San Francisco : K9, le robot qui harcelait les SDF

Comme chaque vendredi sur 8e étage, nous vous proposons un article « WTF ». L’idée : au travers d’une information qui pourrait à première vue prêter à sourire, évoquer un sujet que nous considérons digne d’intérêt. Cette semaine, nous nous intéressons à l’histoire de K9, ce robot de sécurité américain auquel la ville de San Francisco vient d’interdire de parcourir ses rues. Ce dernier, déployé par une association, est en effet accusé d’avoir harcelé les sans-abri en les dissuadant de monter leur tente ou de s’installer sur les trottoirs devant les locaux de l’association.

(© Knightscope)
Avant K9, un autre robot de Knightscope, K5 (photo), s’était déjà illustré pour s’être jeté dans une fontaine après avoir disjoncté.
(© Knightscope)

Non, ceci n’est pas le scénario d’une oeuvre dystopique, seulement un fait divers de plus. À San Francisco, ville étasunienne emblématique de Californie du Nord, une ONG a programmé un robot, surnommé K9, pour qu’il chasse les SDF des rues de Mission District, un quartier populaire en pleine gentrification (NDLR, phénomène urbain d’embourgeoisement d’un quartier populaire). Selon les informations du San Francisco Business Times, dans un article paru le 8 décembre dernier, la SPCA, une association locale de défense des animaux, a déployé K9 en novembre, avec l’objectif d’empêcher les SDF de s’installer sur les trottoirs en face des bureaux de l’association, tout en limitant les risques d’effractions.

Jennifer Scarlett, la coprésidente de l’association, y explique, n’y voyant visiblement aucun problème, que ses membres « n’étaient pas en mesure d’utiliser les trottoirs du tout quand s’y trouvaient des seringues, des tentes et des vélos ». C’est la raison pour laquelle « en tant que piétonne, [elle] trouve le robot bien plus facile à éviter qu’un campement [de SDF] ». Équipé de capteurs et autres lasers, K9 semble s’être montré efficace puisque le quartier aurait enregistré une diminution du nombre de campements de SDF, mais aussi de vols avec effraction dans les voitures, au cours de sa période d’activité.

Cependant, la publication de l’article a, fort heureusement, engendré un tollé sur le web. De nombreux internautes franciscanais ayant immédiatement dénoncé un dispositif humiliant.

Face au scandale, la présidente de la SPCA a immédiatement donné dans le rétropédalage, expliquant que le robot n’était « pas là pour déranger les SDF » et qu’il n’intervient pas directement, mais se contente de prévenir les autorités s’il suspecte un délit, comme le relate The Independent. Ces justifications maladroites, et surtout tardives, n’auront pas suffit à calmer la polémique. L’association a immédiatement eu le droit à un déferlement de commentaires haineux en ligne, certains internautes n’hésitant pas à inciter au vandalisme et à l’usage de la violence contre le robot et les locaux de l’association.

La ville de San Francisco elle-même a commenté l’affaire. Comme l’explique Business Insider, elle a ordonné à la SPCA de retirer immédiatement le robot de ses rues sous peine de se voir infliger une amende de 1000$ par jour si K9 venait à continuer d’opérer sans obtenir au préalable l’aval des autorités.

Mis au point par la startup américaine Knightscope, K9 fait partie d’une flotte de robots pensés pour lutter contre la criminalité. Comme l’expliquait plus tôt cette année Bill Santana Li, le PDG de l’entreprise, dans les pages de Business Insider, les robots n’ont pas pour vocation d’utiliser la force contre des êtes humains. Ils peuvent en revanche s’appuyer sur des lasers, caméras, capteurs thermiques et GPS pour détecter de potentielles activités criminelles et alerter les autorités compétentes. En résumé, les robots visent à donner aux agents de sécurité des yeux et des oreilles « surhumaines ».

À l’heure actuelle, Knightscope se targue d’avoir 19 clients dans cinq États américains, dont Microsoft, Uber ou encore Juniper Networks. L’usage principal de ces robots serait de patrouiller sur des parkings et dans des bureaux. Les robots sont disponibles à la location pour 7$ de l’heure, soit largement moins que le salaire horaire moyen d’un agent de sécurité. Tout va pour le mieux dans le Meilleur des mondes.

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