Égypte : Un projet de loi pour contraindre les journalistes à utiliser l’arabe littéral

En Égypte, journalistes et défenseurs de la liberté de la presse dénoncent un projet de loi qui serait selon eux en violation de la Constitution du pays. Proposé par l’Académie de la Langue arabe au Caire, il vise à rendre obligatoire l’usage de l’arabe littéral dans la sphère publique, et donc dans les médias. Ses défenseurs insistent sur l’importance de préserver « l’intégrité » de la langue. Ses opposants, eux, n’y voient qu’un nouvel outil de censure.

(Photo Flickr/ Essam Saad)
(Photo Flickr/ Essam Saad)

Parler ou écrire dans un arabe vernaculaire pourrait bientôt coûter une amende, voire un séjour en prison, aux journalistes égyptiens. Le parlement du pays étudie actuellement une proposition de loi, à l’initiative de l’Académie de la Langue arabe au Caire, qui vise supposément à « préserver la langue arabe » en autorisant uniquement l’usage de l’arabe littéral dans la sphère publique. Si elle venait à être votée, les journalistes pourraient se voir infliger des amendes allant jusqu’à 200 000 livres égyptiennes (9265 euros), ou une peine de prison de six mois pour avoir publié des informations dans un arabe vernaculaire (par exemple un dialecte), comme le rapporte un récent article de Middle East Eye.

Comme l’explique al-Monitor, la proposition de loi, introduite en octobre, ne concerne pas seulement les journalistes. L’Académie souhaite que l’arabe littéral soit utilisé dans tous les aspects de la vie publique en Égypte. Ainsi, les différents ministères, les organismes de la fonction publique et l’ensemble de l’administration seraient aussi touchés, de même que les établissements d’éducation ou encore les panneaux routiers…

Fondée en 1930 pour préserver « l’intégrité » de la langue arabe traditionnelle, l’Académie a depuis 2008 la capacité d’infliger des sanctions à ceux qui ne suivraient pas ses recommandations d’éviter l’arabe vernaculaire et les emprunts de mots étrangers. Depuis 2016, ses rapports annuels sont considérés comme juridiquement contraignants. Jusque-là, elle n’avait pas spécialement essayé de faire respecter ses textes, allant même jusqu’à déclarer en 2014 qu’elle ne voulait pas brandir la menace d’une loi face à cette « insouciance vis-à-vis de l’usage de l’arabe littéral ». Dernièrement, elle a visiblement changé son fusil d’épaule.

Certains journalistes égyptiens s’inquiètent à l’idée que le pouvoir égyptien fasse voter une loi en résonance avec ses velléités de contrôle de la presse. Pour cause, le plan demanderait à chaque média d’embaucher un éditeur linguistique approuvé par l’État et interdirait les publications en arabe vernaculaire, les empêchant ainsi de s’adresser directement à une partie de leur lectorat. Comme l’explique al-Monitor, la proposition est largement considérée par analystes et journalistes comme étant en violation de la Constitution égyptienne, supposée garantir la liberté de la presse.

Pour rappel, en Égypte, plus de 78 millions de personnes parlent l’arabe égyptien, une variété d’arabe dialectal influencée par l’arabe standard. L’arabe standard moderne, né en Égypte au XXe siècle, est pour sa part la langue écrite commune à tous les pays arabophones. Il cohabite avec l’arabe classique pour former ensemble l’arabe littéral, aussi connu sous le nom d’arabe littéraire. L’arabe pouvant être considérée comme une langue-toit, l’arabe dialectal, spécifique à chaque pays, est généralement considéré comme un registre de langue distinct.

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