[Jeu de cartes] En route vers un monde sans cash ? 🔒

Cette semaine dans « Jeu de cartes Â», notre chronique hebdomadaire toute en cartes, nous avons décidé de vous parler d’argent. Plus précisément, nous y aborderons le sujet de la disparition annoncée de l’argent liquide. Cela fait en effet des années que certains spécialistes nous expliquent que, grâce au numérique, nos décideurs auront enfin « les moyens de contrôler tout le système ». Cependant, il est légitime de se demander si les espèces sont réellement sur le point de tirer leur révérence. Bilan de la situation actuelle au niveau mondial.

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(Photo Flickr/ 401(K) 2012)

L’argent liquide est-il condamné à disparaître ? C’est la question que posait la semaine dernière le New York Times. Une question légitime, alors que le World Payments Report 2017, un rapport récemment publié par la société de conseil Capgemini, nous explique que les paiements électroniques devraient continuer à progresser d’environ 10,9% par an entre 2015 et 2020.

Inutile de faire durer inutilement le suspense. Non, la disparition définitive du cash n’est pas prévue pour demain. Comme le souligne le quotidien américain, les pièces et autres billets demeurent de nos jours la manière la plus populaire de payer dans la majorité des pays du monde. Cependant, sur le long terme la tendance est claire : l’argent liquide tend à perdre du terrain face aux moyens de paiement électroniques (NDLR, comprendre ici les diverses méthodes qui permettent des transferts de monnaie par le biais de messages électroniques).

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La carte ci-dessus a été réalisée par les équipes du New York Times en utilisant les données les plus récentes en la matière de la Banque mondiale et du cabinet de conseil McKinsey & Company. Elle permet de dresser un panorama de l’utilisation de l’argent liquide dans le monde en 2014 en s’intéressant à la part des personnes adultes qui dans chaque pays a déclaré avoir effectué ou reçu cette année-là un paiement électronique. Plus un pays tend vers les tons rouges foncés, plus cette part est importante. À l’inverse, plus un pays tend vers le jaune clair, moins elle l’est.

Résultat : Les sociétés de la majeure partie des pays d’Europe de l’Ouest, de l’Amérique du Nord (à l’exception notable du Mexique) ou encore d’Australie, du Japon ou de la Corée du Sud semblent avoir très majoritairement adopté le paiement électronique. Dans ces régions du monde, le pourcentage des personnes ayant effectué ou reçu cette année-là un paiement électronique dépasse souvent les 90%. Les meilleurs élèves en la matière sont le Royaume-Uni (97%), les États-Unis (97%) et l’Australie (97%).

À l’inverse, on constate que l’argent liquide demeure la seule forme de paiement utilisé par une part importante de la population dans l’essentiel des pays d’Afrique, d’Amérique centrale et du Sud, ou encore dans la zone géographique du sous-continent indien. Ainsi, en Inde, en 2014 seuls 22% de la population ont déclaré avoir eu recours au paiement électronique.

Il est crucial ici de comprendre que si la disparition des espèces semble inéluctable sur le long terme, elle ne se fera pas à la même vitesse partout. Ainsi, en Europe, il est fort probable que les premiers pays à forger des sociétés sans cash soient à trouver du côté de la Scandinavie. Par exemple, il est d’ores et déjà impossible d’obtenir de l’argent liquide dans la grande majorité des agences locales de la plupart des banques suédoises. Payer par carte y est devenu la norme, que ce soit dans les transports publics, dans certaines églises et même auprès des sans-abri qui vendent les magazines Faktum ou Situation Stockholm dans les rues de la capitale du pays. La carte de débit y était le moyen de paiement électronique de 93% des personnes en 2014.

Bien sûr, la Scandinavie n’est pas la seule région du monde à progresser en matière de paiement électronique et le paiement par carte est loin d’être la seule alternative aux espèces. Ainsi, en Afrique, ce sont les paiements réalisés directement depuis un téléphone portable qui progressent à une vitesse folle ces dernières années, notamment grâce à des entreprises comme Safaricom et son système de paiement mobile M-Pesa. Il s’agissait du moyen de paiement électronique de 55% des personnes en 2014, contre seulement 14% d’utilisateurs de carte bleue (débit et crédit confondu).

Autre exemple : la Chine, pays où l’utilisation du porte-monnaie électronique est devenue une habitude dans les grandes villes. Alibaba, Tencent, WeChat… ce ne sont pas les prestataires qui manquent. Selon un récent rapport du cabinet de conseil McKinsey & Company, la Chine serait même entrée dans une “nouvelle ère de la vente au détail”, notamment grâce à la popularité des produits personnalisés.

Tout cela nous amène à notre prochaine carte (ci-dessous). Réalisée par les équipes de la Harvard Business Review (HBR), une revue américaine sur le monde de l’entreprise, elle s’intéresse au coût de l’obtention des espèces dans les différents pays du monde :

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Dans les pays qui apparaissent en rouge sur la carte, obtenir de l’argent liquide est susceptible de vous coûter cher. Dans les pays indiqués en jaune, le coût est jugé moyen et dans les pays en bleu, il est jugé faible. Rentrent dans l’équation plusieurs variables, comme le nombre de distributeurs de billets, leur facilité d’accès, ou encore les frais d’utilisation des guichets automatiques. Cette carte est particulièrement intéressante dans la mesure où elle permet de se faire une idée des endroits du monde où la disparition du liquide pourrait permettre à la population d’économiser le plus d’argent.

Il convient de remarquer que les coûts n’apparaissent pas toujours en lien avec le niveau relatif de développement économique ou la situation politique des pays. Ainsi, obtenir des espèces coûtera en moyenne peu cher en Afrique, mais très cher en Inde ou en Chine…

Il existe, à juste titre, un vaste débat concernant la disparition de l’argent liquide et nous ne nous positionnerons pas dans un sens ou dans l’autre. Sachez néanmoins que dans les (très) grandes lignes, les défenseurs du tout électronique avancent que le cash simplifie la vie des criminels et des évadés fiscaux. Leurs opposants mettent en garde contre une généralisation des moyens de paiement électronique qui risquerait de marginaliser les plus pauvres, pour lesquels il demeure difficile d’accéder à Internet et aux services bancaires, tout en rendant beaucoup plus simple au gouvernement et aux grandes sociétés d’instaurer une surveillance généralisée.

Cependant, comme le fait à juste titre remarquer le New York Times, le futur des paiements repose probablement entre les mains des ingénieurs technologues qui nous simplifient déjà de plus en plus le paiement de notre café/croissant du matin, sans même parfois avoir à sortir notre porte-monnaie.

Le sujet vous intéresse ? Pour les anglophones, nous vous invitons à consulter le très instructif World Payments Report 2017 de la société de conseil Capgemini. L’analyse complète réalisée par la revue Harvard Business Review (HBR) est pour sa part disponible ici. Bonne lecture.

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