Tadjikistan : Le culte de la personnalité du président atteint de nouveaux sommets

Comme chaque vendredi sur 8e étage, nous vous proposons notre article « WTF ». L’idée : au travers d’une information qui pourrait à première vue prêter à sourire, évoquer un sujet que nous considérons digne d’intérêt. Cette semaine, nous nous penchons sur le cas du président Emomali Rahmon, qui célèbre ses 25 ans à la tête du Tadjikistan. En effet, les médias d’État tadjiks s’adonnent plus que jamais au culte de sa personnalité. Au programme : chansons et poèmes à sa gloire ou encore lectures publiques d’extraits de ses livres.

(Photo Flickr/ Prince Roy)
Une gigantesque affiche représentant le président Emomali Rahmon, dans la ville de Nurek, au Tadjikistan.
(Photo Flickr/ Prince Roy)

«Tu (en) es digne » (« Ты достойный! »). Voici le titre d’une chanson écrite de la main du ministre de l’Intérieur tadjik, Ramazon Rahimzoda, en hommage à son indéboulonnable président, Emomali Rahmon. Mi-novembre, une vidéo de son interprétation par un célèbre quatuor tadjik, à l’occasion du 25e anniversaire de l’arrivée de ce dernier au pouvoir, a été publiée sur YouTube avant d’être largement reprise par différents médias pro-régime, ainsi que le rapporte l’agence de presse Asia-Plus.

Dans un article, cette dernière explique que ce même quatuor s’est également produit devant le président lui-même. Il y est précisé que leur chanson phare “Chef de la Nation”, en hommage au titre honorifique que le président s’était vu décerné en 2015, leur aurait d’ailleurs valu une ovation du public. Le président y est tout bonnement qualifié de « roi des rois de notre époque ». On y apprend aussi qu’il serait le seul architecte de la « paix et tranquillité » actuelle, car il aurait mis un terme à la guerre civile qui avait ravagé le pays entre 1992 et 1997. Ajoutons tout de même qu’un observateur du pays a précisé à Asia-Plus que le groupe n’a pas vraiment eu d’autre choix que d’accepter de chanter les louanges du président s’il veut espérer poursuivre sa carrière au Tadjikistan.

 

 

Comme l’explique la BBC, cette campagne de propagande manifeste a révélé l’existence d’un véritable fossé entre sympathisants et opposants du régime sur les réseaux sociaux. À l’instar de l’écrivain et universitaire Hafiz Boboyorov, ces derniers se désolent de la transformation de leur culture politique en vulgaire « culte de la personnalité du dirigeant ». « Nos dirigeants religieux et intellectuels sont en train de créer une nouvelle religion dans l’esprit de gens qui ne sont plus capables d’analyser quoi que ce soit », a-t-il ainsi déploré sur sa page Facebook.

De son côté, le comité de la Radiodiffusion du pays a demandé à toutes les stations de radio de diffuser des lectures d’extraits des livres du président Rahmon (NDLR, il en a écrit plus de 20 signés de son nom, la plupart évoquant la place du Tadjikistan dans le monde). Farrukh Ziyoyev, le directeur de la radio publique, a déclaré sans broncher à Asia-Plus que les auditeurs dotés d’une mauvaise vue devraient considérer cela comme une véritable bénédiction.

Pour rappel, le culte de la personnalité du président n’a rien de bien nouveau au Tadjikistan. Cependant, il atteint cette année de nouveaux sommets. Kamol Nasrullo, l’un de poètes tadjiks les plus célèbres, l’a récemment qualifié de « soleil levant du bonheur des Tadjiks » alors qu’un haut responsable religieux, Hajji Husayn Musozoda, l’a carrément appelé « ombre de Dieu »

Rappelons qu’au Tadjikistan, petit pays de huit millions d’habitants, aucune opposition au régime d’Emomalii Rahmon, même modérée, n’est tolérée. Le pays arrive en 149e position sur 179 dans le dernier classement mondial Reporter Sans Frontières de la liberté de la presse.

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