Russie : Les entreprises d’État auront le droit de taire le nom de leurs prestataires

Lundi dernier, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a signé un décret qui autorise les entreprises d’État à refuser de révéler le nom de leurs prestataires. Cette mesure sur l’observation du secret affaiblit la stratégie américaine qui consiste à faire pression sur les entreprises russes.

Manifestation contre la corruption en mars dernier à Saint-Pétersbourg. Il est inscrit sur la pancarte "La corruption vole l'avenir". (Photo Flickr/ Farhad Sadykov)
Manifestation contre la corruption en mars dernier à Saint-Pétersbourg. Il est inscrit sur la pancarte “La corruption vole l’avenir”.
(Photo Flickr/ Farhad Sadykov)

Les entreprises d’État russes n’auront plus l’obligation de révéler le nom de leurs prestataires. Une mesure qui facilitera certainement la vie d’entreprises qui risqueraient autrement de tomber sous le coup des sanctions américaines, et permettra également plus largement la corruption. La décision a été entérinée par un décret signé de la main du Premier ministre russe Dmitri Medvedev lundi dernier, comme le rapporte un récent article du quotidien économique russe Vedomosti.

Selon la nouvelle réglementation en vigueur, les entreprises d’État pourront choisir de ne pas révéler les natures des transactions financières internes et ainsi faire des affaires avec des entreprises sous le coup de sanctions, comme l’a expliqué à Vedomosti une source présentée comme proche de Rosneft, une société d’État russe spécialisée dans l’extraction, la transformation et la distribution de pétrole. Selon le texte du décret, la possibilité de garder ces informations secrètes courra jusqu’en juillet 2018.

« Les entreprises d’État ont toujours rechigné à révéler le vrai montant de leurs dépenses au public russe », commente Lyubov Sobol, l’avocate de l’opposant au régime Alexeï Navalny, dans les pages de Vedomosti. Elle y explique que le nouveau décret ne va pas arranger la situation, alors que ce ne sont déjà pas les exemples de secrets d’État qui manquent. Elle pointe par exemple du doigt de nombreux chantiers réalisés à Moscou dans l’opacité financière la plus complète.

Il faut dire que le manque de transparence dans les marchés publics ne surprend plus personne en Russie. Même le ministre de l’Intérieur, Vladimir Kolokoltsev, a admis l’année dernière qu’il s’agit de « l’un des secteurs les plus corrompus de l’économie russe ».

Comme le rappelle The Moscow Times, six agences de renseignement russes, mais aussi 33 entreprises de défense, dont Kalachnikov, Sukhoï et Tupolev, Rosoboronexport, sont récemment devenues la cible de nouvelles sanctions américaines pour punir la Russie de « s’être ingérée dans l’élection présidentielle américaine de l’an dernier » et inciter Moscou à poursuivre les négociations sur la crise ukrainienne. Avec ce nouveau décret, leur efficacité risque de se voir diminuée.

Recommandé pour vous

0 commentaires

Connexion

S'inscrire

Réinitialiser mot de passe

Testez 8e étage gratuitement pendant 1 mois !

Des grands reportages exclusifs en toute indépendance 🌍
ESSAI GRATUIT