100 millions de personnes contraintes de choisir entre manger ou se soigner

Un rapport alarmant, publié conjointement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque mondiale, met en lumière une situation dramatique : dans le monde, plus de 100 millions des personnes les plus pauvres et vulnérables se verraient au quotidien contraintes de choisir entre des soins médicaux et l’assouvissement d’autres besoins primaires, par exemple manger à sa faim.

(Photo Flickr/ Molly Adams)
(Photo Flickr/ Molly Adams)

L’extrême pauvreté touche de plus en plus de monde sur notre planète, notamment en raison du coût particulièrement élevé des soins de santé dans certains pays. Ce serait la raison pour laquelle de nos jours près de 100 millions de personnes tomberaient ou stagneraient dans l’extrême pauvreté chaque année, comme nous l’apprend un rapport, publié conjointement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque mondiale mercredi dernier, et remarqué par le quotidien britannique The Guardian. Contraintes de choisir entre leur santé et de la nourriture ou une éducation, ces personnes subsisteraient en moyenne avec 1,90$ (environ 1,61 euro) par jour.

Les auteurs du rapport ont également trouvé que plus de 122 millions de personnes vivent avec en moyenne 3,10$ (environ 2,63 euros) par jour, seuil de référence de ce qu’ils appellent la « pauvreté modérée », et ce en raison de leurs dépenses de santé. De plus, depuis l’an 2000, leur nombre aurait augmenté de 1,5% par an.

Particulièrement inquiétant aussi, le fait que 800 millions de ménages dépensent plus de 10% de leur budget en excédent de frais de santé, ce qui correspond à la partie qui n’est couverte par aucune assurance maladie. Près de 180 millions de ménages y consacrent, eux, 25% ou plus de leur budget, leur nombre augmentant de près de 5% par an, les femmes étant parmi les plus affectées. « Seules 17% des femmes vivant dans les 20% des ménages les plus pauvres ont un accès adéquat aux services de santé maternelle et infantile, contre 74% des femmes vivant dans les 20% des ménages les plus riches », commente ainsi le Dr. Timothy Evans, directeur principal du département de la santé, de la nutrition et de la population de la Banque mondiale, dans les pages du quotidien britannique.

Il ajoute également que ce problème persiste « non seulement dans les régions pauvres du monde, mais dans tous les pays à tous les niveaux de revenus », précisant qu’aux yeux de la Banque Mondiale, cette situation est « à la fois moralement et économiquement en faillite et intenable ». Ainsi, l’OMS et la Banque Mondiale soulignent dans leur rapport qu’il convient de résoudre le problème de toute urgence pour pouvoir espérer atteindre l’objectif de développement durable (ODD) d’éradication de l’extrême pauvreté d’ici 2030 des Nations unies.

Selon le rapport, l’Asie enregistre le plus haut pourcentage de personnes qui tombent dans la pauvreté à cause du coût des soins médicaux. Ce continent accueillerait ainsi 72% des ménages qui y consacrent plus de 25% de leur budget. Cependant, la situation est également inquiétante en Afrique, région du monde qui a vu la plus forte augmentation du nombre de ménages qui dépensent au moins 10% de leur budget dans ce domaine. L’OMS et la Banque Mondiale insistent sur le fait que les pays dits plus développés ne sont pas encore sortis d’affaire. Ainsi, dans une partie d’entre eux, notamment en Europe, en Amérique latine et dans certains coins d’Asie, le nombre de ménages qui dépensent au moins 10% de leur budget dans les soins de santé est en hausse.

Pour conclure sur une note positive, si l’on regarde les grandes tendances, nous constatons qu’un nombre de plus en plus important de pays instaurent des programmes de couverture santé universelle ces dernières années, comme l’expliquait la Banque Mondiale en 2015. Cependant, dans leur rapport publié mercredi, l’OMS et la Banque Mondiale insistent sur la nécessité d’un engagement durable et fort des gouvernements pour résoudre le problème. « Tous les pays ont les ressources nécessaires à leur disposition s’ils hiérarchisent correctement », conclut Anna Marriott, conseillère en politique de santé auprès d’Oxfam.

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