Arabie saoudite : Réouverture des cinémas en 2018 (pour raison économique)

Après avoir été interdites pendant trente-cinq ans, les salles obscures devraient pouvoir rouvrir leurs portes début 2018 en Arabie saoudite. C’est ce qu’a annoncé le ministère de la Culture saoudien lundi dernier, précisant que les autorités allaient immédiatement commencer à délivrer des permis d’exploitation.

(photo flickr/Stephen Downes)
(photo flickr/Stephen Downes)

À partir de début 2018, le ministère saoudien de la Culture devrait autoriser l’ouverture de salles de cinéma dans le pays. La nouvelle, qui est tombée lundi dernier, met un terme à trente-cinq ans d’interdiction du cinéma par les autorités dans ce pays du Moyen-Orient, comme le révèle un récent article de Vox. Toujours selon le même ministère, les autorités vont immédiatement commencer à délivrer des permis d’exploitation.

Il s’agit de la dernière des nombreuses réformes sociétales annoncée par Riyad ces derniers mois (NDLR, par exemple, les autorités saoudiennes ont récemment annoncé que les femmes pourront conduire voitures, camions et motos en 2018), l’objectif affiché étant de développer l’économie culturelle dans le pays. Cependant, comme le précise intelligemment le média américain, ce serait bien l’opportunité économique que représente l’industrie cinématographique qui resterait l’argument principal d’une telle décision. En effet, l’Arabie saoudite serait avant tout en train de chercher des moyens de réformer une économie qui doit d’urgence se diversifier — elle qui se basait jusque-là presque entièrement sur l’exploitation et la vente d’énergies fossiles.

Pour rappel, le pays avait ordonné la fermeture des cinémas après avoir commencé à adopter une interprétation très conservatrice de l’Islam en 1979. Ainsi, la décision peut être vue comme une perte d’influence des autorités religieuses du pays sur la dynastie saoudienne. En janvier encore, Abdul Aziz Al Sheikh, le mufti d’Arabie saoudite s’insurgeait encore à l’idée de la possible ouverture de salles de cinéma qu’il disait considérer comme une « source de dépravation », car favorisant la mixité. Il n’aura apparemment pas su convaincre Mohammed Ben Salman, surnommé MBS, le jeune et ambitieux héritier du trône saoudien, largement considéré comme l’actuel homme fort du pays.

Visiblement, ce sont les perspectives de créer de l’emploi qui l’ont emporté. En effet, les retombées de cette décision ne toucheront pas seulement les cinémas, mais aussi les différents commerces et services (restaurants, cafés, etc.) à proximité. De plus, comme l’explique Jane Kinninmont, un chercheur du think tank Chatham House interrogé par le New York Times, la levée de l’interdiction pourrait même permettre un boom du nombre de censeurs (NDLR, personnes chargées de modifier ou censurer les contenus jugés offensant par les autorités religieuses du pays) — pour cause, le ministère de la Culture a bien précisé que ces derniers s’assureront que les films « ne s’inscriront pas en contradiction des lois coraniques et des valeurs morales du Royaume ».

De même, la levée de l’interdiction pour les femmes de conduire à partir de l’année prochaine devrait avoir d’importantes retombées pour l’économie du pays en permettant indirectement à un plus grand nombre de femmes d’intégrer le marché du travail. De plus, les familles saoudiennes n’auront plus besoin de dépenser autant pour payer leurs chauffeurs — dont un nombre important se trouve être des immigrants ne réinvestissant pas leurs revenus dans l’économie du pays, mais les envoyant plutôt à l’étranger —, et pourront dépenser plus dans d’autres domaines. Enfin, la décision participe à rendre le pays plus attractif pour les travailleurs étrangers très qualifiés dont le Royaume a un besoin crucial pour pouvoir espérer se développer rapidement dans de nouvelles industries.

En parallèle de ces réformes, une grande campagne anticorruption a récemment permis de renflouer les caisses de l’État. Cela pourrait permettre à Mohammed Ben Salman d’accélérer encore davantage la réforme de l’économie saoudienne qu’il souhaite tant. Reste maintenant à voir comment la population de ce pays sortant de plusieurs décennies d’ultraconservatisme saura s’adapter à ces grands chamboulements culturels et sociaux.

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