations-service puissent proposer à la vente du biodiesel (NDLR, une énergie renouvelable utilisée comme alternative au carburant pour moteur diesel classique) à base d’huile d’égout recyclée. Une première, comme nous l’apprend un récent article de l’agence de presse chinoise Xinhua.

Ainsi, une station-service Sinopec, située dans le district de Fengxian, une subdivision de la municipalité de Shanghai, possède désormais deux réservoirs de biodiesel. Ce carburant d’un genre nouveau est vendu au prix modeste de 5.72 yuans le litre (soit environ 0,74 euro), contre 6,02 yuans (0,78 euro) pour le diesel classique. Le groupe pétrolier précise qu’une autre de ses stations-service, située dans le district de Pudong, se prépare elle aussi à proposer du biodiesel.

Du côté des autorités, on se félicite de l’initiative. Yang Jinsong, le directeur de l’Agence shanghaïenne des produits alimentaires et médicamenteux de la ville, a ainsi déclaré que la commercialisation de ce biodiesel par Sinopec marque le début d’une nouvelle ère où du biocarburant à base d’huile d’égout et autres huiles de cuisine usagées pourra être produit et vendu à grande échelle. Il a également ajouté que le carburant sera utilisé par les bus municipaux, les poids lourds et les navires de marchandises naviguant sur le fleuve Yang-Tsé.

Il est estimé qu’à Shanghai environ 150 tonnes d’huile d’égout sont récoltées quotidiennement. Selon les autorités, la possibilité de vendre les huiles usagées pour en faire du carburant devrait inciter les restaurateurs qui l’utilisaient (avec ou sans traitement préalable) jusque-là à des fins alimentaires à la revendre pour accroître leurs bénéfices.

La tâche de recycler ces huiles revient à la Shanghai Zhongqi Environment Technology Co. Ltd une entreprise privée, qui fournissait déjà la ville en biocarburant ces derniers mois, dont le travail est rigoureusement surveillé. Par exemple, les conducteurs de camions qui transporteront l’huile d’égout sont dans l’obligation de posséder un permis spécial et ne peuvent travailler qu’avec un GPS allumé, permettant de suivre leurs moindres déplacements.

À noter que le coût de recyclage de l’huile d’égout demeure relativement élevé. Il faut compter 3600 yuans (environ 465 euros) pour la collecte d’une tonne, auxquels s’ajoutent environ 2000 yuans (environ 259 euros) pour le recyclage. Ces coûts élevés rendaient jusque-là difficile de générer des profits. Résultat : ce carburant n’était pas rentable sans les subventions de la ville. L’introduction du biodiesel sur le marché des carburants pourrait changer la donne. À condition, bien sûr, que les automobilistes adoptent ce nouveau carburant.

Lou Diming, un professeur de l’École des études automobiles de l’université de Tongji, cité par Xinhua, rappelle que le biodiesel produit 10% de moins de métaux lourds et de particules fines et émet 80% de moins de monoxyde d’azote que le diesel classique.

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