[Jeu de cartes] Coup de projecteur sur la pollution lumineuse 🔒

Lors de la parution originelle de cet épisode, nous vous expliquions qu’en France le nombre de points lumineux servant à éclairer villes et campagnes avait augmenté de 64 % en l’espace de vingt ans, atteignant près de 9,5 millions de points lumineux, soit 1,26 MW, en 2015, l’équivalent d’un réacteur nucléaire selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Deux ans plus tard, une nouvelle étude reprise par les médias de tous bords semble indiquer que la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Aujourd’hui dans « Jeu de cartes », notre chronique hebdomadaire toute en cartes, nous nous intéressons donc une nouvelle fois à cette forme de pollution trop souvent ignorée, et pourtant lourde de conséquences : la pollution lumineuse.

(Photo Flickr/ Gael Varoquaux)
Paris, la Ville lumière, n’aura jamais si bien porté son surnom. Si la vision de la capitale française revêtue de son manteau de lumière comporte véritablement quelque chose de féérique, une question demeure : où sont passées les étoiles ?
(Photo Flickr/ Gael Varoquaux)

[MAJ] Article initialement publié en mars 2015 et mis à jour le 7 décembre 2017

Qui ne s’est jamais émerveillé face au spectacle à couper le souffle d’une belle nuit étoilée ? Un phénomène on ne peut plus naturel, mais qui, dans un monde où la nuit est devenue presque aussi lumineuse que le jour, se fait de plus en plus rare. À en croire, les chiffres avancés dans l'Atlas mondial de la clarté artificielle du ciel nocturne, une étude codirigée par Fabio Falchi, chercheur à l'Institut italien des sciences et technologies sur la pollution lumineuse, et Chris Elvidge, chercheur à l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, et publiée l'année dernière dans la revue scientifique Science, plus de huit personnes sur dix vivraient de nos jours sous des cieux suréclairés par la lumière artificielle. Surtout, près d'un tiers de l'humanité pourrait ne jamais contempler la Voie lactée...

La nouvelle était reprise par de nombreux journaux, français et internationaux, fin novembre : l'éclairage planétaire a continué de s'accroître d'environ 2,2% d'année en année entre 2012 et 2016. C'est du moins ce qu'indiquent les résultats d'une étude, parue fin novembre dans la revue scientifique Science Advances. Ses auteurs tirent le signal d'alarme, révélant l'ampleur d'un phénomène qui touche aujourd'hui l'essentiel des pays du monde, y compris des zones précédemment relativement peu éclairées. Ils y constatent également que l'augmentation des émissions lumineuses tend à correspondre à l'augmentation du produit intérieur brut (PIB). Résultat : ces dernières années, la pollution lumineuse s'est le plus accrue dans les pays dits en voie de développement.

« Sur dix Américains nés aujourd’hui, huit n’auront jamais la chance de pouvoir contempler la Voie lactée », révélait déjà Paul Bogard dans un livre édifiant paru en 2013. Un bien triste constat, dont l’Amérique du Nord est loin d’être la seule victime. En cause, la présence – en quantité astronomique – de sources de lumière artificielle (de l’éclairage urbain aux panneaux publicitaires en passant par les vitrines des magasins) qui prennent, dans les centres urbains, le relais de la lumière naturelle dès la nuit tombée. Repoussée toujours un peu peu plus par la lumière de nos villes, la nuit noire est un spectacle en voie de disparition, qui n'est plus réservé qu'à quelques régions relativement isolées de la planète.

En français, on appelle ce phénomène « pollution lumineuse » (light pollution, ou photopollution pour les anglophones). Un type de pollution qui demeure encore largement ignoré par rapport à d’autres pollutions jugées autrement plus dangereuses pour la santé. Pourtant, et nous y reviendrons plus tard, ce phénomène que l’ONG américaine Dark Sky révélait au monde dès 1988 est loin d'être sans conséquence sur notre santé. Fruit du travail de David Lorenz, un chercheur américain de l’Université du Wisconsin, la carte ci-dessous est l’une des représentations les plus précises de la quantité de pollution lumineuse existant à l’échelle de la planète.

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