Les religions afro-brésiliennes victimes d’une chasse aux sorcières

Ces derniers mois, les fidèles pratiquants des cultes afro-brésiliens de candomblé et d’umbanda, sont devenus la cible d’agressions de plus en plus fréquentes et de menaces de la part de groupes identifiés comme évangéliques, mais aussi — et c’est une nouveauté — appartenant à des réseaux criminels.

Rosana Dos Santos, ou « Mère Rosana D’Oya » a vu son terreiro emporté par les flammes la nuit du 25 septembre dernier. (photo Marlène Haberard/8e étage)
Rosana Dos Santos, ou « Mère Rosana D’Oya » a vu son terreiro emporté par les flammes la nuit du 25 septembre dernier. (photo Marlène Haberard/8e étage)

Au beau milieu d’un après-midi de septembre, sept hommes armés de fusils et de battes de baseball envahissent le « terreiro » – sol sacré – de Carmen Flores, la « grande prêtresse de candomblé ». Les agresseurs obligent Carmen à détruire son propre lieu de culte. Les assaillants prennent soin de filmer l’humiliation subie par la prêtresse avec leur portable.

« Regardez qui est là, c’est la servante du Diable ! Vas-y, brûle tout ! Casse tout ! Tout le Mal doit être détruit, au nom de Jésus ! » Menacée par les voix de ses agresseurs, invisibles à l’image, Carmen jette à terre ses statues sacrées et détruit ses images d’orixás, dieux et déesses célébrés dans les religions afro-brésiliennes.

En quelques jours, la vidéo de Carmen anéantissant ses reliques a fait le tour du web brésilien. « C’est comme si j’avais assisté en direct à l’exécution de mon père et de ma mère. » Au téléphone, la voix de Carmen reste faible. Quelques jours après son agression, traumatisée, elle s’est réfugiée en Suisse, chez l’un de ses « fils », un adepte de sa communauté. « On m’a arraché les ailes. Personne ne va rien faire. Personne ne fait rien. »

Dans le «quarto da vovó » (la chambre de grand-mère), les « preto-velhos » sont des entités d’Umbanda incarnées par les personnes âgées, descendants d’esclaves. Ils évoquent la sagesse, la foi et le savoir. (photo Marlène Haberard/8e étage)
Dans le «quarto da vovó » (la chambre de grand-mère), les « preto-velhos » sont des entités d’Umbanda incarnées par les personnes âgées, descendants d’esclaves. Ils évoquent la sagesse, la foi et le savoir.
(photo Marlène Haberard/8e étage)

À Nova Iguaçu, ville de l’agglomération de Rio de Janeiro, Carmen de Oxum — de son nom sacerdotal— est une prêtresse réputée. Aussi surnommée « mère des saints », son rôle est d’animer les processions religieuses et d’organiser des consultations de soutien psychologique et spirituel, où, proche de la voyance, elle communique avec les esprits des orixás.

PERSÉCUTIONS INSTITUTIONNALISÉES ET RACISME

Le candomblé, l’umbanda, la macumba, le batuque et leurs variantes font partie de ce que l’on appelle les religions afro-brésiliennes. Il s’agit plus largement des religions de la « matrice africaine », que les esclaves noirs ont importées en Amérique, de la Louisiane, à l’Uruguay, en passant par les Caraïbes. Fortement inspirées par les cultes animistes africains, ces religions ont intégré au fil des siècles des éléments venus du catholicisme (notamment le culte des saints), du spiritisme d’Allan Kardec ou encore des croyances indigènes.

Moins d’un pour cent de la population se déclare à l’heure actuelle fidèle à ces cultes. Pourtant, leur influence culturelle a imprégné le Brésil, principalement dans les régions comme Bahia et Rio de Janeiro, où la présence des esclaves africains était importante. La Capoeira en est un exemple. Mélange d’art martial et de danse, elle est intimement liée aux religions afro-brésiliennes.

« Mère Cíntia Dayra », prêtresse d’Umbanda et l’entité « Malandra das Rosas Vermelhas », (l’espiègle aux roses rouges) la protectrice des bandits, qui a été épargnée par les assaillants lors du cambriolage. (photo Marlène Haberard/8e étage)
« Mère Cíntia Dayra », prêtresse d’Umbanda et l’entité « Malandra das Rosas Vermelhas », (l’espiègle aux roses rouges) la protectrice des bandits, qui a été épargnée par les assaillants lors du cambriolage.
(photo Marlène Haberard/8e étage)

« Pendant des siècles, depuis l’époque de la colonisation jusqu’à celle de la république, les esclaves, puis leurs descendants, ont été persécutés par les autorités, la police, lorsqu’ils pratiquaient leur culte. Aujourd’hui, certains groupes de la société civile ont pris le relais. Il faut garder en tête qu’il y a toujours eu un préjugé raciste », explique Ivanir Santos, président de la Commission de lutte contre l’intolérance religieuse. « Il y a un ensemble de causes qui vont bien souvent au-delà de la seule question religieuse. »

UNE VAGUE DE VIOLENCE QUI SÈME L’INQUIÉTUDE

« Un incendie volontaire détruit un terreiro à Brasilia », « Des évangéliques tentent d’envahir un terreiro à Olinda »« Une jeune candombliste attaquée à coups de pierre ». La rubrique des faits divers se fait tristement l’écho, depuis des années déjà, d’actes haineux. 

Cela fait néanmoins cinq ans qu’une nette recrudescence frappe l’ensemble du Brésil. Un numéro d’appel spécial, mis en place au niveau national en 2011 par le Secrétariat des Droits Humains, permet aux victimes de déclarer toute agression à caractère antireligieux. Les chiffres montrent qu’en la matière les religions afro-brésiliennes sont surreprésentées avec un record de 90% des agressions constatées, loin devant les actes antimusulmans ou antisémites.

Dans la religion Umbanda, les arts divinatoires (tirer les cartes, lancer de dés)  sont utilisés pour réaliser des prophéties et lire l’avenir. (photo Marlène Haberard/8e étage)
Dans la religion Umbanda, les arts divinatoires (tirer les cartes, lancer de dés) sont utilisés pour réaliser des prophéties et lire l’avenir.
(photo Marlène Haberard/8e étage)

Pratiquante de la religion candomblé depuis 35 ans, Carmen dit n’avoir jamais eu de problème jusqu’à ce jour noir de septembre. Plusieurs dizaines de personnes venaient quotidiennement consulter la « mère ». De ses agresseurs, la femme de 66 ans ne sait pas grand-chose. « Ils se réclamaient sans cesse de Jésus, mais ils m’ont aussi dit que mon temple était mauvais pour leur commerce. » Selon elle, les allées et venues de ses « fils » dans les rues étroites de son quartier ont dérangé les trafiquants de la zone. Ceux qui ont filmé la scène souhaitaient, semble-t-il, envoyer un message. La police a effectivement identifié des liens entre les auteurs de plusieurs attaques et le trafic de drogue, plus précisément avec un gang appelé le « Troisième Commando Pur » (TCP).

L’attaque qu’a subie Carmen fait partie d’une série d’agressions filmées pour être ensuite publiées sur les réseaux sociaux. Dans une autre séquence, des membres d’un gang obligent cette fois-ci un homme, à détruire ses objets de macumba tout en portant un t-shirt à l’effigie de Jésus. Dans le seul État de Rio, sur les quelque 3 000 terreiros, le secrétariat des droits de l’homme a reçu pas moins d’une quarantaine de signalements d’actes antireligieux au cours de ces quatre derniers mois. Dans la grande périphérie de Rio de Janeiro, où l’on recense 847 terreiros, au moins douze attaques ont eu lieu entre août et septembre dans la zone contrôlée par le TCP. 

Cíntia Miranda, 39 ans, connue comme « Mère Cíntia Dayra » assise dans la cour de son terreiro, saccagé le 29 août dernier.  (photo Marlène Haberard/8e étage)
Cíntia Miranda, 39 ans, connue comme « Mère Cíntia Dayra » assise dans la cour de son terreiro, saccagé le 29 août dernier.
(photo Marlène Haberard/8e étage)

Depuis lors, peur et inquiétude règnent dans la communauté. Elle tente de se faire plus discrète, évitant les cérémonies extérieures et les grands rassemblements. Récemment, une autre organisation criminelle les « Amigos dos Amigos », influente dans la région, a laissé se produire des attaques sur son territoire. Cela préoccupe les candomblistes et les umbandistes de tout l’État de Rio, qui aujourd’hui est devenue la région la plus sensible du Brésil.

RECONSTRUIRE ET SE PROTÉGER

Cintia Miranda a seulement 39 ans. Cependant, elle est déjà connue comme « Mère Cintia Dayra », prêtresse d’umbanda, une autre religion rattachée à la matrice afro-brésilienne. Installée depuis trois ans à Nova Iguaçu, elle est consciente de sa chance : elle n’était pas dans son terreiro lorsque des hommes non identifiés l’ont envahi. Dans sa maison blanche et bleue, dont les pièces sont distribuées autour d’une petite cour centrale à ciel ouvert, deux ouvriers s’activent. « Je suis en pleins travaux », commente-t-elle en nous ouvrant sa porte. Sur les murs et les portes, la peinture est encore fraîche. « Il y a encore quelques réparations à faire. »

Le 29 août dernier en pleine nuit, quatre personnes ont fait sauter toutes les serrures de sa maison avant de saccager l’endroit. Deux mois plus tard, Cintia dit se sentir de nouveau à l’aise dans son « ilê », son îlot, comme on appelle aussi les terreiros. Elle confesse cependant un léger changement : sa cour est désormais surplombée par trois caméras de surveillance. Un luxe anachronique qui tranche avec l’authenticité du lieu que Cintia n’a pourtant pas hésité à s’offrir. Avec ces « yeux de cyclopes » fixés aux murs, elle se sent plus rassurée.

Dans la cour de l’entrée trône son nouveau Exu, le gardien protecteur du terreiro. La statue précédente a été dérobée par les voleurs. Cintia fait remarquer d’un ton ironique que les « envahisseurs » n’ont pas osé toucher à une pièce en particulier : celle des dieux qui veillent sur les brigands et les vilains. « C’est paradoxal non ? », lâche-t-elle en esquissant un sourire en coin. « Ils nient l’existence de nos religions, mais n’osent pas toucher aux dieux des brigands ! »

Cíntia dans son « quarto da vovó », (la chambre de grand-mère) où elle conseille ses fidèles. Elle a racheté la plupart des figurines qui avaient été détruites. (photo Marlène Haberard/8e étage)
Cíntia dans son « quarto da vovó », (la chambre de grand-mère) où elle conseille ses fidèles. Elle a racheté la plupart des figurines qui avaient été détruites.
(photo Marlène Haberard/8e étage)

À Jundiai, petite ville à une heure de route de São Paulo, Rosana dos Santos est en plein conciliabule avec un avocat bénévole et quelques fidèles. Ils tentent de la convaincre de créer une association qui pourra ainsi l’aider à rouvrir son ilê et obtenir des aides financières. « Je dois réfléchir », répond-elle posément. « Je ne sais pas si je veux m’exposer de nouveau.” 

La nouvelle du violent incendie qui a ravagé la propriété de « Mère Rosana d’Oya » dans la nuit du 25 septembre dernier a été largement relayée dans les médias. Alertée par une voisine, elle a assisté à « une véritable scène d’apocalypse » : contempler son terreiro embrasé par des flammes géantes. « Ce qui était le plus traumatisant, c’était cette odeur de gazole, qui avait envahi toute la rue… », se souvient sa fille Mariana. 

Rosana confesse que cette exposition médiatique ne l’a pas vraiment aidé à rebâtir le lieu. « Mes fidèles organisent des collectes de dons, mon frère m’a fait une page Facebook, et on organise même des bingos ! Mais je ne sais pas si ça suffira… Aujourd’hui, on veut m’ériger en symbole, que je cours les plateaux télé pour témoigner ! Pourtant, regardez autour de vous : qui vient m’aider à reconstruire ? » À quelques mètres d’elle, trois hommes posent des briques et font du ciment. 

GUERRE DE RELIGION AVEC LES ÉVANGÉLIQUES

Beaucoup d’observateurs expliquent ce climat conflictuel par la montée en puissance d’extrémistes évangéliques. Au Brésil, les églises néo-pentecôtistes radicales ne se cachent plus pour prêcher des discours qui tombent parfois dans l’homophobie, la misogynie et le rejet des autres religions. Pour Ivanir de Santos, les trafiquants qui terrorisent « au nom de Jésus » se sont le plus souvent radicalisés en prison. 

Le professeur de philosophie et de théologie afrocentrée, Jayro de Jésus, explique dans une interview à l’Agencia Publica que les néo-pentecôtistes croient que le Bien peut triompher notamment en détruisant le Mal qui se trouve à proximité. Pour eux, « le Mal se définit dans les religions afro », explique-t-il. « Les néo pentecôtistes peuvent compter sur l’aide de la population, qui y trouve une justification pour en finir avec le « Mal » que représente son voisin ou son entourage. »

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Il y a un an, pour la première fois de son histoire, la ville de Rio de Janeiro a élu un homme politique évangélique à la tête de la municipalité. Marcelo Crivella n’appartient pas à n’importe quelle Église. Il appartient à l’une des plus puissantes du Brésil : l’Église Universelle du Royaume de Dieu (IURD). Edir Macedo, le fondateur de l’Église — et par ailleurs oncle de Crivella – s’est illustré par certains écrits dans lesquels il assimilait les Orixás au Diable. Son livre, interdit un temps par la justice, a été diffusé à 3 millions d’exemplaires.

L’empire de Macedo n’est pas que religieux et politique, il est aussi médiatique, puisqu’il possède la 3e chaîne de télévision du pays, . Dans son livre « Évangéliser l’Afrique », publié en 1999, Marcelo Crivella s’en prenait également aux croyances africaines qui, selon lui, « abritent des esprits immondes » et sont  « le lieu de sacrifices d’enfants ». Son absence de réaction face à la récente vague d’attaques dans sa ville en dit long, pour certains, sur le mépris qu’il porte à ce sujet.

Tous les évangéliques ne sont cependant pas intolérants. Pour Henrique Vieira, jeune pasteur de trente ans, qui se définit comme progressiste, c’est surtout la centaine de députés proches des évangéliques qui fait reculer la société brésilienne. « Ils ont une vraie volonté de conquête du pouvoir » explique-t-il, « mais il y a une variété de projets évangéliques qui ne s’alignent en aucun cas sur ce groupe conservateur ». Plusieurs représentants d’autres religions ont ainsi exprimé leur soutien, notamment le « Front des évangéliques pour l’État de droit » ou encore l’archidiocèse de Rio de Janeiro. Protestants et autres chrétiens ont même organisé une collecte qui a rassemblé 2,860 euros afin de reconstruire une « maison des saints » incendiée en 2014. 

QUE FAIT LA POLICE ?

Il est difficile de connaître exactement l’ampleur du phénomène, car beaucoup de victimes ont peur de porter plainte. « Je ne me sens pas en sécurité, car l’État ne me donne aucune protection ou garantie, j’ai préféré ne pas déposer plainte, car il pourrait y avoir des représailles », explique Carmen Flores. Elle ajoute qu’elle a reçu déjà des menaces par téléphone. 

« L’un des obstacles majeurs pour lutter contre les cas d’intolérance et la réticence des victimes à dénoncer ces actes », commente le secrétaire d’État aux Droits Humains de l’État de Rio de Janeiro, Atila Alexandre Nunes. Selon la Commission de lutte contre l’intolérance religieuse, moins de 15% des actes de violences envers les pratiquants ou les liens de cultes sont dénoncés à la justice ou font l’objet d’une déposition à la police. 

Les malfaiteurs ont inscrit « Un dieu fidèle » sur un mur au bout de la rue de Cíntia. Cette provocation est censée lui rappeler que sa religion qui vénère les Orixás, n’est pas la bienvenue. (photo Marlène Haberard/8e étage)
Les malfaiteurs ont inscrit « Un dieu fidèle » sur un mur au bout de la rue de Cíntia. Cette provocation est censée lui rappeler que sa religion qui vénère les Orixás, n’est pas la bienvenue.
(photo Marlène Haberard/8e étage)

Une loi de 1989 définit que les crimes de discrimination ou de préjugés envers la race, la couleur, l’ethnie, la religion ou la nationalité sont imprescriptibles et punis d’une peine de deux à cinq ans de prison. La police civile de Rio a mis en examen, en septembre, dix suspects liés au trafic de drogue qui auraient ordonné ou participé à des attaques.

Cependant, pour beaucoup c’est le sentiment d’impunité qui règne. La plupart des cas ne font pas l’objet d’une enquête ou bien sont rapidement classés comme cambriolage ou querelles de voisinages. Cela n’aide pas à remonter les réseaux de commanditaires, ce qui constituerait peut-être le seul moyen de faire cesser la multiplication des attaques. Les assaillants, eux, le savent bien. C’est pour cela qu’ils brouillent les pistes. « Ils ont détruit mes statues, mes images sacrées, mais ils m’ont aussi volé de la vaisselle, du petit électroménager et même mon réfrigérateur ! », s’indigne Cintia, qui estime le préjudice subi à 5 800 euros.

« La police est venue, mais ils ont à peine regardé les dégâts. Ils n’ont relevé aucun indice et sont repartis aussitôt », se souvient Rosana, amère. Son cas a été classé comme « incendie criminel ». Pourtant, elle n’a plus de nouvelles de l’enquête depuis deux mois.

Ces dernières semaines, une prise de conscience de l’ampleur du problème au niveau de la sécurité publique a poussé la police civile de Rio à créer une unité spécifique de « lutte contre les crimes raciaux et délits d’intolérance », avec à sa tête le commissaire Orlando Zaccone. « Il faut que nous fassions montre d’un acte politique et que l’on change le regard sur ces victimes », a-t-il déclaré lors d’une audience publique à l’assemblé législative locale début octobre. Cette unité devrait voir le jour au mois de décembre.

L’UNION FAIT LA FORCE

Malgré la peur, la communauté des candomblistes et umbandistes n’a pas attendu pour s’organiser et s’entraider. Leo Akin Olakunde, un jeune adepte de 24 ans, a ainsi créé une application mobile qui permet aux terreiros de s’enregistrer et de signaler le moindre problème, à l’aide d’un bouton d’urgence. Lancée le 13 octobre, elle a vu s’enregistrer en à peine trois semaines près de 400 lieux différents. Un mois après son lancement, elle a déjà recensé 21 attaques dans différents États du Brésil. « L’idée c’est aussi d’apporter une aide aux victimes pour trouver un avocat et aller porter plainte », explique-t-il.

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Des marches et toutes sortes de rassemblements contre l’intolérance religieuse et pour le respect des droits des minorités ont été organisés à travers le Brésil ces derniers mois pour tenter d’interpeller sur le phénomène. Environ 50,000 personnes ont défilé un dimanche de septembre, la plupart portant des vêtements blancs, la couleur associée aux pratiquants des cultes d’umbanda.

Enfin, plusieurs organisations ont décidé de faire réagir l’État fédéral en attaquant directement le Brésil auprès de la Cour internationale de l’Organisation des États d’Amérique. L’idée étant qu’en portant plainte, il sera possible d’entamer une enquête qui pourra permettre de collecter des témoignages et des preuves et qu’une condamnation puisse amener les victimes à être indemnisées. C’est aussi une manière de dénoncer les liens que certains politiques brésiliens entretiennent avec les néo pentecôtistes. « Une sentence favorable aux religions afro-brésiliennes serait importante surtout pour obliger le Brésil à adopter des mesures préventives, politiques et publiques capables d’éviter les faits déplorables comme ceux auxquels nous assistons et qui se répètent impunément », écrit Hédio Silva Junior, l’avocat qui représente le groupe.

Voilà deux mois et demi que Carmen Flores s’est réfugiée en Suisse. Son visa touriste va bientôt expirer. Elle explique que les démarches pour demander l’asile sont difficiles. Quoi qu’il en soit, elle ne compte pas rentrer au Brésil de sitôt. « Ma famille et d’autres fidèles vont bientôt me rejoindre. Je suis encore trop traumatisée, je ne veux pas rentrer. » Pense-t-elle à porter plainte auprès d’une Cour Internationale ? « Ça ne va pas changer grand-chose à mon avis. J’ai encore très peur des représailles et j’ai peu d’espoir, je pense que nous continuerons à être persécutés. »