L’adieu aux armes de Mariela, ex-Farc

Il y a quatre ans, Mariela a déserté les Forces armées révolutionnaires colombiennes. L'ex-enfant soldat tente maintenant d'oublier l'horreur de la jungle. Déboussolée dans la vie moderne, elle doit tout apprendre et assurer l'avenir de sa fille en bas âge. Un dur retour à la vie civile qu'affrontent comme elle 7 000 guérilleros ayant déposé les armes l'été dernier, après l'accord de paix signé avec le gouvernement colombien.


Ce grand reportage est arrivé finaliste du Prix du reportage France Info-XXI.


"On m’a appris à utiliser un fusil, à le monter, le démonter. À douze ans, l’entraînement terminé, j’étais considérée comme une guérillera."
(Illustration Gala Vanson/8e étage)

Petite, le visage poupin, Mariela* ressemble à une lycéenne. Ses cheveux châtains si longs sont tenus par une pince rose. Ils effleurent son jean délavé et troué, semé de petites pierres vertes pareilles à des émeraudes, dont les sous-sols de la Colombie, son pays, regorgent. Son haut est rose, lui aussi. 

Mais l'image de la jeune fille coquette s'arrête là. Dans ce bureau exigu de la mairie de Medellín, je remarque ses épaules carrées, ses bras musclés et tatoués. Pendant plus de la moitié de sa vie, dès l'âge de dix ans, Mariela a porté un fusil d'assaut, crapahuté des heures, des jours, un énorme sac sur le dos, dans la jungle colombienne. Elle combattait aux côtés des Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc). Sa tenue n'était alors pas rose, mais kaki. Les longues marches rythmaient sa vie. Les bombardements aussi.

Depuis sa désertion, il y a quatre ans, Mariela tente de tout oublier. Les corps déchiquetés par les bombes de l'armée. Les exécutions sommaires de déserteurs. Les amies que l'on drogue pour tuer l'enfant qu'elles portent.

Mariela, 27 ans, a quitté celle qui fut la principale guérilla colombienne, la plus ancienne des Amériques. Le 31 août 2017, après un accord de paix avec le gouvernement, cette rébellion marxiste issue d'une révolte paysanne en 1964 s'est transformée en parti politique. Adieu donc les Farc, bonjour la Farc, la Force alternative révolutionnaire de la commune.

Au cours de l'été 2017, environ 7 000 guérilleros ont déposé les armes. Pour eux, il est temps de retourner à la vie civile. Comme Mariela, près de 60 000 Colombiens ont quitté leur groupe armé depuis 2003, selon l'ACR, une structure gouvernementale qui aide ces anciens combattants à se réinsérer. Ils se battaient pour des guérillas d'extrême gauche ou des groupes paramilitaires d'extrême droite. Ils étaient tous acteurs d'une guerre civile vieille de plus d'un demi-siècle qui a fait 260 000 morts, 60 000 disparitions et sept millions de déplacés.

« LA VILLE M'A RENDUE MALADE »

Le retour à la vie civile est « un bouleversement », résume Mariela, aujourd'hui élève au lycée. Dans cette pièce sans fenêtre du service Paix et réconciliation de la mairie, elle allaite Noelia*, sa petite fille d'un an et demi. La petite est lovée entre son bras droit et ses cuisses. 

De sa main libre, la mère pose son téléphone sur la table nue. Elle a troqué la kalachnikov pour un smartphone quelques semaines après sa désertion et son arrivée à Bogota. « Quand j’ai eu mon téléphone portable, je ne savais pas prendre un appel ni raccrocher. J’étais habituée à la radio. » 

Pour l'ex-enfant soldat, la désertion a des airs de seconde naissance. Tout était nouveau. Elle venait de basculer de la guerre à la vie civile. De la jungle à la ville. Elle a 24 ans et n'a jamais utilisé d'argent, ne sait pas se servir d'une carte bancaire, prendre le bus, ou se servir d’un ordinateur. Il lui faut tout apprendre. « Les premiers jours ont été durs », raconte l'ex-combattante de sa voix douce. « La ville m’a rendue malade. J’ai été hospitalisée pendant trois mois. Avant, je ne tombais jamais malade. En arrivant à Bogota, j’ai tout attrapé : la grippe, de l’asthme, des migraines. »

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