Des milliers de patients dans le monde seraient retenus à l’hôpital pour défaut de paiement

Un récent rapport de l’Institut royal britannique des Relations internationales (Chatham House), un think tank influent, met le doigt sur un problème qui toucherait plusieurs pays africains et asiatiques. Chaque année au Congo, en Inde ou encore en Indonésie, des milliers de patients seraient retenus de force dans des hôpitaux refusant de les laisser partir avant qu’ils n’aient payé la facture.

Une mère et ses enfants dans un hôpital du Comté de Turkana, dans le nord du Kenya, en mars de cette année. (Photo Flickr/ DFID - UK Department for International Development)
Une mère et ses enfants dans un hôpital du Comté de Turkana, dans le nord du Kenya, en mars de cette année.
(Photo Flickr/ DFID – UK Department for International Development)

Un hôpital peut se transformer en prison, à en croire les révélations parues dans un récent rapport du think tank britannique Chatham House, publié mercredi, dont les auteurs se montrent très critiques envers le fonctionnement des hôpitaux d’une dizaine de pays du monde. Selon ses auteurs, Tom Brookes, Robert Yates et Eloise Whitaker, des milliers de personnes y seraient détenues chaque année pour ne pas s’être acquittés de leurs frais médicaux.

Les auteurs expliquent que le phénomène touche particulièrement des pays d’Afrique subsaharienne, comme le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Ghana, le Kenya, le Liberia, le Nigeria, l’Ouganda ou encore le Zimbabwe. Ces pratiques se retrouveraient également dans certains pays asiatiques, à l’instar de l’Inde ou de l’Indonésie.

Pour la réalisation de ce rapport, les chercheurs se sont basés sur neuf précédentes études à ce sujet, mais aussi de nombreux articles de presse documentant des cas de patients détenus dans les hôpitaux de quatorze pays du monde, allant de l’Amérique latine à l’Afrique subsaharienne. Le bilan est édifiant : ils y ont dénombré près de 950 cas de détention en hôpital entre 2003 et 2017. Le rapport mentionne même un hôpital kényan ayant retenu contre leur gré 400 patients au cours de la seule année 2009.

Les auteurs du rapport soulignent qu’étant donné le peu de données disponibles, les taux de détentions évoqués et la superficie des pays concernés, il existe de fortes probabilités qu’au total ce soient des centaines de milliers de personnes qui aient été victimes de ces pratiques. « Cela semble être un problème systémique dans des pays où la facturation d’honoraires est non réglementée », explique ainsi Robert Yates, l’un des cosignataires du rapport, dans les pages du Washington Post. « Même si tous ces pays disent que ces pratiques sont illégales, la loi n’est pas appliquée et les établissements de santé retiennent effectivement en otage ces gens jusqu’à ce que leur famille paye leurs factures. »

Robert Yates et ses collègues précisent que le problème touche majoritairement des femmes, et tout particulièrement celles qui ont connu des complications de grossesse. Il explique que certains hôpitaux africains ont une aile entière, qui ressemble à une prison plus qu’à un hôpital, gardée par des agents de sécurité, pour accueillir les patients incapables de payer leurs factures. Privés de traitement et fréquemment détenus dans des conditions insalubres, les patients y seraient parfois victimes d’abus. Il cite ainsi l’exemple d’une Nigériane qui s’était vue enchaînée à un tuyau d’urinoir, ou encore de Kényanes qui expliquent avoir été forcées d’avoir des relations sexuelles avec du personnel hospitalier en échange d’argent liquide pour payer leurs frais médicaux.

Le Washington Post souligne que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) admet être au courant de l’existence de ces pratiques et que cette dernière avoue n’avoir pas fait suffisamment pour mettre un terme à ces détentions illégales. « Cela passe un peu inaperçu, mais nous intensifions nos efforts pour protéger les droits de l’Homme », a ainsi commenté Agnes Soucat, Directrice de la division système de santé de l’OMS, au quotidien américain, avant d’ajouter que l’organisation n’a jamais directement écrit aux pays concernés pour leur signifier que ces pratiques étaient inacceptables.

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